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Par Camille Loty Malebranche

 

En enseignant aux disciples les modalités de la prière à Dieu par l’appellation de « Notre Père », le Christ a voulu ponctuer fort la valeur d’élite de ce qu’il allait appeler son Église. Église, société spéciale de la minorité saine et sainte, hors des ballottements idéologiques et comportementaux de la masse antispirituelle. Le Notre Père est donc l’affirmation christique de l’ecclésia et de la rédemption de l’élite chrétienne, élite strictement spirituelle qui est la famille terrestre de Dieu.

 

Le Notre Père est en soi une formule d’adoration et d’invocation pour l’élite spirituelle, la véritable église, celle innommée non institutionnelle qui suit son chemin parmi les miasmatiques cohues de toutes sortes sans s’abaisser à s’encanailler à la masse innombrable qui emprunte le chemin facile et vaste de la perdition. Ici, dans le schème spirituel, rois et cossus sont souvent de la racaille impitoyablement rejetée.

 

Il est trois grands champs rogatoires dans le Notre Père tel que présenté dans Mathieu 6 versets 9 à 13 que nous reproduisons ici:

 

9 Notre Père, qui es aux cieux,
que ton nom soit sanctifié.

10  Que ton règne vienne ;
que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel.

11 Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour.
12 Pardonne-nous nos offenses,
comme nous pardonnons nous-mêmes à ceux qui nous offensent.

13 Et ne nous laisse pas tomber en tentation,
mais délivre-nous du Mal.

 

Les versets 9 et 10 que nous abordons aujourd’hui dans cette exégèse, renvoient à l’univers de l’adoration, de la sanctification de Dieu par l’esprit qu’est l’homme; le verset 11 implore Dieu pour l’entretien tant spirituel que temporel où il s'agit de saisir le corps comme habitat et instrument de l'esprit dans cette étape terrestre du parcours tout métaphysique de l'homme. Dieu entretient la vie corporelle dans tous ses besoins matériels, temporels où l'homme est esprit incarné; le verset 12 demande le pardon des péchés et le verset 13 prie pour la victoire contre les forces du péché considéré comme le grand Mal porteur de tous les maux.

 

Les différentes parties implorantes du Notre Père sont des repères de base pour la prière de l’esprit conscient de soi sans autre Église que soi, pierre vivante de la spiritualité Yahviste telle que prônée par Jésus. C’est la démarche de l’Église essentiellement non confessionnelle qui n’a guère besoin de boutique cultuelle officielle ouverte sur le commerce et le pouvoir temporel, ni de marque déposée au titre de religion sociale où si souvent les curies prennent le nom de Dieu afin de circonvenir les foules pour mieux vendre les pacotilles théologiques de leurs immondes doctrines.

 

Le Notre Père est l’affirmation de la famille spirituelle, le Christ parlait à ses disciples à qui, il enjoignait formellement de ne pas faire comme les pharisiens, le monde, les païens. Seuls les fils élus de Dieu peuvent dépasser leur tragique existentiel pour affirmer leur dimension spirituelle de fils.

 

Le  Christ instruisait donc des disciples, des hommes nés de nouveau, parvenus à la vie intérieure, cette part de l’homme, où transcender le monde est possible, où vivre selon l’esprit dans le milieu divin est accessible, où, celui qui croit en Dieu comme Esprit Source de l’esprit qu’il est, accepte la rédemption conférée en Jésus, le Verbe incarné. C’est à condition de ce préalable que le Christ enjoint aux siens d’appeler Dieu, Père, notre Père. Le « notre » signifie que tous ceux qui sont en Christ, sont cette communauté métaphysique mise à part par Dieu. Communauté des fils incarnés de Dieu - (on sait que les anges, nom générique des créatures purement spirituelles, sont aussi appelés fils de Dieu) - communauté des hommes cheminant ici-bas en esprits conscients de leur nature et vivant selon elle malgré leur présence dans la chair. Force est ici de remarquer le pluriel du mot "cieux" qui interpelle sur la domination de Dieu au-dessus de tous les univers et de toutes sphères de pouvoir connus ou inconnus.

 

Communauté spirituelle dont Jésus parlera explicitement à Gethsémani, lorsqu’il précisait sa requête au Père, « je ne te prie point pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés et ceux qui croiront en moi par leur témoignage ».

 

Imploration à Dieu contre la canaille visible et invisible, la masse infecte des purs esprits pécheurs et déchus (satan et les démons) comme des mauvais hommes, ces esprits incarnés, lorsqu’ils se fourvoient par la méchanceté temporelle et matérialiste que nous constatons dans la foule sans vergogne métaphysique, qui infestent le monde en en faisant un lieu de tentations au mal pour leur prochain, d’imposition de toutes sortes de pressions malsaines, de souffrances, de misères artificielles et de toutes espèces de sollicitations diaboliques de l’esprit et des sens.

 

Que ton nom soit sanctifié

Que ta volonté soit faite

Que ton règne vienne

 

Ces trois apostrophes d’une piété à la fois implorante et votive de la foi, constituent la triade de la révérence théologale, de l’obéissance spirituelle et du reniement du monde du charnel psychologique pour le royaume vivant de Dieu qu’est l’être humain lorsqu’il prend conscience de sa vérité. Redondance de la suprématie divine dont le nom est pluriel du pluralisme de son omnipotence, sa Toute-Bonté, son éternité, sa démiurgie. L’on sait que l’hébraïsme littéraire est précisément riche de redondance sacrée. Les trois premiers vœux de la piété qui ne sont guère de pieux vœux vu que l’esprit conscient de soi, fait tout pour les rendre véritables et vivants en son for intérieur et en sa ligne d’action, sont donc la répétition insistante de la suprématie de Dieu dans la vie du vrai serviteur spirituel de Yahvé, sauvé par son Christ. Une itération supplicatoire de l’esprit qui reconnaît la primauté spirituelle et parmi elle, la préséance divine du Père.

 

L’idée dominante pourtant tacite du Notre Père, demeure la vocation spirituelle de l’homme à assumer son statut d’esprit imago Dei. Dire Père à Dieu, c’est reconnaître une connaturalité spirituelle entre soi et le Créateur multiplement nommé selon les aspects qu’en saisit l’entendement humain.

 

Ainsi, tous les noms de Dieu - mot qui vient de la mythologie où le grec Zeus déformé en latin par Deus nous apporte Dieu en français - sont comme banalisés et remplacés par le nom Père, nom de la proximité à la fois mystique et spirituelle qui fait sentir plus qu'un simple lien de parentalité humaine, la liaison ontologique, la fusion divino-humaine que la Foi en Dieu et en son envoyé Jésus-Christ, selon la grâce rédemptrice et la volonté d'amour du Créateur nous garantit. Père, ce nom que le Christ Rédempteur nous interdit d'attribuer aux humains est la précellente appellation que seul mérite le Créateur unique et absolu des univers tangible et intangible! Et le Christ nous incite à adopter le nom de Père en invoquant Yahvé pour nous rappeler notre prix à ses yeux, nous, pourtant, si pauvres de tout sans lui. Oui, Yahvé est notre seul Père, Celui en qui nous avons tout, à la fois l'être et le sens existentiel, un Père aimant et omnipotent toujours favorable, bien disposé et totalement disponible pour quiconque se fait son fils par la Foi.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept
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