Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Publicité

Par Camille Loty Malebranche


 

Proche-Orient musulman, chimère d’une région entre exigence de démocratie, impérialisme occidental et pouvoir théocratique.  

 

La démocratie authentique est allergique à toute autre forme de pouvoir qui n’est pas elle-même. Elle exige le contrôle effectif des institutions par le peuple, à moins d’être réduite à de la fumisterie idéologique des gouvernants et des foules, ses perpétuels sicaires. Et, dans le cas du Proche-Orient musulman, nous disons que l’histoire qui oscille entre impérialisme occidental et influence religieuse musulmane, en expédiant comme obsolètes les tyranniques États forts dictatoriaux, ne peut qu’aboutir pendant une bonne marge temporelle, qu’au balbutiement douloureux des États, à l’instabilité politique et à d’itératives turpitudes sociales. C’est sans doute le prix, le tribut à payer pour une amélioration du niveau de vie politico-sociale de cette région. 

 

Dans les actuels évènements d’Égypte, le conflit entre une partie de la population et le président Morsi qui dispose du puissant appui des différents partis regroupés sous la dénomination « les frères musulmans », la situation nous paraît l'indice alarmant d’un imbroglio politique où le pouvoir de Morsi, fait face à deux fronts unis contre l’influence religieuse: d'un côté, la jeunesse réclamant à la fois intégration économique et libertés individuelles séculières dans une société un peu plus laïque, et de l'autre, l’action sournoise de l’occident fortement inquiet de sa baisse de prépondérance dans ce pays du Makrek qui aura été l'une de ses précieuses têtes de pont régionales depuis Sadate après la mort de Nasser, le fameux nationaliste antioccidental, dont l'histoire hante encore l'occident.

 

 

Impérialisme occidental et Islamisme nationaliste, le double butoir de la démocratie.

 

Ce qui se passe en Égypte, par delà les spécificités du pays des pyramides, est en fait le dilemme du Proche-Orient musulman pris entre la main infernalement inlassable de l’impérialisme occidental qui s’effraie des turbulences sociales aux Makrek et Maghreb, l’islamisme nationaliste plus ou moins théocratique et l’exigence d’une jeunesse qui aspire à une démocratisation de la société. Dans un tel contexte, les alliances sont souvent contre-nature et sans avenir, et les intérêts, tranchés, immiscibles. La frustration des jeunes place la région à la croisée de toutes sortes d’agitations. Les jeunes qui tentent de trouver intégration économique au sein de pays à économies fragiles et arriérées, demeureront en instance d'une colère parfois patente comme cette semaine sur la place Tahrir, mais toujours latente contre l'injustice. Colère qui ne s'apaisera guère par de simples élections précisément abortives de toutes transformations profondes et systémiques dans des États au système vétuste quasi féodal et à caractère théocratique où monarques et présidents sont à la solde de l'aristocratie religieuse de certains mollahs avec leur cour indécente de privilégiés à nourrir et enrichir tout en ostracisant les majorités. Ce que certains secteurs de manifestants en ces pays réclament, c'est plus une réforme de ladite aristocratie religieuse, son retrait de la politique directe et non sa disparition. Le maelstrom des mouvements téléguidés par les hégémonistes occidentaux, ne dénaturera pas les revendications légitimes des peuples qui, s’ils veulent se défaire de la main de fer des dictatures religieuses diluées dans l’institution sociale et politique, à travers l’État et la morale officielle, ne sont guère prêts à abandonner leur repère du sacré et weltanschauung culturelle au profit d'une domination occidentale… D’où, la manière occidentale de traiter ces pays en ébullition par l’instillation du désordre de masse et  l'émiettement étatico-institutionnel, renvoie certains de ces peuples à l’extrême de l'islamisme délibérément préféré et choisi au cours d’élections passablement honnêtes selon tous les critères internationaux. La perduration des crises de gouvernance et des manifestations de certains secteurs sociaux, si elle indique les limites gouvernementales de l’islamisme, n’en représente pas moins une sorte d’aporie politique pour les impérialistes devenus suspects par leur affliction géostratégique malsaine de dislocation structurelle, de pulvérisation institutionnelle à la fois raciste et criminelle des États comme l'Afghanistan, l'Irak, la Libye, la Syrie où la perpétration des mêmes horreurs est en cours, par la guerre qu’ils y financent.

 

Si le morse hégémonique occidental mord le bras de Morsi par les crocs de ses interventions dissimulées derrière les vagues de protagonistes visibles de la mer agitée du social égyptien (notamment l'armée, cette alliée dictatoriale de longue date de Washington), il est certain que l'échec de l'occident en ce pays, signifié par la chute de Moubarak, ne s'effacera pas pour autant de si tôt au gré d'un quelconque chahut artificiel planifié, ajouté aux vraies révoltes ou d'une fragilisation additionnelle et chaotique du système, fagotée de la part des occidentaux!

 

Les révolutions authentiques des peuples du Proche-Orient, viendront sans doute en temps et lieu de leurs causes propres et endogènes, car ni les pseudo-bouleversements à la mode des révolutions colorées d'Europe de l'est, orchestrées de part en part aux États-Unis, ni les freinages des révoltes par le départ hâtif de chefs pro-occidentaux contestés, suivi d'élections, ne pourront bloquer les perspectives de l'Histoire que ni Argos ni Janus ne sauraient prévoir!  

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

Publicité
Tag(s) : #Monde du Concept, #Actualité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :