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Par Camille Loty Malebranche

 

Le concept de transcendance nous réfère à deux modalités: La première tient de la cosmologie métaphysique; la seconde n'est rien d'autre que cette posture d'observateur externe posant en objet des englobants tels l'anthropologie philosophique, l'histoire dont nous relevons, grâce à une sorte de distanciation et d'abstraction fictive faisant office de méthodologie.

Dans l’exposé qui suit, je vous propose donc un regard sur la transcendance en tant que weltanschauung propre à la cosmologie métaphysique. 

La transcendance nous amène d'abord à la cosmologie philosophique ou théologique où l'univers - cette immensité globalisatrice, apparemment indépassable et infinie par son imprégnation de tous les êtres possibles - est relativisé, refusé à l’absoluité à travers sa représentation selon la perception voire le pressentiment d'un au-delà supracosmique. Là, la transcendance se réfère à Dieu ou au principe cosmique selon que les courants herméneutiques métaphysiques soient théistes ou panthéistes. La transcendance en ce domaine cosmologique transmatériel, se perçoit en tant qu'attribut théologal, dimension ontodivine supérieure du cosmos. Dans cette perspective, où la transcendance renvoie à l'homme qui contemple explore en représentation la nature cosmique et divine, elle est l'autre versant nécessaire de l'immanence.

Dans La représentation de l'univers propre aux panthéistes, le « cosmique » est soit principe suprême autorégulé opérant dans la matière, c'est le cosmisme qui est strictement immanentiste et qui, malgré cet immanentisme n'empêche point ce principe suprême autorégulé d'avoir des attributs d'un Sujet, un Soi universel ayant une sorte de subjectalité propre constituant l'Âme du cosmos; soit un principe qui transcende ladite matière par une sorte de conscience en soi, laquelle néanmoins reste dans la matière ne règne pas au-dessus d'elle, procède à travers la matière sans jamais être un principe totalement autonome; dans ce cas, on parle de l'acosmisme qui, lui, est aussi une weltanschauung immanentiste, mais un immanentisme entretenant un transcendantalisme de fait avec le monde tangible, mû, selon le panthéisme considéré acosmiste, par ledit principe doté de conscience en soi. Là, dans l'acosmisme panthéiste, il faut comprendre qu'il s'agit de la permanence voire l'immuabilité du principe considéré comme unité et vérité, alors que le cosmos physique, impermanent en ses éléments, est une sorte d'illusion en sa réalité élémentale constamment changeante.

Le panthéisme est la préconisation mystique d’une énergie transmatérielle agissant à travers la matière rendue théurgique (travaillant et produisant du « divin »). C’est une aura inscrite en la matière tout en la débordant sans toutefois exister sans elle, sans pouvoir être en soi par delà l’univers matériel. C’est donc, à défaut d’être une transcendance, un matérialisme transcendantal. 

En cosmologie mystique, au-dessus du fidéisme et du scientisme, le théisme fait la jonction entre transcendance et immanence par l’affirmation de l’ubiquité de Dieu, Personne suprême, possédant tout en soi-même par soi-même, mais choisissant dans sa générosité démiurgique, de tirer de soi le cosmos. Ce n’est jamais ex nihilo - le néant n’existant point - que Dieu crée le monde puisqu’il le tire de lui-même. La matière vient de Dieu comme Esprit Démiurge originel, de sorte que le Cosmos, la Création, est littéralement un "ex Deo". C’est l’infini mystère de Dieu se manifestant Créateur et Ordonnateur qui, au plus haut des cieux, bien au-dessus de sa création générée et agencée par des normes qu’il y inscrit, règne sur l’univers en sa totalité et ses éléments, en même temps qu’il l’empreint de partout, au point de le contenir et de s’y loger...   

C’est dans le théisme que la transcendance absolue atteint son acmé et se donne à être contemplée dans l’Ineffabilité de l’Être de Dieu, tout en ne cédant rien sur l’immanence mystérieuse de l’ubiquité, cette métaprésence du Dieu qui est partout en même temps et au-delà du temps dans sa littérale éternité! Éternité dont le sens est précisément le néant total du temps, l’inexistence parfaite de toute temporalité. Force est de constater ici, que, pour autant que l’univers ait eu un commencement, le principe cosmique des panthéismes, est et reste temporel. Dieu est absolument transcendant dans le théisme et seulement dans le théisme, parce que seul le théisme reconnaît explicitement Dieu et la supériorité statutaire de Dieu comme autogène et Créateur, nous laissant entrevoir la vérité de l’univers comme finie. L’univers du croyant théiste est un géant fini puisque Dieu est au plus haut des cieux, hors de l’univers sur lequel il domine. Pour le théisme, l’absolu et l’infini sont des attributs théologaux, des exclusivités divines. Et, dans le théisme chrétien, la transcendance va jusqu'à l'ascension de Jésus en préfiguration du destin céleste de l'homme croyant.  

Pour le reste, la cosmologie métaphysique est la perception cosmique qui - selon les constructions, révélations, religions et philosophies - orchestre la compréhension du monde hors des limites de la cosmologie physique, alors que la cosmologie physique élargit notre saisie de l'univers en nous présentant ses hypothèses et thèses qu'elle tente d'étayer par des démonstrations à partir de ce qu’elle croit savoir et percevoir de la matière astrale et fluidique de l’espace interstellaire, le fameux ciel des ensembles galactiques.

La cosmologie métaphysique, même dans le matérialisme des cosmistes, invoque l’au-delà du matériel brut pour libérer l’esprit - cet être de transcendance, cette imago Dei - du carcan de la masse universelle, des bornes volumiques de la matière, nous faisant transcender la banalité physique des particules et des corps, pour nous laisser nous imprégner des spirituelles lumières divines.

Dans le champ spirituel, la transcendance agit comme antidote sinon de l’angoisse existentielle, tout au moins de sa domination que la foi neutralise faisant toujours primer la placidité intérieure de la conscience qui se fixe sur Dieu par lattention des tréfonds spirituels pieux et fervents. 

On ne guérit pas de l’angoisse existentielle comme d’un mal psychique, on la transcende et la métamorphose en projection spirituelle par la foi.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept
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