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Par Louis Denghien,


 

Bombardement dans la banlieue nord de Damas : il n’y a pas et il ne peut y avoir de « bataille de Damas« , il y a en revanche ces derniers jours une violente contre-offensive de l’armée pour sécuriser les abords de la capitale

 

C’est toujours la région de Damas qui concentre l’attention en ce début de semaine. Avec les mêmes noms qui reviennent : le secteur de l’aéroport international et la région agricole de la Ghouta, à l’est et au nord-est de la capitale, ainsi que la ville de Daraya, dans sa périphérie sud-ouest. Il est à peu près certain que les affrontements, dans ces deux secteurs (où les combats sont endémiques depuis la fin de l’ »offensive » rebelle contre Damas en juillet/août) sont d’assez grande ampleur. Des médias et sites pro-gouvernementaux assurent que dans le secteur de l’aéroport, les forces gouvernementales ont repris le contrôle de plusieurs localités et sites échelonnés le long de la route conduisant à l’aéroport, de Babbila (limite sud-est de l’agglomération de Damas) à al-Ghuzlaniyah (à l’entrée ouest de l’aéroport) ce qui représente une bonne dizaine de kilomètres de développement.

Le site Syria Truth (pro-gouvernemental) reconnait pour autant que les groupes rebelles se sont repliés dans des localités voisines comme Harane al-Awamid (immédiatement au nord-est de l’aéroport), Shebaa (sur le côté nord de la route de l’aéroport, à 4 ou 5 kilomètres à l’est de Jaramana et donc des accès sud-est de la capitale). Bref, même si le trafic aérien continue d’être assuré, il demeure une menace sécuritaire dans ce secteur. « L’armée veut prendre le contrôle du côté est de l’aéroport (la Ghouta), où se trouvent des milliers de terroristes et cela va prendre plusieurs jours », a déclaré à l’AFP une source de sécurité.

À Daraya, au sud-ouest de la capitale, l’autre point de fixation majeur des combats dans la région, les mêmes sources pro-gouvernementales assurent que les rebelles sont encerclés.

Une question de chiffres

Au-delà des versions, il est évident que les rebelles ont tenté ces derniers jours leur plus important effort contre la capitale, depuis leur échec de l’été. Mais cet effort, comme le précédent, semble bien avoir été une nouvelle fois mis en échec. Les médias pro-syriens parlent de pertes rebelles conséquentes sur ce front : la radio iranienne avance le chiffre de 1 000 insurgés tués ces derniers jours autour de Damas, mais c’est à prendre avec précaution, l’Iran étant lui aussi dans une logique de propagande. Plus près du terrain, Syria Truth donne des chiffres (un peu) plus modestes et un peu plus précis : 200 insurgés tués, et un nombre indéterminé de blessés, dans le secteur de Daraya. Et 500 autres éliminés sur le front de la Ghouta et de l’aéroport, dont 40 à Deir Assafir, 30 à Harane-Awamid, 60 à Shebaa (localités situées à proximité de la route reliant Damas à l’aéroport), et près de 100 autres dans les parages ouest de l’aéroport. C’est bien possible étant donné la violence de la contre-attaque des forces gouvernementales depuis jeudi dernier. Le quotidien gouvernemental al-Watan affirme lui aussi que des « centaines de terroristes  » ont été tués en quatre jours.

Des sources prétendent que les combats actuels s’inscrivent dans une offensive rebelle de très grande ampleur, devant démarrer samedi dernier, s’opérant de quatre côtés, et impliquant jusqu’à 50 000 assaillants. Les rebelles auraient donc été pris de court par la conte-offensive de l’armée.

Et nous voilà renvoyés à l’éternelle question des effectifs rebelles. Nous, nous ne pouvons que répéter que si vraiment la rébellion disposait de telles forces dans le rif de Damas, eh bien elle serait, au minimum, rentrée dans la capitale, qui se serait mise à l’heure détestable d’Alep. Or, il n’en est rien, et même l’OSDH ne trouve rien de mieux à annoncer dans ses derniers communiqués que des « bombardements » sur le camp palestinien de Yarmouk, la localité d’al Hajar al Aswad et le quartier de Tadamone, lieux limitrophes à la sortie sud de Damas, et régulièrement infiltrés par de petits groupes rebelles. De petits groupes et non plusieurs milliers de combattants lancés dans une offensive stratégique. L’OSDH cite encore aujourd’hui d’autres noms devenus familiers dans la chronique des incidents de la région de Damas : Douma, Harasta, Erbin, dans la grande banlieue nord-est, « pilonnés par l’armée » selon R.A. Rahmane. Mais comment faire, là encore, la part, entre des incidents sporadiques et de vrais combats ?

