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Par Camille Loty Malebranche

 

 

L’aphorisme, cette justesse énonciatrice d’idée véhiculant les perceptions pour en faire des conceptions mémorables définissant ou qualifiant ce qu’il évoque, comporte deux types de caractères par la portée temporelle ou intemporelle de son expression idéelle: a) les contextuels, porteurs de vérités ponctuelles conjoncturelles très relatives au temps et à l’espace de leur conception; b) les absolus, supracontextuels qui tendent vers la parémiologie par leur universalité atemporelle au-delà des espaces géographiques et culturels.

 

Force, ici, est de préciser que l’aphorisme est, en général, soit description réflexive sur la vérité ou la logique des essences et le sens des situations; soit prescription morale recommandant ou blâmant l’action. Ce sont des aphorismes illustratifs ou moraux aux idées quasi infalsifiables tant ils s’impatronisent dictons ou maximes pour l’humanité, tant ils traduisent des vérités quasi inattaquables et des préceptes intemporels, les rendant comme naturels au-dessus du relativisme culturel ou conjoncturel.

 

De toute manière, l’aphorisme constitue un condensé proclamatoire dont la sève toute logique vise à soit enrichir notre connaissance de l’être, du fait ou de la chose qu’il aborde, soit à guider et orienter notre action globale ou situationnelle. Il est donc définition ou injonction selon un continuum de perception-conception.

 

Il arrive que l’aphorisme soit si éclairant qu’il devient point de départ, sorte d’axiome dans les termes liminaires de sa formulation logique ou morale capable d’inspirer la compréhension et le comportement de celui qui l’accueille! Des aphorismes constituant en eux-mêmes des sortes de catégorèmes définitionnels de l’essence qu’ils évoquent ou des références incontournables de ce qu’ils portent en préceptes ou en descriptions.

 

Si je dis, par exemple, « le grand intellectuel est celui qui rend sa vision subjective puissamment objective par la force argumentative des idées! », cela est universel. Nulle n’aura l’idée de contester une telle vérité, vu sa pertinence, même si d’innombrables balourds au mental lourd de bêtises, en leur jugement bâté, veulent se laisser croire que l’intellectualité se résume à un amas de répétitions de colifichets colportés par les programmes scolaires et le ressassement de breloques institutionnelles. Nous sommes donc en présence d’une pensée à vocation proverbiale que les parémiologues peuvent consacrer comme maxime de l’humanité, parémie congruente, précepte pérenne de l’intelligence et de la pertinence. L’universalité aphoristique d’un énoncé, propulse celui-ci en instruction, sentence ou prescription contre la confusion, l’erreur ou l’illusion et en fait un fonds cognitif pour tous les temps et toutes les cultures... L’aphorisme, par sa face apophtegmatique, est un rempart contre les truismes et les faux dogmes!    

 

Certaines autres affirmations aphoristiques trop sociocentristes ne peuvent être pleinement maximes. Par exemple, l’aphorisme suivant : « La démocratie, par son électoralisme, est un acquis pour la paix car elle garantit les choix des peuples »! Avec une telle idée du rôle de la démocratie, nous basculons dans le relativisme sociopolitique, culturel, mythologique, ancré dans les principes même d’un certain ordre sociopolitique institutionnel propre à certains pays, certaines humanités en leur mode civilisationnel. Cette perception aphoristique de la démocratie, est, probablement, en partie, pertinente pour certains pays du monde ayant des structures lui permettant au moins formellement d’être instaurée, de se renouveler et d’être fonctionnelle. Je dis « pertinente en partie mais pas (vraie) » puisque même ces pays ont plein de vice de construction en leur démocratie fortement lacunaire par endroits, en leur système socioéconomique et sociopolitique totalitaire et inégalitaire malgré un certain seuil de liberté individuelle. Puisque ces pays, en leur économie, ne sont même pas vraiment dignes des droits de l’homme, vu que ce sont de riches oligarchies qui, économiquement, y dominent et se targuent d’être démocrates, alors qu’elles constituent une ploutocratie passablement moqueuse se payant la légitimation étatique par un électoralisme donnant l’impression de souveraineté du peuple votant, afin de justifier leur structure socioéconomique, leur pouvoir derrière les leaders de partis politiques à leur solde, elles qui manipulent et chosifient lesdits partis qu’elles financent et dont les élus leur consacrent la mainmise sur l’État! Les limites géographiques et sociales de cet aphorisme sont évidentes aux yeux de quiconque observe le sort infligé par cette soi disant démocratie à certaines autres humanités d’autres pays comme la Libye, l’Irak, l’Afghanistan, ce pays où la débâcle occidentale d’août 2021 après 20 ans de guerre malgré plus de 840 milliards de dollars de dépenses et surtout le lourd tribut humain en milliers de morts et d'estropiés, est plus éloquente sur la lugubre vanité de cette prétendue démocratie exportée et imposée que tous les discours, toutes les analyses de spécialistes!

 

Nous voyons chaque jour ce que sont les élections en ces pays devenus démocratiques où le peuple miséreux, désemparé sous le chaos et la guerre, vote avec un espoir flétri, sans aucun pouvoir sur son sort et sans horizon pour son existence.

 

De toutes manières, la maxime, qu’elle porte sur l’humanité et étaye l’universel ou provienne d’institutions morales de la gouvernance et de la reproduction sociale. Ces institutions éducative pour le civisme, le culte, le savoir vivre, qu’elles soient donc religieuses ou laïques, elles exhalent toujours un cachet plus ou moins sacré même en cas avéré de sécularité... Car la patrie, la phratrie, la nation, l’humanité, même sans référence à la religion, ne sont jamais choses profanes

 

La maxime, cette praxis du mot tranchant qui génère l’aphorisme...

 

Proverbiale ou non, la maxime, en sa morphologie succincte, sa concision aphoristique, fait appel au sens logique ou moral en fournissant à celui-ci une sorte de tremplin au propre essor de l’intelligence du public ciblé. Toujours, la maxime parle à la conscience intellective et émotive, c'est-à-dire à la sensibilité logique et morale de l’allocutaire, du lecteur ou de l’auditeur à qui elle s’adresse comme condensé idéel didactique au moins informatif, ce, souvent sous forme d’avis prescriptif pour qui veut comprendre le conseil prodigué...

 

Aphorismes définitionnels ou illustratifs...  

 

Nous avons évoqué sans nous y arrêter l’existence d’aphorismes définitionnels, ce sont plus des dictons pas tout à fait maximes, car ne portant pas de prescriptions, étant simplement destinés à illustrer des situations de la praxis humaine comme pour nous les définir en toute indolence. Parmi les milliers de cas de dictons populaires existant, un exemple me monte à la mémoire : « Le malheur des uns, fait le bonheur des autres »! Ce dicton n’est pas une maxime mais une illustration des effets de certaines praxis ou situations qui affectent la vie sociale ou individuelle des humains, à travers le constat pérenne des générations. Les dictons de ce type atteignent, par la logique intemporelle qu’ils charrient, le stade de proverbe même s’ils sont sans leçon morale ni prescription éthique.  

 

L’aphorisme parémiologique, une leçon de vie.

 

Notre parcours sur les aphorismes serait gravement manquant, si nous n’y abordions la place du proverbe dans l’univers du langage et de l’expression aphoristiques. Le proverbe est un aphorisme tenant lieu parfois d’un dicton, souvent d’une maxime, l’un ou l’autre rendu référentiel, venant de l’expérience des générations, que synthétise l’art apophtegmatique et didactique d’un ou des maîtres à penser s’adressant à la phratrie, à la nation ou tout simplement à l’Homme de manière inspatiale et intemporelle. Le proverbe est une pédagogie intemporelle dont la puissance de pertinence façonne telle une leçon indélébile la perception qu’il apporte d’un être, d’une chose, d’un fait, d’une situation voire d’un état, d’une condition propre à un être, à une chose, à un fait...

 

 

Fine perle du joyau langagier de l’intelligence, explosion idéelle au missile des mots, la maxime en son expression aphoristique enivre l’esprit par sa beauté didactique, la mémorabilité de sa pertinence idéelle prescriptive ou simplement l’armature définitionnelle de ce qu’elle désigne et porte à l’attention de l’entendement réceptif.  

  

 

L’énoncé aphoristique, lorsqu’il est philosophique et bien pensé, fait figure de percept synthétisé en concept, s’impatronise en puissant vecteur mémoriel de sagesse, de mnémotechnie cognitive dans la saisie conceptuelle, littéraire et idéelle des êtres et des faits. Toujours plus ou moins apophtegmatique, l’aphorisme d’envergure - digne de son nom - prononce des sentences et frappe l’esprit par le fixatif langagier de la concision à portée profondément marquante pour l’intelligence et la sensibilité.

 

L’aphorisme, quand il est bien conçu, draine si fort le sens subjectif que l’aphoriste prête à ce qu’il évoque, qu’il finit par sculpter, dans sa force suggestive de persuasion, un visage objectif et tangible de son cru  pour la conscience d’autrui. Une puissance d’imprégnation par quoi l’aphoriste de génie prédispose la raison de l’autre au moins à l’accueil de sa pensée même si en certaines cas, cet autre, lecteur ou auditeur n’y adhèrera guère!

 

L’aphorisme est l’arme incisive de la fin décisive de l’affirmation critique, c’est la lance proclamatoire de la didactique du discours, et parmi tous les discours, le laïus philosophique dans sa veine logique, morale, politique, esthétique, métaphysique... C’est la synopsis définitionnelle soit inférentielle soit conclusive d’une démonstration, d’un enseignement. C’est l’apophtegme post-argumentaire et doctrinal du philosophe qui y synthétise la dernière conséquence voire l’ordonnance qui jaillit de sa critique, sourd de son regard discursif afin de sinon convaincre, à tout le moins de marquer en paroles de feu ou en lettres de lumière, l’intelligence et la mémoire de ses auditeurs ou lecteurs.

 

Aphorisme, idée-force tenant lieu de perception-conception par la désignation de l’essence de l’être ou du fait évoqué, s’imposant en axiome pour les analyses ultérieures! Razzia verbale qui ravage dialectiquement ses contraires et fixe par la définition ou la prescription, le sens ou la loi propre à l’être, la situation dans le fait qu’il dépeint!

 

Pour terminer provisoirement ce texte sur l’aphorisme, je choisis, non pas l’argumentation théorique, mais cinq apophtegmes qui me viennent ponctuellement à l’entendement : le premier évoque la liberté; les deux suivants portent sur la popularité et son obsession chez certains communicateurs à vouloir attirer les foules et les garder; le quatrième fustige les intrigants et les flagorneurs; le cinquième considère l’Histoire et sa présentation.

 

Liberté, définition :

 

 La liberté est la souveraineté de conscience et d’action responsable dans   la projection de soi vers des buts choisis, vers une finalité assumée.

 

Deux sentences sur la popularité :

 

 a) La popularité, une fois compulsivement poursuivie, devient la servitude   des foules puisqu’elle se soumet couardement à la dictature du grand       nombre.

 

 b) L’obsession de popularité est consubstantielle à la complaisance de   rendre à la cohue primitive les pires médiocrités et aberrations qu’elle     souhaite, par peur de perdre son approbation!

 

 Sur le flagorneur et l’intrigant:   

 

 La flagornerie et l’intrigue sont les vertus viciées prépondérantes du     succès dans notre vicieuse société de cooptation où elles priment le grand   savoir et l’honnêteté!

 

Au sujet de l’Histoire et de sa présentation:

 

 Dans les évènements historiques, il y a les acteurs qui font l’Histoire, les   historiens ou rapporteurs qui font de l’histoire et le grand public à qui,   assez souvent, l’on raconte des histoires. 

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept
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