Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Par Isabelle Vaugeois Roussel
Parler philosophiquement des larmes: un défi.
Le sujet n'est pas habituel..
Le propos se gardera d'être triste.
Il est possible d'évoquer la puissance d'humanité de cette expression de nos pleurs dans les larmes, sans toutefois larmoyer.
 
Nous soutenons que se révèle à travers ces sécrétions aqueuses salines que libèrent les yeux humains ce qui, au plus profond de notre réalité ontologique, porte nos caractères essentiels.
 
 
Notre condition , de son surgissement au monde jusqu' à son souffle ultime, l'être humain pleure.
 
Les pleurs du nouveau-né mêlés à son premier cri marquent la brutale irruption de chaque représentant du genre humain à sa venue au monde. Dans une glissade qui le fait quitter les eaux des entrailles maternelles pour désormais respirer par les voies aériennes l'air de ce monde dans lequel in lui faudra pas manquer de souffle, le bébé dont les yeux ne voient rien encore et s'ouvrent peu laissent échapper les premières larmes, très peu signifiantes encore par elles-mêmes, mais qui annoncent et préfigurent toutes celles qu'il versera au cours de son existence pleinement humaine. Elles accompagneront en effet ses états intérieurs les plus révélateurs de ce qui fait d'un homme un homme, elles seront de joie, de douleur, de détresse, autrement dit : de 
la teneur sentimentale et spirituelle la plus forte pour l'existence humaine embrassant pleinement la réalité de sa condition. Si seuls les yeux humains sont , à proprement parler , capables de pleurer, il nous faut décrypter cette manifestation comme un des signes d'humanité les plus indiscutables.
 
Non pas de simples symptômes, mais des actes en soi.
 
Nous avons tendance à réduire les pleurs à des signes somatiques traduisant pour les donner à voir des états essentiellement  émotionnels du sujet affecté. Pourtant, envisager ainsi le fait de verser des larmes risque de nous empêcher d'en saisir la profondeur de valeur.
L'homme qui pleure existe corps et âme dans ses larmes, Il est en larmes. Il répond de lui en larmes. En somme, sans distance et dans une forme très subtile d'immédiateté, celui qui pleure est , au moment où il pleure, au plus plein et au plus juste de son être, car ses larmes alors et les pleurs qui les libèrent apparaissent comme la manifestation la plus parfaitement appropriée à la situation qui est la sienne. Ainsi vues, nos larmes sont l'actualisation la plus authentique de notre être qui souffre ou jubile , dans une vibration puissante qui entremêle la sensibilité intelligente et l'esprit affecté.
Du reste , face à celui qui pleure -spectacle par lui-même bouleversant et qui nous laisse interdits-, nous nous tenons avec respect dans une distance affectueuse et dans une proximité respectueuse, conscients que nous sommes alors en présence de la force grave d'un acte rare posé par autrui, sans aucun fard, auquel on assiste comme à une manifestation sacrée.
 
Les larmes sont un langage véritable.
 
Nous pleurons fréquemment lorsque nous ne pouvons dire. Et quand les larmes montent puis coulent, il n'est plus question de parler. Et du reste nous cessons volontiers de parler afin de laisser venir les pleurs. Il paraît juste de soutenir que les larmes constituent en soi un langage qui relaye le langage articulé manifeste dans nos discours et paroles habituellement proférés. A la fois, nos larmes complètent nos dires lorsque ces-derniers capitulent, laissant à l'expression corporelle le soin de livrer sur un mode physique la dimension spirituelle et sentimentale de notre être, mais encore elles révèlent -non pas par défaut, mais en pleine puissance d'affirmation- notre pouvoir de dire l'indicible, comme sur le mode artistique, celui qui crée laisse la liberté de son être affranchi des conventions langagières communes dévoiler les interactions ineffables qui se jouent entre l'intériorité de tout son être et l'extériorité de l'environnement dans lequel il s'inscrit.
 
 
Ainsi, verser des larmes n'est pas activité de crocodiles ni sensiblerie dont il faudrait se railler... Du moins méritent-elles une considération beaucoup plus honorable. Car c'est bien l'humanité, au-delà de la simple contagion affective des grandes effusions affectées auxquelles il est aussi possible d'assister et qui sont un spectacle regrettable, qui montre son visage humide aux yeux rougis, à moins qu'il ne se cache -comme il choisit souvent de le faire-  à travers un homme qui pleure.
 
Tag(s) : #Dossiers spéciaux, #articles et vidéos
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :