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Par Camille Loty Malebranche

 

La mesure est la clé de voûte de toute planification, le moteur de toute finalité de l’action humaine. La loi impose les limites à ne pas franchir pour ne pas altérer le fonctionnement de l’ordre, elle est le champ de la contrainte établie par l’institution sociale. C’est pourquoi, la loi n’est ni la règle qui va de soi dans une structure ludique ni la norme qui réfère au fonctionnement de la nature. La mesure, elle, est l’autoréglementation de l’homme par des balises suggérées selon le jugement de la conscience anticipant l’agir.

 

Mesurer son action, c’est savoir bien évaluer ce que l’on fait de son être, savoir assumer notre propre nature, c'est-à-dire ce que nous avons reçu du Créateur et que nous devons savoir orienter pour le meilleur, selon la justice au risque de déchoir. La démesure renvoie autant à l’illusion de la liberté par la force et sans loi où l’excessif agissant oublie de se donner de salvatrices balises, qu’à la confusion de la conscience déglinguée qui ne sait juger et donc mesure à l’envers la portée de son comportement. Un peu comme le sadique tortionnaire qui se croirait bienfaiteur surhumain qui fait du bien à son torturé.

 

La mesure justement établie est l’aptitude de la conscience juge à appréhender la portée des conséquences de l’action par la pensée saine du jugement sain. C’est le socle de la sagesse personnelle qui garde équilibré le penseur acteur qu’est l’homme. Quand tombe cette justice immanente à la conscience, sévit la démesure et ses effets haïssables voire catastrophiques pour l’homme et ceux que son action implique.

 

Politique et démesure

 

Un lieu des horreurs de la démesure est le champ politique où des individus souvent immondes et sans jugement sain, décident du sort de leurs semblables via la logique institutionnelle du pouvoir. Le monde tel qu’il est, constitue une déchetterie où la mentalité de démesures des soi disant élites sociales, que cette société soit un peuple, une religion ou une confrérie, voue à l’opprobre les multitudes prises au rétiaire des comportements indignes de leurs gouvernants eux-mêmes désignés ou menés par d’infâmes oligarques assouvissant au détriment des majorités leur délire de mégalomanes.

 

En politique étatique, la mégalomanie économique au pouvoir est en fait la démesure la plus courante des élites qui instrumentalisent l’État et les politiciens pour dominer.

 

La politique internationale est une proie préférentielle et douloureuse des démesures impériales, des démences hégémoniques. En effet, un des problèmes classiques de l'histoire, ce sont les empires. Car dans le délire de puissance territoriale et d'hégémonie politico-économique que draine tout empire, se cachent toutes les horreurs criminelles des oligarchies dominantes. Hélas! L'imbécile obsession des hommes de « dominer » le monde et de réifier leurs semblables, ne semble devoir prendre fin qu'à la fin des temps! Un eschaton que les empires pourraient d'ailleurs eux-mêmes bêtement déclencher si Dieu le leur permettait! 

 

L’homme, Pensée-Action, conscience de la mesure

 

L’homme, Pensée-Action en manifestation dans le monde, dans l’exercice conscient de ses deux attributs fondamentaux d’espèces au pouvoir immense parce qu’aux implications tellement importantes sur le présent et le devenir, doit constamment savoir mesurer l’action par quoi il se projette en se définissant lui-même tout en entraînant parfois certains de ses semblables. Mesurer l’agir et ses retombées possibles, c’est précisément être sage car toute abolition des balises, précipite le penser-agir en acte dans l’excès ou la folie, de toute manière, dans la dénaturation du sens de l’action, la désignification de la liberté.

 

L’homme ne demeure équilibré que par les bonnes balises qu’il se donne où il se révèle porteur de la conscience plénière du sens. Le sens se corrompt et le penser-agir s’altère, jouxte l’autodestruction ou à tout le moins la déviance de l’action et de sa fin chaque fois que l’homme se laisse aller à la démesure puisqu’il perd la finalité de son acte aux méandres incontrôlés du comportement excessif. L’on comprend alors que la démesure originelle fut luciférienne, un délire de pouvoir sans limite qui a entraîné le porteur de lumière dans les abîmes de la noirceur! Et, la satanité c'est-à-dire l’inimitié de Dieu, signe de disharmonie grave de la part d’un esprit avec sa propre nature, aura précipité le déchu dans les sphères abominables et abjectes de la sordidité la plus souillante où lui-même n’est que le déchet de sa propre déchéance.

