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Lors des guerres récentes menées par les Etats-Unis au nom d'une certaine idée de leur puissance, est apparue une notion, celle de « Dommages Collatéraux », qui a été utilisée par les organes des relations publiques du Pentagone pour justifier et faire accepter aux opinions occidentales des actes de guerre provocant des victimes civiles (1). Ces dommages collatéraux ne seraient pas souhaités par la puissance militaire qui déplore ces tragiques erreurs, fruits de sa technologie défaillante ou de renseignements erronés (ou, peut-être, tout simplement, de son incompétence).

Or, a y regarder de plus près, on s'aperçoit que la plupart de ces actes de guerre détruisant la vie de milliers de civils en Afghanistan et en Irak aujourd'hui, au Vietnam, au Cambodge, en Amérique Centrale et en ex-Yougoslavie hier, ne sont pas des erreurs, des dommages collatéraux d'une entreprise militaire qui ne prendrait pour cible que des soldats en uniforme appartenant à la partie adverse, mais bien des actes délibérés visant à tuer des femmes, des enfants et des hommes sans défense.

On pourrait se demander dans quels buts de telles horreurs seraient entreprises. La doctrine militaire répond : pour imposer la terreur source de toute obéissance.

La doctrine militaire dément ici brutalement la propagande politique : faire souffrir les populations civiles est un des moyens de gagner la guerre ; torturer leur corps est un des moyens de courber leur échine ; atteindre leur conscience est un des moyens de gagner leur âme (les bombardements des Alliés à la fin de la seconde guerre mondiale l'attestent amplement - la question de savoir si la fin justifie les moyens est un autre débat).

Vous doutez encore et pensez que de tels moyens ne feraient qu'inciter des non-combattants à prendre les armes et à renforcer l'armée des ombres. Les soldats du monde entier le savent bien et répondent impunément : les victimes de la terreur humaine ne se vengent pas ; elles souffrent en silence et ne rêvent que de paix pour pouvoir enterrer leurs morts et faire leur deuil.

Cela va même plus loin : les innocentes victimes finissent souvent par réclamer protection à leur bourreaux. A bout, démoralisées par tant de souffrance et de violence, elles saisissent la main que leur tend leur ennemi à l'autre bout du fusil.

C'est au cours de la guerre d'Algérie que les militaires français (principalement les Colonels Trinquier et Lacheroy) ont élaboré une doctrine mettant au centre des conflits armés les populations civiles (les Anglais avaient déjà appliqué cette démarche au Kenya au début des années 50, massacrant volontairement des villages entiers de non-combattants, mais ils n'avaient pas eu l'idée d'en faire une doctrine digne d'être enseignée dans les écoles militaires).

Non plus cibles involontaires d'une guerre inhumaine, les populations civiles deviennent l'objectif militaire à conquérir et à détruire au nom d'objectifs humains, trop humains. La torture et le viol ne sont plus seulement des crimes de guerre, mais des moyens militaires au service d'une cause politique (2). Les Colonels Trinquier et Lacheroy exporteront cette doctrine dans les écoles militaires américaines qui sauront en faire bon usage dans les pays d'Amérique Latine, et tout particulièrement en Amérique Centrale, dans les cinquante années suivant la guerre d'Algérie (3).

Ainsi, cette notion de « Dommages Collatéraux » cache en réalité un terrorisme d'Etat (4) dont les medias occidentaux s'accommode aisément.

Pour ce qui est des medias français on le comprend facilement : ils appartiennent pour leur quasi-totalité aux grands groupes d'armement (5). Ne vous attendez pas à ce qu'ils vous montrent du doigt un mensonge qui pourrait leur être utile un jour pour leurs crimes à venir. Pour ce qui est des medias américains, il n'est plus besoin de démontrer leur inféodation aux intérêts néo-conservateurs de l'administration Bush, pour conclure qu'ils acquiescent tacitement, eux aussi, à cette doctrine.

Face à ce terrorisme d'Etat il ne faut guère s'embarrasser de précautions de langage : ses responsables doivent être jugés et condamnés comme il se doit ; ils doivent être considérés comme de vulgaires terroristes quand bien même jouiraient-ils des titres de Présidents de la République ou de Premier Ministre (6).

A défaut de quoi il ne resterait aux citoyens qu'à envisager des actions citoyennes préventives, contre les responsables de ces dommages collatéraux, afin de terroriser les terroristes.

Guillaume de Rouville

Notes :

(1) Les « dommages collatéraux » peuvent également concerner des biens économiques. Lors de la dernière guerre irakienne, les forces anglo-saxonnes ont délibérément détruit des objectifs purement économiques afin de permettre à leurs entreprises de s'assurer de juteux contrats de reconstruction financés par le pétrole irakien au titre des réparations de guerre et par la communauté internationale.

(2) Croyez-vous, par exemple, que les tortures d'Abu Ghraib fussent le fait de quelques mauvaises âmes égarées ? Si c'est le cas, pourquoi continuent-elles aujourd'hui dans d'autres prisons sous administration américaine en Afghanistan, en Irak, à Guantanamo ? Pourquoi des dizaines d'enfants entre 8 et 10 ans sont-ils enfermés dans les prisons américaines en Irak ? Qu'est-ce qui peut bien justifier leur torture systématique ? (Voir : The Torture Papers http://www.cambridge.org/resources/0521853249/1953_tortureflyer.pdf) Les tortures pratiquées par des Américains au nom de la lutte contre le terrorisme sont bien des pratiques codifiées et encadrées qui ont été justifiées par l'actuel ministre de la justice américain (Voir : GONZALES APPROVED MEMO AUTHORIZING TORTURE http://www.americanprogress.org/site/pp.asp ?c=biJRJ8OVF&b=246536). Elles peuvent, certes, enrager quelques uns. Mais elles démoralisent surtout et terrifient l'adversaire qui voit son opinion publique demander, exiger, quémander une trêve avec l'ennemi.

(3) Voir, pour l'analyse de cette doctrine militaire : De la Guerre Coloniale au Terrorisme d'Etat : par Maurice Lemoine http://www.monde-diplomatique.fr/2004/11/LEMOINE/11679

(4) Le terrorisme étant l'usage de moyens violents et illégaux visant à terroriser une population pour des fins politiques. Il est intéressant de constater que ce terrorisme d'Etat est, pris globalement, plus meurtrier que le terrorisme islamique (qui n'a, d'ailleurs, pas plus de justification à nos yeux).

(5) Dassault et Lagardère Matra Hachette règnent sur plus de la moitié de la presse française.

(6) Henry Kissinger qui jouit d'une certaine renommée internationale est sans doute l'un des principaux responsables des crimes commis par les Etats-Unis au cours du vingtième siècle. Des actions judicaires ont déjà été intentées contre lui en Europe, mais sans résultat pour le moment.

source: lien

 

 

Tag(s) : #Dossiers spéciaux, articles et vidéos
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