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Par Camille Loty Malebranche

  

Séducteur et séductrice sont des meneurs d’humains dont la stratégie inavouée est de rendre veule par la flatterie de l’ego et des tendances, leur victime ciblée pour la sujétion voire la réification. Un art de guerre si affûté qu’il rend le séduit disposé à être asservi. Le séducteur ou la séductrice subvertit la volonté du séduit pour qu’il désire subir le pouvoir. On est éberlué de l’attirance par le charme authentique sans but sordide ni intérêt mesquin, car on y demeure libre tout en vivant le vrai en présence de sentiments authentiques. Mais en séduction, l’on perd le contrôle de soi, livré à la danse incantatoire du séducteur ou de la séductrice. En métaphysique, le séducteur est la face du serpent originel et son entreprise à circonvenir la sensibilité de l’être humain pour en faire sensiblerie servile, là où l’émotion débilitée se prête à toutes sortes d’affects de rêvasseries et se laisse donc submerger par des fascinations mensongères à moins d’être ferme dans la stricte observance de l’enseignement divin qui fait ancrer la Vérité. Le fruit défendu se profile comme objet ultime de la séduction précisément à cause de sa double clandestinité, son illégalité et son illégitimité. 

En relation érotique, la séduction, qu’elle soit celle de la femme ou de l’homme, joue sur les faiblesses de l’imaginaire prêt à se faire flatter dans ses fantasmes. Au niveau sociopolitique la flatterie des vanités est aux origines de la sensibilité émotionnelle qui caractérise le séduit. C’est pourquoi les politiciens font excès de séduction par la gestuelle, le langage tant verbal que gestuel accompagné d’une forte dose de mensonge par des promesses naturellement populaires où ils exaltent les ponts sensibles à la collectivité: la grandeur ethnique et nationale, la puissance militaire, la force économique et l’amélioration du niveau de vie, l’ordre et la primauté de la justice... pour attirer les foules électorales. Et, l’image, la manière d’être perçu sont de loin plus importantes que les programmes politiques dans l’ordre actuel des choses où les peuples se laissent éberlués par la posture physique et les déclarations mirifiques des politicards sans scruter à la loupe la faisabilité réelle contenu dans les discours démagogiques de la plupart des candidats. Le séducteur politique est le visage achevé du démagogue, donc celui qui accomplit éminemment bien la sémantique de la séduction comme mirage pour fasciner et tromper par des éblouissements, le peuple, ce sujet-cible pris pour objet de sa séduction.

Du livre de la Genèse à Baudrillard en passant par Kierkegaard, la séduction est toujours espace de tromperie au profit du pouvoir du séducteur. Toutefois, avant de penser à l’aspect de mensonge et de manipulation qui est la mise en acte factuelle de la séduction proprement dite, il faut toujours se rappeler que le séducteur ou la séductrice, pour agir, doit apporter quelque chose tenant lieu d’instrument de séduction. Un instrument séduisant qui peut être aussi bien une idée-valeur par exemple (la gloire, la rationalité, la liberté, l’humilité, l’excellence intellectuelle, voire le prétexte spirituel comme une prétendue obéissance), ou simplement son propre attrait charnel en cas de jeu de séduction entre les sexes que le séducteur ou la séductrice prend l’initiative d’introduire avec l’autre à séduire. Le séducteur ou la séductrice, fin protagoniste ferré de l’art d’attirer, transforme l’idée, l’objet de séduction, ledit instrument séduisant, en point de mire quasi cultuel, sorte de fétiche irrésistible en le magnifiant, l’exaltant pour en faire attraction obsédante du sujet (individu ou collectif) visé par son entreprise séductrice. C’est après avoir bien affûté sa stratégie et le rôle de son instrument séduisant que la manipulation séductrice, le substratum de la séduction commence. Alors, se faisant miroir de son idée-valeur avec laquelle le séducteur, la séductrice sait bien se faire confondre ontologiquement à travers son persuasif postiche de valeur au point de suggérer, le séducteur s’érige incarnation de cette valeur incarnée en son être, se présentant comme instance exclusivement capable de l’incarner. Ah! il est vraiment tout un pan de l’art de persuasion silencieuse du séducteur ou de la séductrice qui n’a pas besoin de convaincre l’autre car convaincre passe souvent par le mot! Là, séduire traduit bien son sens étymologique où il est question de conduire à soi-même érigé comme but à la différence de l’educere (éducation) qui vise à conduire en fournissant des valeurs dont l’éduqué fera libre usage selon son bon plaisir. Le séduit, la séduite est amené à confondre l’idée-valeur théâtralement jouée par le personnage du séducteur ou de la séductrice avec sa personne la prônant et c’est pourquoi, le séduit, la séduite, entravé en cette logique du seducere lui donne tout, pris dans les chaînes du mirage de la séduction, se transformant en proie volontaire de son propre anéantissement conscientiel, s’anéantissant volontiers pour devenir une sorte de part de son fascinateur qui l’accapare, le nourrissant de ses propres sous-produits, l’obsédant et le maîtrisant. 

