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Par Camille Loty Malebranche

 

Il n’y a pas, dans le factuel de l’agir humain, de véritable amoraliste! Car l’homme, de par le vivre avec qu’est le social servant de cadre à son action et sa réaction, ne peut ne pas juger l’agir. Et, même, dans son rapport solitaire à soi et à l’être - malgré les rodomontades pseudo-théoriques des indifférentistes de tous ressorts, des éphectiques baragouineurs et nihilistes gesticulateurs singeant l’émancipation par leur logorrhée anomiste, qui veulent confiner la morale à la culture en l’excluant de la nature - il existe une inévitable morale naturelle que sous-tend l’intuition forte du juste et de l’injuste, d’une discipline de vie qui consiste en l’assumation du mode de rapport à soi; une assumation de l’être par l’individu pour être authentique, dignement congruent avec soi-même.

 

Ce dont il faut toujours se rappeler, c’est que si les codes moraux sont culturels parce que civilisationnels, la morale, elle, est d’une part, émanation de la conscience-juge, la fameuse conscience morale, qui est une forme d’attribut inné et donc préculturel de la conscience globale éprouvant le bien et le mal, et d’autre part, une nécessité de la voie de l’action globale qui doit répondre de son sens à cette conscience.

 

Il n’existe point d’individus ou de groupes amoraux, qui, parmi l’espèce humaine, vivraient sans signifier l’action quant à son impact bon ou mauvais sur leur nature et son sens propre; sur leur vie sociale et leur vie intime. Car l’action et sa portée juste ou injuste, idoine ou incongrue, ne peut être ignorée dans ses conséquences. Quant à la vie avec l’autre, la morale est exigence d’adéquation au sens et à la décence du mode d’action des individus mais aussi de la praxis institutionnelle. La morale est moins un tissu de lois qu’une dévolution sentimentale et rationnelle scrutant en l’action envisagée ou accomplie, le débonnaire ou l’inique, le grand et le mesquin, le noble ou l’infâme.

 

L’amoralisme est une lubie égolâtrique servant la cruauté manipulatrice de certains pervers désignifiant l’action pour s’autojustifier en tout, afin de faire accepter leurs excès, leur perversité! Pour revenir donc aux prétendus amoralistes, disons que c’est une propension à étayer leur prépondérance en abolissant toute mesure, en rendant illimité leur propre pouvoir de faire le mal. C’est pourquoi même le plus irréductible contempteur autoproclamé de la morale, n’acceptera de subir ce qu’il perçoit comme de l’injustice sans y voir un mal, une horreur à dénoncer et à combattre. Une immoralité ignominieuse à exorciser. Celui qui, au nom de l’idéologie scabreuse de l’appartenance ethnique ou sociale, justifie les frappes de l’Otan sur des pays étrangers comme à Tripoli, jamais ne trouverait cela moral et acceptable si une puissance mondiale ou même une cellule de terroristes se mettait à bombarder sa propre ville! Voir le mal ou le bien, c’est être moral. Et cela est même une caractéristique conscientielle de l’être humain en rapport à soi, à l’autre semblable et à l’univers (la nature)... Et c’est cette caractéristique qui constitue ce qu’on peut désigner comme poiétique révolutionnaire qui permet le changement ou l’amélioration des structures institutionnelles sociales, quand vient l’intervention politique contre un ordre injuste. L’amoralisme n’est que preuve de la posture hypocritement égoïste et réactionnaire de ses tenants, une hypocrisie exponentielle quand on la décèle chez la classe des grands privilégiés sociaux, amoralistes d’occasion dont le soi disant indifférentisme axiologique fustige la morale qui les dérange sans les empêcher de crier au mal quand ils jugent que leurs droits voire leurs moindres prérogatives individuelles ou de classe les plus abjectement excessives, leurs privilèges les plus extrêmes, les plus excentriques sont reconsidérés même raisonnablement ou équitablement limités en vue d’un partage collectif pour la justice sociale. Pour les grands profiteurs soi disant amoralistes du monde, il s’agit de normer la société selon leurs privilèges qu’ils considèrent non seulement comme justes mais comme normalité institutionnelle administrative devant avoir exclusivement droit de cité. Un sinistre droit de cité égoïstement dévorant qu’ils érigent en principe immanent à l’humanité sociale.

 

Proscrire la morale établie qui prédéfinit l’homme pour la société et la fonctionnalité institutionnelle, constitue l’antimoralisme juste, doctrine salvatrice contre le moralisme des puissants qui séquestrent les biens communs de l’humanité par leur institution financière et leur ordre économique. Il ne s’agit ni d’immoralisme ni d’amoralisme! Un tel antimoralisme, sera, si jamais il prend forme un jour, l’œuvre révolutionnaire la plus finie de la libération de l’homme contre le malaise social prenant parfois des allures de tragique existentiel pour l’individu, prérédigé par l’égoïsme quasi général des sociétés humaines en ce monde méchant qui l’inflige aux socialement défavorisés comme une sorte de fatalité de prédestination; mais en aucun cas, cette œuvre, humaniste d’excellence parmi toutes, ne saurait être désignée amoraliste...

 

Proclamer la liberté, c’est ipso facto énoncer la responsabilité et ses exigences comme disciplines souveraines de l’Homme libre, la liberté porte donc nécessairement des règles voire des ascèses logiques et morales devant être pleinement et dignement assumées pour rester libératrice sinon elle se corrompt en aliénation à rebours; c’est là, la seule vraie posture de la liberté, une posture éminemment moralisatrice de l’Homme libre. Ainsi, la libération de l’homme s’enracine dans la morale sans quoi, elle n’est pas! Il s’agit d’adopter la morale qui humanise et place l’homme au sommet de ses attentions pour son élévation loin de son instrumentalisation par le moralisme social pour un système politique ou un ordre économique!

 

L’amoraliste est un illusionniste qui joue des apparences d’une liberté fantasque, ostentatoire, anomique qu’il s’octroie, pour mieux restreindre voire piétiner celle des autres!

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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