Nous pensons et disons donc, une nouvelle fois, que le caractère malgré tout limité, en termes géographiques sinon en intensité, des combats autour de la capitale traduisent bien la force réelle des rebelles, qui ne sont tout au plus que quelques milliers, du sud-ouest au nord-est. Et qui sont structurellement incapables de menacer sérieusement une ville de plus de deux millions d’habitants où le gouvernement est, pour d’évidentes raisons, particulièrement en force. Damas est menacée d’insécurité dans ses environs. Pas d’une prise qui est hors de portée des forces réelles, militaires et politiques, de la rébellion. Mais tout ça permet à nos « confrères » de l’AFP de continuer à écrire que « la banlieue de Damas est désormais au coeur des combats« , alors que les incidents n’ont pas cessé dans les secteurs évoqués plus haut depuis des mois.

Certaines sources pro-gouvernementales évoquent l’aide des services de renseignement russes, qui auraient averti les autorités des plans des rebelles. Nous n’en savons rien, mais c’est, là encore, on ne peut plus plausible. Ce qui est avéré, en tous cas, c’est que l’aviation syrienne, indifférente à la menace de la quarantaine de missiles sol-air américains que détiendraient les rebelles, continue chaque jour ses sorties.

Au chapitre du baratinage propagandiste, relevons ce témoignage d’une « militante » (d’opposition), nommé « Alexia » qui depuis Damas (c’est ce qu’elle dit du moins) livre à l’AFP, via Skype, ce tableau angoissant de la capitale : « Quartier après quartier, le bruit des explosions se rapproche chaque jour« . Oui Alexia, chaque jour depuis des mois ! Qui peut encore accorder foi à ces « nouvelles » généralement démenties ou oubliées dès le lendemain du jour où elles ont été annoncées ? Le scribe de l’AFP, peut-être, mais ce n’est même pas certain.

Encore un succès rebelle sans lendemain (ou surlendemain)

En parlant de baratinage – ou, soyons charitable, d’effets d’annonce – c’est l’AFP et l’OSDH qui claironnaient que l’ASL avait conquis, jeudi, un important champ de pétrole dans le secteur de Deir Ezzor,  à l’est du pays. Eh bien, les rebelles ont déjà évacué leur « conquête » : R.A. Rahmane le reconnait lui-même (le 1er décembre), mais fournit à ses compères de l’AFP une explication « technique » à ce nouveau « retrait tactique » : les rebelles craignaient que l’exploitation pétrolière d’al-Omar ne soit « minée« . Al-Omar était présenté par l’OSDH comme « l »une des dernière positions » de l’armée syrienne à l’est de Deir Ezzor, après que les rebelles se fussent emparés en novembre de deux autres exploitations, le gouvernement conservant le contrôle de cinq autres champs pétroliers à l’ouest de Deir.

R.A. Rahmane donne d’ailleurs des détails éclairants sur cet épisode : selon lui, les rebelles ont dû reculer devant 150 militaires « appuyés par des armes lourdes« . Si la rébellion hésite à affronter cette force somme toute modeste, c’est qu’elle n’a pas les moyens de ses ambitions, ou de celle que lui prête l’OSDH. Et que les mines ont bon dos. Il y a certes une forte présence rebelle islamiste dans la région de Deir, qui est aussi celle de l’incontrôlable frontière irakienne, et les barbus ont pu prendre pied non seulement dans certains quartiers de Deir mais, plus au sud, dans la ville de Mayadine, sur l’Euphrate. Mais ce sont, en quelque sorte, des « victoires de proximité ». Et précaires, les bandes ne pouvant résister à un retour en force de l’armée. Le problème étant que celle-ci ne peut être présente en force suffisante sur tous les fronts. Or, dans ce secteur de Deir, la rébellion a peut-être pris une ville et deux ou trois champs de pétrole ou de gaz, mais elle contrôle surtout un désert.

 

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Tag(s) : #Actualité
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