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Par Camille Loty Malebranche  

 

Si l’accoutumance physiologique comme intégration à l’organisme d’une pratique non naturelle, tel le cas du mithridatisme, est essentiellement une activité consciente en vue d’accommoder le mode de fonctionnement naturel du corps en réponse à certaines circonstances, quand elle est mentale, déterminée par la société, l’accoutumance devient une posture inconsciente, non perçue telle, et alors enclenche l’accommodement à des aberrations voire des abominations comportementales. Là,  elle rend l’homme accoutumé bête et esclave. Une fois qu’une vision aberrante et toxique de l’idéologie provoque de l’accoutumance car institutionnelle soit ouvertement soit implicitement adoptée et établie normale, elle devient un agent de contamination mentale qui déshumanise l’humanité sociale et finit par en faire un cloaque des normes abjectes. La société est un creuset d’accoutumances, un métamorphe structurel d’accoutumés à l’horreur qu’elle consacre, en us et coutumes voire en vertus et lois. La transsubstantiation des ignominies consacrées en pratique courante voire louable, est une appétence majeure de toute société à travers sa propension à instiller de l’accoutumance mentale à ses membres...

 

L’accoutumance se distingue de l’habitude en tant qu’elle est l’effet d’un conditionnement actif alors que l’habitude est juste la prégnance strictement réflexe, généralement - sauf exceptions possibles - non réflexive, d’une praxis qui rend l’homme dépendant, le plus souvent au niveau organique ou somato-psychique. L’habitude de prendre du café le matin ou de me lever à six heures, opère sans vraiment ma volonté qui, de toute manière n’y exerce qu’une faible influence. C’est peut-être pourquoi, il est plus facile de se défaire d’une habitude, ou à tout le moins, d’y résister, en fuyant la situation qui la conditionne que de se débarrasser d’une accoutumance; comme si parce qu’elle s’y est donnée, la volition a du mal de se dédire elle-même! L’accoutumance, si elle, n’est pas à proprement parler volontaire par ses effets, l’est à son origine par l’intégration de soi à une praxis voire une action. Une posture consentante, un effet consenti car recherché comme normal au mental de ce qui lui est étranger. Ce peut-être bénéfique en certains cas - par exemple, le fait pour un penseur d’écrire au moins une phrase de réflexion chaque jour - si c’est pour se préparer à des réactions voulues, circonstancielles dûment choisies. Le mal en accoutumance, c’est lorsque la manipulation culturelle et idéologique porte le mental à se mettre sous emprise des aberrations familiales, sociales, politiques en arguant de liberté alors qu’il s’agit de dépossession de soi! L’accoutumance, même si elle est réflexe à un certain degré, comporte toujours une forte part de réflexivité de serait-ce qu’en tant que déni de volonté, veulerie et complaisance molle à une sujétion. C’est essentiellement un trait qui la différencie de l’habitude.

 

La société est un espace d’accoutumance de ses prescrits explicites et implicites, et le jeu le plus dangereux pour la liberté de conscience et de pensée, c’est que les conditionnements par le tacite s’opèrent avec la collaboration du grand nombre comme chose allant de soi, comme latence attendant donc leur acting out, leur patence!

   

Sortir de la cybernétique sociale orchestrée à travers les méandres de l’accoutumance implique la capacité de refuser celle-ci dès le départ si nous la jugeons asservissante. Il faut donc une construction du soi volontaire et un renforcement dans le pouvoir de recul pour l’autofaçonnement sans cesse régulé selon les principes de justice et de liberté contre l’accoutumance culturelle ou idéologique. L’affinement de la conscience de la voie empruntée en tout instant par delà les effets culturels de la rection sociale, est pour l’homme, la force d’orientation dans le bien. Il s’agit de savoir comment accueillir la culture et se l’ajuster pour être digne de notre humanité qui est appel à l’accomplissement par la justice et tout ce qui élève l’homme pensant et agissant en son essence humaine, donc en lui-même et aussi au profit d’autrui dans la perspective altruiste de tout sujet en route selon les valeurs fondamentales spirituelles, intellectuelles et morales dignes de l’espèce.

 

L’accoutumance culturelle dépouille l’homme de lui-même en remplaçant le réflexe et le réflexif personnel par un réflexe social procédant par automatisme du mental collectif masqué de réflexion préfabriquée. Une expropriation que l’homme n’enraye qu’en exerçant sa capacité de recul et le travail de son propre comportement pour la maîtrise de soi!

 

Rendre réflexe la bêtise jusqu’à en faire l’action humaine dominante dans le social à travers une accoutumance orchestrée selon l’idéologie et sa rection des comportements, est une des appétences abyssales du pouvoir.

 

Se rééduquer pour développer l’action d’autodétermination mentale par la praxis de la prise du recul interrogateur comme réflexe intellectuel, doit ériger la distanciation intellective et critique en une sorte d’accoutumance volontaire mentale et comportementale contre l’ordre invasif et subjuguant d’accoutumance de notre réflexivité que l’idéologie sociale tend à métamorphoser en réflexe d’auto-effacement, une sorte d’annihilation automatique de soi.

 

Il est une accoutumance bonne et utile, celle que nous choisissons en toute souveraineté, une accoutumance, qui, pour rester digne, doit devenir l’art du bon réflexe réfléchi car prémaîtrisé et dominé selon l’action de son conditionnement par l’homme qui y impose sa volonté. Un exercice d’autoconditionnement à vie pour une croissance permanente dans la vraie liberté émancipée! 

 

Il faut, autant que possible, être conscient des influences qui nous affectent par accoutumance, il est donc un impératif de nous entraîner à prendre le recul salvateur pour que l’esprit soit toujours le souverain conducteur programmateur suprême qui détermine notre être global et établit l’espace de toute habituation pour éviter les dérives et les déviances pouvant facilement les corrompre sans de solides boucliers contre les agents corrupteurs du rapport à soi et au monde social.

 

Une tâche à vie car nous avons tant de limites ici-bas que nos manques ne seront qu’en partie jugulés sur cette terre de toutes les imperfections et de peccabilité poignante!

 

Se délier de toute accoutumance de vision culturelle pour imposer l’intervention de la conscience active, vive et juge pour questionner le sens et ses implications sur le sort de l’homme, est une activité de pure splendeur pour la justice envers soi et envers autrui, loin des préjugés et dogmes culturels qui nous façonnent dès la petite enfance.

 

Dans un monde si souvent insensé où certains modes de perception tendent à imprimer des accoutumances au mental des hommes par la culture, lesquelles constituent des sortes de minotaures de la déshumanisation, monstres de dénaturation de tout ce qui est humain, l’ardeur volontaire à se maintenir authentique en son essence humaine, peut exiger de l’individu que la fermeté évolue vers la radicalité.

 

Épée à double tranchant, l’accoutumance est aussi bien une puissance pour réaliser de hauts faits personnels si elle est mue par des valeurs dignes, qu’une force macabre pour d’ignobles praxis ou actes que sa prégnance rend quasi réflexes en situation pour le pire de l’accoutumé.   

 

Quand elle est travaillée et choisie pour le bien et l’élévation spirituelle, l’accoutumance est tremplin sous la houlette bénéfique de l’orientation et de l’autocontrôle vers les grands champs de création, contre tout piège qui affaiblit la volonté de l’homme! L’accoutumance bien pétrie dans la volonté devient une disposition, une hexis qui transcende les diktats des classes behavioristes du pouvoir social. Face à la horde innombrable des esclaves zélateurs de l’esclavagisme, qui transmettent leur morale d’esclave à leurs descendants pour faire de l’esclavage une accoutumance, la mission de tout homme est de prendre toute la distanciation nécessaire pour vivre la liberté et ses possibles dans le penser et l’agir autant dans la simple praxis que dans l’action projective en pleine clarté de jugement, en pleine lumière téléologique du soi...

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept
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