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Par Camille Loty Malebranche

 

Des antichrétiens simplistes, primitifs, ennemis primaires du christianisme ne voient dans leur herméneutique haineuse platement superficielle de cette sublime spiritualité que du dolorisme et de la contemption du corps. Pourtant, si tant est l’ovation exclusive de la douleur dans le christianisme, comment appréhender l’intervention vétérotestamentaire de Yahvé pour libérer son peuple asservi et maltraité ? Comment comprendre alors toutes ces guérisons, ces résurrections, tous ces miracles pour consoler l’esprit, soulager et guérir les maladies du corps que Jésus a opérés dans le récit néotestamentaire ? En vérité, Dieu paraît partout dans l’Écriture comme celui dont la gloire rejoint toujours le salut global de l’homme. Salut et victoire sur tous les maux, auquel l’homme est convié mais auquel il s’élève rarement au niveau spirituel.

Jésus, dans sa prière sacerdotale, Jean 15 v 11 dit aux apôtres et disciples "je vous parle de la sorte pour que vous ayez en vous ma joie parfaite". Outre cela, il faut se rappeler encore que Jésus tel que présenté dans les évangiles, est un homme qui fréquentait les fêtes de salon, les fêtes publiques et qui aimait festoyer, visiter, partager... Rien, vraiment rien d’un doloriste renfrogné et grincheux, caressant les plaies et les douleurs de peur qu’elles ne guérissent. Jésus est celui qui transforme l’eau en vin, quoi de plus festif, de plus enthousiasmant, de plus « bachique » ! Le vin, comme chant de la vie, est même devenu l’emblème de son sang. Le vin, signe d’adhésion humaine à l’ivresse vitale, et le sang versé du Christ est célébration suprême du goût à la vie qui vainc par la foi et le sacrifice suprême du rédempteur les droits de la mort sur l’homme racheté. Et puis, dire que "toute la Bible n’a pas un cri de joie" ainsi que je l'ai déjà lu d'un contempteur socialiste du christianisme, est quelque peu excentrique... « Le cantique des cantiques » est un véritable Kâma-Sûtra "yahvéo-chrétien". Une célébration lascive et érotique de la spiritualité sensuelle comme religion et comme mariage de l’homme dans son hypostase spirituelle avec l’Amant Infini.

Il nous faut, par souci de vérité et de sens, révoquer le peu de nuance d’une parole marxienne trop souvent faite dogme et à tort inscrite dans le socialisme, qui confond la religion sociale « religion-opium » avec la religion spirituelle sans église ni cléricalisme totalement révolutionnaire contre les aliénations tant métaphysiques que systémiques de l’homme.

Pour un marxisme crédible dans un socialisme authentique, tel que nous le souhaitons tous, il faut bannir de l’analyse sociale, les propos d’une doxa marxienne antichrétienne ou athéiste sans conséquence dans le combat de la libération des peuples. Nous devons impérativement, déblayer l’analyse marxiste rigoureuse de la société - toujours apte à bien des égards, de nous inspirer dans les luttes de libération actuelles - de l’opinion du Marx-individu, sans intérêt épistémique dans l’intellection de la chose socio-économique et politique. Là, point n'est besoin de l'elenchos socratique pour voir l'évidence!

Que la foi et sa spiritualité, non socialisée non idéologisée par la curie des églises officielles qui usent du sacré comme arme d’aliénation des masses, soit libre du jugement hâtif des idéologues.

Qu’elle soit jugée seulement dans son essence, sa nature surrationnelle, ontologique et eschatologique, réservée par-delà toute idéologie sociale à l’homme en tant que personne en rapport à soi et à l’être, dans sa quête de sens...

Pour le marxisme et pour les progressistes croyants opposés à l’ordre indigne de la ploutocratie, évitons les errements insensés d’un jugement rapide contre la spiritualité vite confondue avec les églises institutionnelles réactionnaires, une spiritualité préjugée à tort procapitaliste et pro-oligarchique par essence d'après le prisme historico-idéologique du 19ème siècle qui fut en vogue (notamment chez Feueurbach qui a fortement influencé Marx) en ce siècle du matérialisme et du nihilisme les plus extrêmes. Ici, une simple question allumera comme un feu vos lanternes: si le Christ était si proche des élites, pourquoi lesdites élites, oligarques politiques, économiques et religieux de son temps - en excluant, en l'occurrence, le fait transcendant que c'était une mort messianique voulue pour sa mission - l'ont-elles tué avec tant de haine?

Le Christ, promoteur révolutionnaire de la pensée horizontale...

Babel, la confusion, est entrée dans la civilisation comme préfiguration de l’élévation verticale capitaliste qu’une poignée de fous orgueilleux voulaient ériger au-dessus de leurs semblables pour régner sur eux par la tyrannie de la hauteur et de la distance matérielle. Alors que l’élévation proposée par le Christ est horizontale c’est-à-dire rencontre, ouverture et prodigalité solidaire à l’humanité entière par intégration de tous les membres de bonne volonté de l’espèce, sans exclusion de droit et de chance à quiconque. Depuis l’origine, par un curieux effet de dénaturation, de déshumanisation et de perversion du sens, le langage des cultures, toujours en quête de domination ethnique ou sociale sur l’autrui, a constamment basculé dans l’incommunication ou dans ce qui est pire, parce que crachat répugnant de l’esclavagiste, le diktat ! Diktat du chef dominateur à ce qui aurait dû être la phratrie fraternelle. Diktat d’une ethnie en arme à une autre vaincue ou militairement conquise. Diktat de la ploutocratie impérialiste planétaire à l’écrasante majorité des non possédants. Diktat d’une presse du nord riche des moyens extrêmes de communiquer sur celle démunie des différents suds. Diktat du capital et de l’industrie de sous-traitance délocalisée aux nouveaux travailleurs esclaves des pays en développement. Diktat de l’économie financiarisée des banquiers sur l’économie réelle et productive des peuples. À ces ignobles oracles imposteurs et profanateurs de la vérité de la nature humaine, la plupart des humains obéissent, hélas, sans prendre conscience de l’asservissement !

Le cri du Verbe Incarné qui est Vérité et Lumière nous rappelle l’abomination de l’ordre en cours, de cette Babylone maudite du mensonge systémique de l’ordre exclusif de la consommation et du marché et de l’aliénation plurale de la personne humaine qui s’en suit. Pour nous sauver du verbiage hypocrite du monde qui fait semblant de croire aux valeurs mais ne reconnaît que ce qui est vendable et rentable, le Christ-Verbe a chassé les vendeurs du temple comme pour nous dire que l’homme-temple sacré de Dieu, en aucun cas ne devrait avoir à commettre la simonie de se vendre, de se soumettre ou se prostituer à aucun système pour sa subsistance voire son enrichissement temporel. Car dans la mystique chrétienne, nul système non divin - fut-il celui de religion sociale (et surtout pas elle) - ne doit avoir préséance sur l’homme ! Il faut enfin considérer le Christianisme, ainsi que me le faisait remarquer un ami, comme « le premier personnalisme de l’histoire » en tant qu’il est la première doctrine à insister sur le statut de personne humaine à qui il fait toute la place due à son respect idiosyncratique. En lui, l’institution et donc toute l’influence de la communauté religieuse, le temple et le rite ne comptent dans le rapport cultuel personnel du croyant avec Dieu, que si et quand l’homme en sent le besoin. Avant toute chose, c’est l’homme chrétien qui est temple vivant de Dieu qu’il doit « adorer en esprit et en vérité ». C’est donc un humanisme sacré où l’homme se déifie, que propose Jésus aux disciples. Le christianisme constitue donc la religion de l’homme qui embrasse la foi et respecte la justice envers soi et le prochain, sans nul autre fardeau ou rite nécessaire. Je comprends mal que le Christ soit perçu comme un ennemi de la joie, lui qui ouvre tous les canevas du temporel et de l’éternel comme possible trésor à l’homme !

D’où vient que le Yahvéo-Christianisme - (je refuse ici le vocable de judéo-christianisme qui qualifie au sens précis l'idéologie des juifs convertis au début du christianisme où ils intégraient presque tout leur judaïsme au christianisme) - soit perçu comme un dolorisme, si ce n’est que par un regard volontairement réducteur ? Ne nous présente-t-il pas autant le lyrisme érotique, dansant et jouissif des David et Salomon que le monachisme apostolique rigoriste de Paul ? Tout comme il nous relate la sociabilité festive de Jésus aussi bien que la misanthropie parfois ascétique de Jean le Baptiste ? Comme le voeu socialiste de libérer la société de l’égoïsme des ploutocrates, le Christianisme trône la célébration joyeuse de la Résurrection de la Vie et de la Magnificence sur les vieilleries hideuses de l’homme sans Christ, figé dans l’avarice et le ressentiment!

Je reprends, en terminant, ce que j'ai déjà dit ailleurs:

Toute société ou libération fondée seulement sur le matérialisme, est condamnée à l’inhumanité et donc dénaturée par avance. Car l’homme est un être spirituel et finaliste qui exige un sens qu’il sent même quand il ne peut le traduire.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

Copyright © CAMILLE LOTY MALEBRANCHE - Blog INTELLECTION -  2016

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