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Par Camille Loty Malebranche

 

Manière sournoise de destruction de tout ce qui est au-delà de l’organique, l’exigence d’utilité pratique de toute action humaine, est une entreprise macabre de bestialisation voire de réification de l’homme. C’est une entreprise macabre de dévalorisation de toutes les grandes richesses de créativité non utilitaires, qui transforme l’homme en objet parmi les objets jetables au-delà de l’usage. 

Notons ces quelques schèmes de l’utilité courante satisfaisant les besoins des humains : 1) l’utilité immédiate qui répond aux besoins vitaux ou au moins organiques de l’homme tel le manger, le boire; 2) l’utilité ustensile qui sert à satisfaire les besoins courants non organiques mais très nécessaires à la vie quotidienne, des besoins sans quoi l’homme vivraient mais au même stade que l’animal dans la nature - ce sont des besoins auxquels satisfont les métiers courants producteurs de biens et services utilitaires; 3) les besoins non organiques qui sont l’appel du dépassement intellectuel, émotionnel, qui concernent la jouissance non des sens et sont au-delà des sens, telle l’utilité de la planification comme l’organisation sociale pour gérer l’espace et les interactions humaines, ici je vois la politique et tout domaine de gestion et de gouvernance; 4) le besoin intellectuel de penser pour comprendre et visualiser abstractivement les choses par l’interrogation, un besoin propre aux intellectuels qui cherchent à comprendre pour eux-mêmes et pour l’humanité les subtilités et la face cachée non immédiate des choses et situations; 5) l’utilité métaphysique qui concerne la sphère spirituelle en sa téléologie du sens ontologique chez l’homme, une utilité induite par l’intuition du sens et qui répond au besoin existentiel face au fait d’être : la vie, l’univers, la fin humaine.

Pour la populace ignare, parler d’utilité, c’est avant tout se soustraire à la honte de soi, la gêne de ne s’être pas instruit, l’excuse justificative d’être sot, qui cherche à se transformer en blâme contre les activités intellectuelles, contre la création non immédiatement rentable, vendable. Ce que ces miséreux mentaux, ces démunis spirituels en même temps que rabougris intellectuels ignorent, c’est que si l’on réduisait le monde à ce qui est strictement rentable et utilitaire, l’humanité ne serait pas plus avancée qu’un essaim de cancrelats méphitiques. 

Plus un individu est spirituellement bas, plus il est porté à privilégier le primat de l’utilitaire et du poncif usuel pour masquer son inaptitude à la transcendance des choses banales de l’immédiat. Plus l’individu est intellectuellement dépourvu, plus il sera misérablement mû par des sentiments ignominieux de méchanceté face aux vraies valeurs humaines que ne peut estimer sa vacuité de dignité pensante, son vide pur et simple d’humanité, son inaptitude à apprécier quoi que ce soit de grand, parce que lui-même englué dans sa sottise, encrassé dans les miasmes de sa propre superfétation!

Je dis que les sentiments humains, ont une puissante propension idéationnelle qui servent de soubassement à l’énergie idéelle de la pensée. Car la conscience pensante que nous sommes, est constamment déterminé dans sa cogitation par ce que nous éprouvons. Voilà pourquoi, travailler, scruter nos sentiments pour extirper les mauvais en cultivant les bons est un activité salvatrice de l’esprit, une sorte de clarté rationnelle sans pour autant être manichéenne, mais clairement implacable et fermement sans compromis qui nous préserve de tout débordement d’idées indues voire malfaisantes.

Le miséreux mental convaincu de son inessentialité, complexé de sa vacuité existentielle, son inanité ontologique en tant que vacuité errante, néant ambulant sans importance humaine en soi, a besoin d’être utile selon l’ordre économique et idéologique pour se convaincre d’exister. Mais l’homme, le plus simple des hommes contemplant la grandeur de sa nature spirituelle en son être et conscience ne se laisse jamais engluer dans des considérations répugnantes des déchets de l’ordre socio-économiques avec ses sous-produits pathogènes de l’idéologie agressive d’injonction d’être conforme et utile aux prescrits grossièrement économiques. Car le mufle qui - en sa putridité grossière - demande à l’autre s’il est utile à la société, ne parlera jamais ainsi à son patron, riche héritiers bouffi et sybarite, qui ne fout rien de bon sinon qu’exploiter autrui et assouvir ses bas instincts de crapulerie et de débauche par la force du capital! 

Par ailleurs, force est de constater que ceux dont les ascendants ont pillé les pays du sud par le travail mal payé, par les mines volées, par la colonialo-esclavagisme, ceux qui participèrent à la mise à sac de leur propre pays comme certains ex ministres de Duvalier ou de Bongo détourneurs de fonds publics, qui ont contribué à appauvrir leur propre peuple, sont les pires ordures à jouer les cuistres et à ordonner aux autres d’être utiles!

L’utilité est de la sphère stricte des choses utilitaires, c’est une utilité que je qualifie d’ustensile. Cette utilité ustensile a fait de l’homme un homo faber, qui pour agir, fabrique des outils pour usage utilitaire afin de satisfaire à ses besoins courants; quant à l’utilité d’un acte, elle est complexe et engage des considérations aussi subjectives qu’objectives, et doit être jugée au pied de ses conséquences sur l’actant qui le pose comme sur celui, celle ou ceux qui le subissent. Quant à l’utilité de l’homme, elle n’existe pas, et ceux qui l’évoquent, sont souvent des charognards et des profiteurs d’autrui comme certains patrons toujours en quête de gens paupérisés pour en faire des forçats, des travailleurs de l’ombre, ou ces capitalistes qui délocalisent, ces rois parasites qui ont tout volé au monde et qui osent sermonner l’humanité sur la paresse! La seule utilité qui soit utile à l’échelle de l’homme, est la construction de soi selon l’esprit et la vocation de l’esprit qu’il est. Ce qui n’empêche pas ledit homme, dans sa pluridimensionnalité, de poser toutes sortes d’actes utiles solidaires de l’humanité, en solitaire comme au grégaire, selon son goût pour telle activité donnée, tel travail donné où il apprécie la fin de son travail par une téléologie lucide et joyeuse où il connaît la finalité jubilatoire de son action!

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du concept
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