Un séduit, une séduite est toujours un être effacé, un néant au profit de son séducteur ou de sa séductrice qui vit à sa place. C’est pourquoi, en politique, les politiciens à succès sont souvent parmi les plus voyous qui savent bien séduire les foules. Ils finissent par se fondre dans l’idée-valeur des foules et sont confondus avec la cause de ces foules électorales qui leur donne le pouvoir. En matière érotique la séduction n’est jamais  vraiment ni de la sexualité - auquel cas, ce serait de l’émoustillement somatique - ni de l’amour mais une aura puissante orchestrée à la relation pour multiplier la passion qui transforme le séducteur ou la séductrice en être idéal unique et irremplaçable. En métaphysique, les pires chutes siéent à ce mode d’abandon de soi du séduit à la mollesse qui permet la séduction comme regard fixé sur le séducteur plutôt que sur les principes spirituels immuables de foi, d’amour et sur Dieu maître de ces principes spirituels. Car être séduit au stade métaphysique, c’est tendre à se soumettre à une situation pulsionnelle facticement présentée spirituelle par un séducteur ou une séductrice qui la fait miroiter comme tremplin et sommet pour celui ou celle qu’il cherche à séduire. C’est donc, pour le séduit s’abaisser devant (l’indu) par manque de vigilance et délire d’un faux accomplissement. Remarquez que la séduction est de fait orchestratrice des plus graves tentations, dont ces trois modes constituent sans doute les pires : la tentation par le pouvoir qui engendre le délire de puissance, la tentation par l’avoir qui produit l’appétence servile de l’acquisition et de la propriété, la tentation par le plaisir qui asservit par l’assouvissement. C’est pourquoi, un séduit, une séduite n’est plus ni esprit ni raison mais un amas de réflexe et d’émotions à la merci de son séducteur, sa séductrice qui vampirise sa proie, laquelle se croit pourtant libre malgré cette geôle de tromperie excluant sa liberté et son être, à travers le mensonge paroxystique sur l’essence des choses faites parures non seulement séduisantes mais armes d’attraction imparables et forces obsédantes aux mains du séducteur ou de la séductrice… Comment vaincre la séduction? En articulant systématiquement le pouvoir de recul en toute chose et surtout en tout ce qui semble particulièrement mirifique et en apprenant à développer sa faculté de transcendance face à ce qui nous plaît pour ne jamais en être esclave. Garder sa liberté même dans le plus fort des enthousiasmes suscités par quelque chose ou quelque être, voilà une muraille inexpugnable contre les assauts d’asservissement de la séduction.

Observer minutieusement le profil effectif d’une posture attractive, analyser son charme avec rationalité plutôt que se laisser avoir par l’effet recherché de séduction qui pourrait naître de l’interaction avec ladite posture, est un art difficile qu’il faille apprendre à acquérir, puisqu’en séduction, il s’agit toujours d’émotion primant la raison, une sorte d’hypnose de facto et donc de contournement du pouvoir de froideur analytique chez le séduit qui se laisse prendre aux arguties ou à la gestuelle du séducteur ou de la séductrice.      

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept
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