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 Reçu de Michel-Ange Momplaisir

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Mon frère Loty,

 

Compliments encore pour ton superbe texte du 19 avril dernier sur LA BEAUTÉ COMME JOUISSANCE... . À la fin de la lecture, comme je te le disais, j’étais en extase, plus précisément dans un état de « gustation spirituelle », pour reprendre le mot de la grande mystique chrétienne du XVIe siècle, sainte Thérèse d’Avila.

 

Toutefois tu m’as fait penser à deux dialogues de Platon :

 

1.- L’Hippias Majeur, un écrit de transition, selon Gregory Vlastos des Universités de Princeton et Berkeley, spécialiste du fondateur de l’Académie.

 

2.- Le Banquet, un dialogue de la maturité du penseur grec, toujours selon Vlastos supra cié.

 

Dans l’Hippias Majeur, Socrate « veut savoir quelle chose est belle. » Hippias de répondre : « Sache donc, Socrate, puisqu’il faut te dire la vérité, que le beau, c’est une belle fille. » « Et une belle marmite, mon excellent ami ? N’est-ce pas une belle chose? », répliqua promptement Socrate.

 

La discussion débouche sur une aporie. Socrate la clot en disant : « Les belles choses sont difficiles. »

 

L’important chez Platon c’est la beauté de l’âme. Elle consiste en la contemplation des plus belles choses qui soient, les formes intelligibles. Dans le Phèdre, une œuvre de la maturité, la beauté du corps mène à celle de l’âme, et la beauté de l’âme se trouve orientée vers cette beauté dont elle ne constitue qu’une image imparfaite.

 

Dans le Banquet, écrit à l’âge mûr de notre philosophe, par degrés, l’amour permet de remonter du sensible vers l’intelligible et d’entraîner dans cette ascension tous ceux qui partagent un tel sentiment. Participant à la discussion, la prêtresse Diotime intervient. Elle résume la situation: « Voilà donc la droite voie qu’il faut suivre dans le domaine des choses de l’amour ou sur laquelle il faut se laisser conduire par un autre : c’est en prenant son point de départ dans les beautés d’ici-bas pour aller vers cette beauté-là, de toujours s’élever, comme au moyen d’échelons, en passant d’un seul beau corps à deux, de deux beaux corps à tous les beaux corps, et des beaux corps aux belles occupations, et des belles occupations vers les belles connaissances certaines, puis des belles connaissances certaines vers cette connaissance qui constitue le terme, celle qui n’est autre que la science du beau, dans le but de connaître finalement la beauté elle-même  » (§ 211b-c).

 

Ainsi, par l’intermédiaire de l’amour, l’âme passe de la connaissance sensible à la connaissance de l’intelligible et change en quelque sorte de statut.

 

En conclusin, il s’agit de la seule passion qui puisse avoir pour objet à la fois le sensible et l’intelligible, pour lequel elle constitue un moyen d’accès incomparable.[1] 

 

 

 



[1].- Luc Brisson et Jean-François Pradeu, Le Vocabulaire des Philosophes, T. 1, De l’Antiquité à la Renaissance, Ellipses, 2002, p. 64.

 

 Voilà qui fait du philosophe un parfait amoureux. Saint Thomas d’Aquin a retenu cette leçon du fondateur de l’Académie, Platon. Pour l’Angelicus Doctor, philosophie vient du grec phileïn, quête amoureuse, et de sophia, la sagesse. La philosophie est une recherché de l’amour. 

 

Séverin Boèce (480-524) nous aisse ces vers, extraits de La Consolation de la Philosophie, composée dans sa prison avant son exécution par Théodoric le Grand,  le souverain roi des Ostrogoths : 

 

« Ô le bonheur du genre humain,

Si vos esprits sont gouvernés

Par l’amour qui régit le ciel.  »

 

Continue Loty dans cette même quête. Fraternellement :

 

Micky

Tag(s) : #Monde du Concept
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