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Un journaliste britannique dit ce qu’il a vu et entendu ces dernières heures à Alep

Par Guy Delorme


 

À Alep, le reporter britannique Robert Fisk a pu constater, entre autres choses, que le soutien des habitants à l’armée syrienne n’était pas une mise en scène propagandiste

La mort d’une journaliste japonaise, Mika Yamamoto, lundi à Alep, a été confirmée par le ministère japonais des Affaires étrangères. Un des collègues de l’agence Japan qui l’accompagnait a précisé que Mika Yamamoto avait été tuée d’une balle dans le cou, après que les Japonais soient tombés sur un groupe qu’ils ont identifié comme étant des soldats réguliers. Selon des opposants ayant « renseigné » l’OSDH, la journaliste japonaise aurait été tuée dans le quartier de Sleimane al-Halabi, à l’est de la ville.

Enlèvements de journalistes : une spécialité ASL

Le corps de la journaliste avait été emmené dans un hôpital de la ville ; une vidéo diffusée sur la toile montre ce corps, le commentaire incriminant les inévitables chabihas. Bref, comme souvent, c’est l’opposition qui impose sa version.

Par ailleurs, dans le même temps et le même lieu, deux journalistes arabes et un journaliste turc ont été portés disparus. On sait qu’il s’agit d’un journaliste libanaise, l’autre arabe travaillant pour un média américain.

S’il est possible que Mika Yamamoto ait été victime d’une balle perdue, le quartier étant le théâtre d’accrochages, en revanche la pratique de l’enlèvement est plutôt une « spécialité » des groupes armés anti-gouvernementaux : voici peu un journaliste hollandais et son collègue britannique avaient été détenus par des djihadistes dans le nord du pays. Par ailleurs, on sait qu’un certain nombre de journalistes syriens ont été victime d’enlèvements, se concluant souvent par un assassinat.

En ce qui concerne les combats de ces dernières heures, Sana évoque des accrochages dans les secteur d’al-Jadida (ouest de la ville, et juste à l’est du quartier dit de la « Nouvelle Alep » : deux snipers ont été tués, d’autres rebelles capturés

Voici le reportage d’al-Mayadeen sur les combats à Alep le 19 août : on y a vraiment un aperçu de ce que peu être la guérilla urbaine, avec les perquisitions, immeuble après immeuble, et les échanges de tirs d’une fenêtre à l’autre, un rebelle blessé capturé…

http://youtu.be/REKJcUgGKlo

 

Caverne d’Ali-Baba terroriste

Le quotidien britannique (d’Ulster) The Belfast Telegraph a publié ce 21 août un reportage de son envoyé spécial Robert Fisk. Celui-ci, qui se trouve aux côtés des forces gouvernementales, a interviewé un des généraux menant la bataille d’Alep. Il ne donne pas son nom mais précise qu’il a 53 ans, dont 33 de carrière, est très grand et qu’il a reçu deux blessures par balles lors des récents combats de Damas. Des adjoints de ce général de division assistent à l’entretien et y participent. Le tout se passant dans une villa du quartier « chaud » de Seil al-Dawla.

Le général se fait fort de nettoyer toute la province d’Alep en vingt jours. Il est vrai qu’il ne témoigne pas une grande estime à ses ennemis : « Ils nous ciblent depuis leurs cachette et puis ils courent se cacher dans les égouts. Des étrangers, des Turcs, des Tchétchènes, des Afghans, des Libyens, des Soudanais« . Et les Syriens ? lui demande Fisk : « Oui des Syriens aussi, mais des trafiquants et des criminels » répond son interlocuteur.

Le reporter le questionne sur les armes et l’équipement des rebelles. Le général lui tend un appareil de liaison émetteur-récepteur pris voici deux jours sur le cadavre d’un activiste turc : il est en parfait état de marche, des combattants rebelles s’interpellant « en direct » sur la fréquence, ce qui déclenche des rires du général et des militaires présents ; le général montre à Fisk la carte d’identité du Turc : il s’appelait Remziye Idris Metin et était né le 1er juillet 1974 à Bingol en Turquie.

Fisk examine ensuite le nombreux matériel pris aux rebelles qui encombre la pièce : il remarque des bâtons d’explosifs d’origine suédoise mais griffés made in USA et produits en 1999 ; une arme automatique belge de marque Herstal ; des grenades d’origine indéterminée ; une lunette de fusil de fabrication russe ; un pistolet Star Echeverria (Espagne) ; un pistolet-mitrailleur soviétique de 1948 ; une grande quantité de lance-roquette russes avec leurs munitions ; et des boîtes de matériel sanitaire. Un officier présent explique à Fisk que chaque unité rebelle dispose d’une ambulance de campagne. Le reporter recense des sédatifs libanais, des bandages pakistanais, mais l’essentiel de ces « trousses de secours » viennent de Turquie.

Robert Fisk remarque encore dans le butin une carte visa tout récemment périmée au nom de Ahed Akrama, et une carte d’identité ayant appartenu à un certain Widad Othman, « enlevé par les terroristes » précise un officier.

Comment toutes ces armes parviennent-elles aux rebelles ? Le général reconnait que certaines peuvent avoir été prises sur des soldats tués, ou à des déserteurs. Il admet l’existence de ces derniers mais affirme qu’il s’agit le plus souvent de « ratés, de soldats ayant échoué aux tests de base, ou uniquement motivés par la solde ». C’est en tous cas ce qu’ils reconnaissent lors des interrogatoires, dit-il encore.

Les habitants avec l’armée

Et puis le reporter accompagne pendant une heure et demie une patrouille de l’armée : les rebelles ne se manifestent que par des tirs sporadiques de snipers, qui « ‘disparaissent avant que les soldats n’arrivent« . L’un d’entre eux vient d’être abattu : il tirait depuis le minaret de la mosquée El-Houda. L’officier qui accompagne Fisk dit que Salaheddine a été complètement libéré et que le quartier voisin de Seif al-Dawla l’est aussi, « à deux pâtés de maisons » près.

Une douzaine d’habitats sortent de leurs maisons au passage de la patrouille : des retraités septuagénaires, des entrepreneurs ou des commerçants et leurs familles. Ils se jettent au cou des soldats, et Fisk précise qu’ils ne savaient pas qu’un journaliste étranger était présent. L’un de ces civils raconte à Fisk que des activistes « étrangers » ont utilisé sa cour pour tirer sur les soldats. « Je parle turc, et beaucoup parlaient le Turc, mais certains avaient de longues barbes et des pantalons courts comme en portent les Séoudiens, et avaient d’étranges accents arabes ».

Robert Fisk note que beaucoup d’Alépins lui ont parlé, « loin des oreilles des soldats », de ces combattants étrangers, présent en grand nombre aux côtés de Syriens « de la campagne environnante« . Fisk dit que la majeure partie de la ville d’Alep vit sa vie habituelle, sous la menace de quelques tirs de mortier sporadiques, mais que des dizaines de milliers d’Alépin ayant fui les combats sont hébergés dans des dortoirs du campus universitaire.

Dans l’après-midi de lundi, le reporter britannique rencontre dans le centre-ville cinq soldats syriens, épuisés, « de la tension dans le regard« , accompagnés d’un civil du nom de Badriedin. Celui-ci a averti les soldats qu’il avait vu « dix terroristes » rue al-Hattaf ; plusieurs d’entre eux ont ensuite été abattus, et leurs camarades ont enlevé leurs corps sur des deux-roues, selon Badriedin ; les soldats quant à eux racontent fièrement comment, bien qu’inférieurs en nombre, ils ont affronté l’ennemi.

Robert Fisk indique que le commandant en chef des troupes d’Alep lui a parlé d’un « affrontement majeur » qui vient de commencer dans un quartier de la ville, autour d’une mosquée et d’une école chrétienne, où un grand nombre de terroristes sont encerclés. Le général lui précisant que l’armée syrienne ne tue pas les civils, mais au contraire les protège à leur demande : « Nous avons essayé de faire partir les habitants des endroits où nous devons combattre, en lançant de nombreux  avertissements par hauts-parleurs« .

Bref, le journaliste britannique confirme qu’à Alep, les combattants étrangers sont nombreux, équipés d’un matériel important si hétéroclite, et que pour les Alépins qu’il a rencontrés, les libérateurs sont les soldats de l’armée régulière et non les barbus de l’insurrection.

 

 

Mort de deux journalistes, non syriens, dont une femme, et trois terroristes, à Alep, le 20.08.12 :
http://youtu.be/YjPu13dln2s

 

source:lien
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