Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Nous définirons le réalisme (selon la conception ordinairement retenue) comme étant une attitude, une façon de se positionner, considérée comme prenant en compte les paramètres et aspects de la réalité, afin d'agir alors de manière sensée et bien adaptée. Ainsi est-il admis que faire preuve de réalisme est à la fois manifestation d'un esprit avisé et aussi gage de succès des actions entreprises.

Alors pourquoi donc nous proposons-nous de discuter pareille idée ?
Que pourrait-il bien se trouver comme objections légitimes  à l'égard de cette conviction?
Nous tenterons simplement ici de mettre en évidence deux points sur lesquels il semble possible d'interroger philosophiquement ce qui est considéré communément comme relevant du réalisme, afin d'amener le lecteur à saisir la justification de certaines restrictions envers une évidence trop vite admise - comme c'est le cas de beaucoup !


* 1*  Si le réalisme est adaptation, par souci d'adéquation, à la réalité, il nous faut logiquement supposer que la réalité est une donnée objectivement claire... Qu'en penser ?
Pour la plupart d'entre nous, la réalité s'entend comme correspondant à ce qui est et qui, de ce fait, présente un caractère indiscutable, s'impose de fait, en soi, et ainsi résiste à toute remise en questions. Ce qui s'inscrit de manière brute, souvent physique, dans le  monde, ce qui arrive et offre une prise semble-t-il objective à un indiscutable constat. Ainsi entendons-nous fréquemment "venons-en aux faits!" ou encore "regardons la réalité en face", injonctions appelant au réalisme les êtres distraits ou fantasques, comme si le réel, se manifestant à nos yeux ouverts, nous offrait un accès direct à des vérités indiscutables.
Pourtant, rien n'est aussi peu sûr que la conformité entre notre regard et l'objet que nous regardons.
Tout n'est-il pas de notre part affaire d'interprétation, résultats de projections, mélange de représentations ?
Si nous admettons que la réalité n'est probablement rien d'autre que le fruit polymorphe de nos diverses constructions mentales, chargées de ce que nous croyons, éprouvons et connaissons avec  plus ou moins de justesse, alors ce que nous appelons réalisme ne correspond en définitive qu'à une auto-confortation de nous-même, une sorte de suradaptation comportementale, psychologique et intellectuelle à la vision que nous avons des choses et non un juste rapport , ouvert et souple, aux choses telles qu'elle sont en elles-mêmes !


*2* Le second aspect méritant questionnement et débat porte maintenant sur nos très probables erreurs d'appréciation concernant ce qui est censé être le plus pertinent en termes de réactions, choix, attitudes, lorsque nous sommes aux prises avec les situations effectives dans lesquelles nous évoluons. Il y a en effet fort à parier que nous soyons prisonniers à notre insu de modes de fonctionnement, de schémas de pensée, de grilles de valeurs, etc... qui balisent puissamment et regrettablement nos jugements, puis les actions que nous mettons en oeuvre consécutivement à eux.
Notre approche du réel à tous égards est extrêmement restrictive et déformante, nos pensées sont largement sclérosées. Ceci en grande partie parce que notre mental tend à se couper de notre esprit, et que nous sommes enclins à privilégier  une pseudo rationalité rassurante en apparence, car générant peu de questionnements. Or il nous paraît juste de dire que ce sont précisément les questionnements et les incertitudes qui les accompagnent, qui caractériseraient une attitude réaliste plus digne de ce nom.
Souvent, ce qu'il convient de faire relativement aux normes admises n'est nullement le plus judicieux, le plus fin, le plus opportun. Ce qui est attendu comme "tombant sous le sens" signe généralement un manque de recul et de réelle intelligence, et donc révèle un horizon à court terme, montrant alors la faiblesse d'un choix, d'une décision, par exemple.

Admettre que le réel est bien plus complexe que les visions que nous en avons, et que notre esprit est infiniment plus puissant que notre mental étriqué, nous amènerait donc, avec bonheur et grand profit, à réviser notre conception usuelle du réalisme commun.
Nous le confondons à coup sûr avec le conformisme tellement dommageable, alors que nous aurions grand intérêt à le rapprocher de la lucidité, laquelle rejoignant la clarté avec laquelle les yeux de l'esprit entraînés à l'effort de détachement du regard habituel hébété sur le monde, conduirait ainsi tous ceux qui s'y sentent appelés à développer une forme beaucoup plus ouverte, féconde et réaliste - alors dans le vrai sens du terme ! - de clairvoyance vis à vis de ce qui s'offre à nous.


Isabelle VAUGEOIS ROUSSEL

Tag(s) : #Dossiers spéciaux, #articles et vidéos
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :