Par Camille Loty Malebranche
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L’Homme est un réceptacle dont la mission est d’être conscience qui travaille pour ses propres fins, ce qui lui est donné, imposé et dont il est constitué. Car le réceptacle humain, comme tout réceptacle, obéit au jeu de la contenance et du contenu dont use et mésuse son remplisseur. Et dans le cas de l’homme, c’est souvent un ludique effroyable de réification qui ne se renverse que par l'Éveil à soi de l'Esprit.
De la génétique au culturel, l’homme au monde est un réceptacle tantôt passif, tantôt actif. Toutefois, le lieu où l’être humain doit devenir maître de ce qu’il reçoit malgré lui, en conquérant ce qu’il devient par la construction de lui-même tel qu’imposé par le diktat des structures de la reproduction naturelle et sociale, est le schème du mental, espace de toutes les sollicitations institutionnelles, de tous les esclavages et aliénations qui prédéterminent les comportements collectifs, régissent le correct et le fautif selon la morale intéressée des oligarchies dominantes.
Par nos gènes, nous sommes réceptacles passifs qui, biologiquement, portent ce que nous avons reçu et qui nous constitue, avant de le transmettre éventuellement selon notre instinct ou besoin naturel de reproduction. Là, le réceptacle est donateur ou donatrice de vie, géniteur ou génitrice contribuant à l’avènement de chaque nouvelle génération au fil des âges.
Au stade culturel, nous sommes en quelque sorte structurés pour être reproducteurs des codes et principes de la weltanschauung collective, la vision globale de la société. Là, l’homme et la femme, père et mère de famille, sont collaborateurs de tous les monstres du pouvoir social. Ils répètent les référents culturels avec toutes les aberrations de l’injustice, de l’autoritarisme du pouvoir, en forçant leurs propres rejetons à adopter les pires monstruosités essentialisées selon l’obéissance à l’autorité, monstruosités que pourtant, par ailleurs, tous dénoncent! Étonnants couards incapables de rompre la chaîne des répétitions par alignement au nombre et lâcheté face à l’institution sociale!
Dans un monde où les nuances sont les seuls guides justes de l’action, et où les définis sont des textes et des codes rendus compassés par la sacralisation sociale, l'individu oublie souvent que tout cela est à interpréter pour application, et que l’effort de l’homme doit se concentrer sur la manière de porter l’héritage culturel et de l’assumer en le dépassant, le transgressant dans certains cas, afin d’être digne de soi.
Sans être page vierge, l’Homme doit devenir recréateur de ce qu’il a reçu, ce qu’il a appris, ses réminiscences, ses réflexes sociaux d’où, en mûrissant il pourra, sans transformer le papyrus de son bagage culturel en palimpseste, l’émonder et le personnaliser en scribe instruit, hyperconscient, à la manière d’une page intelligente et autocorrigée, correspondant à sa propre vision de soi et du monde. Transformer l'écriture d'autrui gravée dans la chaire de son esprit accaparé non encore né, en blanc-seing de ses volitions et de sa conquête de soi, est un appel des profondeurs, une vocation des hauteurs à laquelle tout homme doit répondre mais que, hélas, très peu entendent dans le vacarme du programme social qui les noie, inaptes à ce métabolisme métaphysique de l'Homme qui se réalise...
L’Homme devient un démiurge et cesse d’être réceptacle passif quand il naît à l’Esprit, à sa nature transcendante libre des chaînes du fonctionnement social. La transposition spirituelle de toute la morale de sa vie, propulse l’être humain hors des conventions et convenances pour la réalisation de sa Nature profonde. Car L’Esprit, lorsqu’il apparaît et s’exprime vraiment chez un humain, démasque l’hypocrisie et l’abâtardissement de toute morale institutionnelle, proclame le bien total de la personne humaine comme seule morale suprême contre toutes structures de remplissage de l’être humain qui s’emparent de lui dès sa naissance pour en faire leur chose, leur réceptacle programmé.
La seule vraie révolution humaine fondamentale consiste à refuser le jeu macabre et réifiant de remplissage et de répétition d'une correction programmée par laquelle les tenants de la culture, exproprient chaque humain né en ce monde pour en faire malgré lui, un pion de leur sordide échiquier selon leur factice rectitude sous la férule impitoyable de la rection institutionnelle.
L'Homme naît enfin quand - au bout de sa propre rencontre avec l'Esprit, sa véritable nature - un humain choisit de vivre l'intériorité sans être régi par les lois sociales. La vie selon l'Esprit est transcendance et transgression des fausses normes de la culture qui, de toutes façons, n'a jamais que des lois car la nature seule a des normes. Et, lesdites lois de la culture sont toujours contingentes et en situation, et souvent répressives et indues car infligées contre l'homme par quelques profiteurs et tyrans. L'Homme né à l'Esprit vit pour le primat de sa véritable Nature, la Nature humaine qui fait tellement peur aux cerbères de l'ordre social, qu'ils veulent tous systématiquement l'ignorer, la brimer, la dénaturer...
CAMILLE LOTY MALEBRANCHE
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