Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Par Camille Loty Malebranche

 

Le rappel est essentiellement l’émergence d’un passé cognitif enfoui dans l’oubli, cette part de mémoire inactive qui est en nous, et qui réapparaît par la remémoration.  

Le souvenir est actualisation du passé affectif par la mémoire. Le souvenir réfère au passé affectivement chargé et émotionnellement plein, et son objet est moins enfoui que celui du rappel qui, lui, émerge de l’oubli, car le souvenir existe précisément comme refus d’oublier. Le souvenir est souvent une forme d’actualisation mentale volontaire ou involontaire de ce qui a marqué affectivement, ayant imprégné l’émotion du sujet concerné.

Le rappel est le retour actuel d’une connaissance, d’une information, d’un acte cognitif acquis antérieurement. Le souvenir consiste en l’évocation d’une aventure fortement poignante pour le vécu en terme d’affection et de sentiment du sujet se souvenant. Ainsi, je me rappelle mes recherches sur tel courant philosophique, mes lectures d'un auteur particulier. Par contre, je me souviens avec horreur et répugnance de la barbarie d’un certain frère instituteur, infâme crapule espagnole et ex franquiste érigé maître d’école, qui, tel un immonde grand inquisiteur anachronique, torturait les élèves de sa classe à une école congréganiste! J’ai le souvenir passionné de mes amours avec une femme artiste dont j’ai connu la plus intense et la plus rare poésie somatique qui soit…      

Le rappel est fonction mentale qui permet de réveiller un fait passé conservé dans la mémoire non éveillé à cause de l’oubli ou du désintérêt. C’est un éveil mémoriel émotionnellement  neutre c'est-à-dire sans affect imprégnant l’humain. Un puisement ou un jet du passé au présent, qui fait se manifester par la mémoire réactivée, ce qui a été appris, compris et perçu comme plus ou moins important. Le rappel est sélectif, en tant que la mémoire, ne gardant guère tout ce qu’elle perçoit comme information, c’est donc ce qui est maintenu emmagasiné et endormi en elle, que l’homme peut faire réapparaître.

C’est le rappel qui permet le savoir et fixe la connaissance. Sans lui, la culture humaine eût été impossible car le savoir serait incapable de se développer et d’être cumulatif pour faire le progrès dans la civilisation. Car même pour consigner les connaissances dans des documents, faut-il que l’homme se rappelle ce qu’il sait. Et, celui qui apprend par les documents, doit lui-même se rappeler son savoir acquis quand il est temps de l’appliquer. Même si j’apprends une langue par les livres et l’insertion en milieu linguistique, il est impérieux que je me rappelle les mots, la syntaxe, la grammaire pour y communiquer correctement…

Le souvenir, tient, quant à lui, du strict personnel et peut aller du grand bonheur au déchirant traumatisme selon la nature émotionnelle du passé qu’il éveille.  

Je n’ai jamais rencontré un humain ému jusqu’aux larmes de joie ou de tristesse pour s’être rappelé quelque chose qu’il connaissait! Au mieux, il peut danser de réjouissance pour avoir recouvré ce que l’oubli enfouissait en le labyrinthe conscient ou inconscient de la mémoire; cette joie ne vient pas du rappel particulier en soi mais du fait du rappel!

Seuls les souvenirs charrient la sensibilité forte qui ravit jusqu’aux pleurs, plonge dans la nostalgie et fait parfois rêvasser sur le passé en plein présent. Seul le souvenir agite l’homme en deçà de la raison et par-delà la sérénité, jusque dans la frénésie des affects et l’excentricité positive ou négative des sentiments… Anamnèse formelle ou informelle selon qu’il soit éveillé en thérapie par le psychothérapeute ou via l’introspection personnelle du sujet (par lui-même), un souvenir ne laisse jamais indifférent, car il implique toujours l’émotion humaine qu’il ramène à l’actuation par l’actualité mémorielle.

À l’homme de neutraliser la charge émotionnelle des souvenirs négatifs pour briser la souffrance et faire du souvenir douloureux un mauvais souvenir dont les ferments traumatiques et les griffes mordantes restent anéantis et abolis dans le passé et le temps, un mauvais souvenir dont le Sujet libre - Homme pleinement émancipé par l’autorelèvement spirituel et mental, la foi, la prière, la méditation et autres cures autoadaptées - peut rire en retenant des leçons qu’il en tire, en toute sérénité, sans altérer son bonheur actuel dans le présent et dans la vie. 

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

Copyright © CAMILLE LOTY MALEBRANCHE - Blog INTELLECTION -  2016

Politique de Reproduction

Les textes du Blog INTELLECTION peuvent être reproduits, en tout ou en partie, gratuitement, à condition d'indiquer clairement la source http://intellection.over-blog.com/, avec lien actif vers notre site. Dans le cas de la reproduction sur un support autre qu'Internet, la mention de l'adresse du Blog INTELLECTION (http://intellection.over-blog.com/) est exigée. 

Tag(s) : #Monde du Concept
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :