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PAR MICHEL-ANGE MOMPLAISIR

Voillà 3,8 milliards d’années depuis que la vie existe sur Terre.  Pourtant cette longue histoire a été émaillée de crises responsables de la disparition de moult espèces animales en un court laps de temps.  C’est ce qu’on appelle aujourd’hui des extinctions de masse.

L’idée n’est pas nouvelle.  Eratosthène (276-194) expliquait la présence des coquillages sur le littoral méditerranéen par l’émersion des terres dues à l’ouverture des colonnes d’Hercule, l’actuel détroit de Gibraltar. Au XVIIIe siècle, Buffon (1707-1788), dans son « Histoire Naturelle Universelle », reconnaissait l’existence d’espèces réellement éteintes.  Pour lui, ce sont  « des animaux dont la nature exigeait une chaleur plus grande que la chaleur actuelle de la zone torride. »  Parmi ces animaux figure un géant dont les dents ont été exhumées des marais de l’Amérique du Nord. Buffon le rapprochait de l’hippopotame.  En fait, il s’agissait du mastodonte, un vieux cousin des éléphants. 

Mais, ce fut Cuvier (1769-1832) qui défendit la thèse du catastrophisme dans l’histoire des êtres vivants.  Dans le « Discours sur les révolutions à la surface du globe », paru en 1812, le père de la paléontologie écrit :

« La vie a donc souvent été troublée sur cette Terre par des événements effroyables. Des êtres vivants sans nombre ont été victimes de ces catastrophes… leurs races mêmes ont fini à jamais et ne laissent dans le monde que quelques débris à peine reconnaissables pour le naturaliste. »

Le géologue britannique William Whewell (1794-1866) reprendra en 1832 les idées de Cuvier dans sa « doctrine uniformitarienne ». Les successeurs de Cuvier, comme Alcide d’Orbigny (1802-1857), n’ont pas hésité à verser dans un catastrophisme radical.  Nombreux au XIXe siècle, les « géologues bibliques » cherchaient à établir un rapport entre le Déluge et les catastrophes de l’histoire naturelle.  L’impressionnant tableau, la Terre avant le Déluge, de l’artiste Riou (1864), traduit bien ce penchant.

Charles Darwin (1809-1882) minimise l’acuité des explications catastrophiques.  Dans « L’origine des espèces », parue en 1859, il s’est plutôt consacré au bruit de fond des extinctions.  Un phénomène normal selon lui, le résultat de la transformation par sélection naturelle des espèces les plus aptes.  Un tel phénomène se produit lentement, inlassablement, inexorablement. Voilà ce qu’il écrit :

« Admettre que  les espèces deviennent généralement rares avant de s’éteindre – ne pas éprouver de surprise  face à la rareté d’une espèce par rapport à une autre, et cependant faire appel à quelque agent extraordinaire  et s’étonner grandement quand une espèce cesse d’exister, tout cela me semble à peu près la même chose que d’admettre que la maladie,  chez l’individu, est le prélude de la mort - ne pas éprouver de surprise face à la maladie – mais s ‘étonner quand le malade meurt, et de croire qu’il est mort de cause violente. »

En dépit de l’influence de Darwin, le géologue anglais John Philips, en 1840, avait été frappé par les coupures de l’évolution animale. Aussi, proposa-t-il de regrouper l’histoire de la vie en trois périodes, encore utilisées en paléontologie. Il les a dénommées : Paléozoïque (du grec palaios, ancien, et zoôn, animal), donc l’ancienne période de la vie animale, Mésozoïque (du grec meso, intermédiaire, et zoôn, animal), donc la période intermédiaire de la vie animale, et Cénozoïque (du grec kainos, récent, et zoôn, animal), donc la période récente de la vie animale.

Depuis 1970, l’étude des extinctions de masse est incluse dans les programmes officiels de biologie évolutive.

Quelles sont les principales extinctions de masse de l’histoire de la vie sur Terre ?  Quelles en sont les causes ou facteurs macro-contingents ?

Naguère on a cru à une périodicité des crises d’extinctions de masse, évaluée autour de 30 millions d’années. La cyclicité n’est pas retenue de nos jours.  Elle relève de l’imaginaire.

On sait que les unicellulaires, les protistes, apparurent à la période dénommée Protérozoïque, allant de - 2,7 milliards jusqu’à - 545 millions d’années, soit le début du Cambrien. La fin du Protérozoïque, entre -750 et -580 millions d’années, fut marquée par un refroidissement important de la température terrestre. La Terre se transforma en une boule de neige. De plus, il y eut des modifications de la thermohaline, c’est-à-dire dans la teneur en sodium des courants marins. Beaucoup d’unicellulaires périrent.

 

MICHEL-ANGE MOMPLAISIR

Ancien doyen de la Faculté de Médecine et de Pharmacie,
Ancien vice-doyen de la Faculté d’Ethnologie-Sociologie-Psychologie,
Ancien professeur d’anthropologie biologique 
Université d’État d’Haïti

Tag(s) : #Dossiers spéciaux, #articles et vidéos
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