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Par Camille Loty Malebranche

 

L’art - le vrai, le grand art - est sous le signe dominant de l’utopie impreignant par le rêve et le langage, la factualité historique des hommes. L’esthétique comme approche du phénomène de la création est donc l’autre manière de décrire la conscience de l’homme en tant qu’étant temporel aux portées transtemporelles voire intemporelles! Art, rêve vivant et éveillé qui n’est pas une onirocratie, un règne hypnotique ou somnambulique des espoirs impossibles dont l’homme rêvasse, mais une transposition des idéals qui ne saurait être assimilée à de l’illusion.

 

Chaque étape historique voit le regard défiant et "révolutionnaire" des générations rebelles peser sur la réalité des arts. Toutes ces réactions sont des horizons de la sensibilité qui façonne la réalité de l'art non comme simple forme mais en tant que compréhension nouvelle du fond, renouvellement de l'esprit par delà la lettre dans le champ de la sensibilité. La sensibilité ainsi renouvelée exploite d'autres cantons mettant en valeur d'autres zones qui sont des étants de ce fond déplacé vers des modes idéels de la forme où contenant et contenu rejoignent la totalité du sujet exprimé par l'artiste. Pour le phénoménologue pétri d'intentionnalité, la réalité noético-noématique de l'oeuvre touche à la réalité humaine et cosmique qui va du réel au méta-réel et au mode langagier, au sujet-référent de la représentation, à la subjectivité de l'artiste et à l'objectivité socioculturelle des normes et techniques esthétiques en vogue. Donc, même le fond n'a point l'exigence d'être réel. Il n'y a que des obsédés du réel comme Camus à voir celui-ci comme indépassable ("aucun artiste ne peut se passer du réel") car ainsi que le qualifie Nietzsche, c'est bien ce qu'("aucun artiste ne tolère"). C'est pourquoi, même inconsciemment, dans sa réinvention du monde, l'artiste-créateur édifie une souveraineté représentationnelle vis-à-vis des sujets ou motifs représentés. Cet effet est celui de tout langage sauf que les langages simples et directement communicateurs se puisent, quoique en ayant l'autonomie de leur propre essence langagière, dans le fond-truisme constitué d'un réel à quoi ils réfèrent pour la saisie totale et immédiate du fond-référent ou tout au moins du signifié.

 

En poésie où la forme prime tous les dires, sans aller au lettrisme d'Isidor Isou, force est de remarquer que la graphie, l'aspectuel des verbes, la facilité alaire, cette légèreté chantonnante des mots, étayent l'euphonie dont la sensibilité de tout vrai poète est enivrée. L'art est monde et n'a le moindre du monde le souci d'être intelligible ou lisible même si toute œuvre finit par être intelligible et lisible en sa réception par la sensibilité du récepteur vivant qui l'accueille en s'y exposant. Toutefois, l'art n'est ni le manuscrit ni le plan d'un ouvrage à partir duquel on pourrait construire un monde ou éditer un livre de recettes. Ainsi, l'art est le géniteur de ses formes et de l'artiste qui, bien qu'existant avant lui dans le monde des sens et de la perception, est postérieur à la surœuvre donc à l'essence de l'art qui est ce qui reste de la présence palpable, physique: l'oeuvre immatérielle sans fond ni forme sensorielle cristallisée dans la sensibilité sous forme de beauté exprimée et appelant sans cesse à être exprimée. Cela est naturellement perceptible seulement aux artistes, ces élus de la sensibilité supérieure qui éprouvent les hors-champs de la réalité et la préexistence indévoilée, à peine exprimable de la beauté.

 

L’art n'est communicatif que par impression c'est-à-dire à distance de ses motifs et donc plus proche de l'homme que les communications courantes, parce qu'en lui. Ce n'est pas hors de soi qu'on sent mais dans l'intimité du for intérieur où s'agitent le sens en suspens de la beauté selon notre disponibilité à l'aisthesis. Alors, une fois le sommeil de la sensibilité banni par l'apprentissage et la disponibilité, l'artiste se lève et l'homme éduqué peut apprécier hors des ombres de la somnolence, les répercussions et les splendeurs de l'art. Nous devons néanmoins rappeler ici les paradoxes de la forme que sont l'être et le non être : abstraction fantasmagorique, abstraction-vérité maternelle dans le fond exprimé. Ainsi l'art n'est donc ni expression parce qu'inexprimable, ni le sujet de la représentation mais aura indicible et intangible qu'on ne peut qu'éprouver dans ladite oeuvre d'art.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept
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