 

La démesure est contre-nature d’esprit et sa manifestation, est excès tant herméneutique que pratique. Herméneutique, parce que faussant en interprétation, la portée du sens des choses; pratique, étant anticipation de l’action, fortement déterminant du comportement et du passage à l’acte, comme un acting out du délirant de la liberté dénaturée. La démesure altère l’essence même de l’esprit qui s’y laisse aller par indolence ou par orgueil. C’est précisément le galvaudage des attributs fondamentaux de la conscience que sont la pensée et l’action. 

 

En dehors de la tradition judéo-chrétienne, on sait que dans le paganisme, les grecs avaient eux aussi élaboré toute une fustigation mythologique de l’hybris qui encourait toujours la colère de némésis. En effet, à toutes les sphères de l’action humaine, la démesure, cette logique du jugement faux qui sous-tend tous les délires et exactions, se retourne toujours contre le vrai objectif de la conscience inapte à mesurer. Et, l’homme ne demeure humain et sans danger pour son semblable qu’en sachant bien mesurer son action et sa liberté.

 

La mesure est la pierre de touche de notre aptitude à la liberté par l’assumation saine et préventive de la responsabilité car en elle, toutes nos ressources intellectuelles et morales ponctuent le jugement, exposent la volition. Savoir mesurer l’action à mener, c’est opérer en orienteur des objectifs à atteindre tout assumant pleinement sa souveraineté globale, sa clairvoyance logique et morale. La mesure qui va toujours plus loin que la simple anticipation pratique du succès de nos entreprises et constitue la prospective complète de nos projets, est axiologie et méthode ponctuelle de la clairvoyance d’une conscience sachant pleinement se gouverner et bien disposer de sa liberté…

 

La mesure juste ne garantit pas toujours une réussite particulière ni ne prévient pas toujours un échec, car ces deux occurrences dépendent parfois d’impondérables temporels, structurels au-dessus des prévisions humaines, toutefois, elle permet des réserves pour d’éventuels recommencements parce que justement, elle comporte toujours dans sa balance, une certaine pondération des limites humaines et sait avec humilité refuser les démesures de l’arrogance qui transforment un échec humain en désastre, en fiasco honteux et ingérable.

 

L’homme étant un être perfectible appelé, quand il s’assume en toute normalité, à viser l’horizon du meilleur, il n’y a donc pas de limite dans la poursuite de l’élévation spirituelle ni dans l’excellence intellectuelle; ces domaines étant immanents à la mensuration saine de la conscience éveillée, à la mesure même du sens de notre être ici-bas. La « démesure » dans le bien n’est autre que le tremplin du mélioratif. Ainsi, la seule démesure connue est l’hybris, l’excessive prestation du comportement arrogant sans respect des bonnes balises qui permettent la rectitude de l’agir selon la justice. Dans notre monde déshumanisé par les vanités du pouvoir et les besoins d’ostentations, il est essentiel de reconnaître que la cruelle crise de valeur est aussi crise d’aptitude à la mesure. Lorsque la mesure est bannie pour les excentricités de l’histrionisme social, un histrionisme qui modifie, pire que les stupéfiants extrêmes, les états des consciences, la démesure régnante pousse alors les hommes à toutes formes d’inhumanités immondes, allant de la prostitution à la criminalité, en passant par les méchancetés vaniteuses propres à l’orgueil dénaturé.

 

Quand la mesure est exclue dans les perspectives des vanités humaines individuelles, sévissent voraces et impitoyables les pires pathologies de l’ego sociétal sauvage. Et, en politique, la démesure est en soi le convoi de tous les malheurs évitables qui fondent sur le monde comme des chevaliers de l’apocalypse écrasant la bête infrahumaine que devient l’homme, de leurs sabots aux fléaux multiples, sabots marchant sur une humanité perdue à elle-même, que nous constatons dans l’histoire en cours qu’est l’actualité.

 

Si « l’homme est la mesure de toute chose » comme le dit Protagoras, la mesure juste et la démesure sont respectivement l’humanité et la déshumanisation de l’action humaine que l’une ou l’autre jonche de part en part pour le meilleur ou pour le pire par le conditionnement mental qui façonne le sens de l’agir à travers les valeurs ou les déviances manifestées dans le comportement de l’agissant...

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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