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Par Camille Loty Malebranche

 

Le concept, tout concept, renvoie d’abord à la sémantique dénotée par la lexicologie. Un ou des sens précis selon que l’acception du lemme ou l’expression constitutif du concept soit monosémique ou polysémique à travers l’étymologie, la diachronie. Le sens sémantique évoque l’essence d’un être, la quiddité d’un fait, d’une situation. Ainsi, la sémantique conceptuelle est donc le sens établi, et la signification lexicale d’un concept se saisit à travers son faciès primaire d’élément signifiant de la langue. Là, la vérité du concept est unie au mot même s’il n’y est pas réduit à cause des motivations herméneutiques à priori de tout conceptualisateur. Ici, je préfère l’appellation « conceptualisateur » qui est beaucoup plus propre à la poîesis abstraite du concept, à celle de « concepteur » qui renvoie à la conception, comme processus de création utilitaire et de praxis concrète. Par ailleurs, force est de remarquer que le mot, le simple lemme de la langue, une fois son sens établi, malgré dénotation et connotations, est rangé, stérile de toute extensibilité dialectique, de toute génération de débats. Le mot n’est guère problématisable. Seul le concept pose problème et est dialectiquement fécond et générateur de questionnements discursifs...

 

Le sens herméneutique, le plus pertinent du concept qui en fait un élément spécifique en élaboration du langage, porte sur l’usage de l’élaborateur conceptualisateur qui perçoit l’essence et la dénomme. C’est donc l’eidétique de tel phénomène telle que perçue par l’intelligence que l’intellectuel désigne par le concept qu’il crée. Il en découle que tout en s’astreignant à son sens sémantique, un concept peut référer à des significations différentes voire antagoniques, un concept peut porter des acceptions violemment contradictoires selon les grilles herméneutiques qui le filtrent et le rendent à travers les mailles idéelles de son tamis, le tissu abstractif de son étamine dépendamment du pressoir de signifiance exercé par les conceptualisateurs. Surtout quand le concept est un lemme idéologisé. Par exemple, le cas très courant du concept « démocratie » générateur de tempêtes dialectiques, d’idéomachies brutales et de logomachies tumultueuses, interminables selon les tendances politiques, les systèmes socioéconomiques à l’œuvre sur l’échiquier idéologique des États occupant l’écoumène.

 

L’herméneutique, finalité nécessaire du concept.

 

Le concept est déjà en soi un condensé herméneutique, mais encore, comme sommaire affirmatif de sens et d’essence, il s’accomplit par l’herméneutique, son entéléchie nécessaire qu’étayent ses herméneutes. Ni substantif qui porterait par perfectivité, le contenu de l’être nommé, ni simple chose mentale et vue restreinte de l’esprit, le concept est générateur de mondes par la fertilité discursive qu’il porte et qui en fait parfois un champ dialectique fécond ouvert à d’enrichissants débats idéels.    

Le concept vise une essence et en déclenche la problématisation mais détermine, toutefois, l’espace spécifique de son sens, son envergure signifiante; de telle sorte que la conceptualisation de cette essence ne galvaude son acception, la vérité immuable de sa nature selon le champ précis, le contexte exprès pris en compte. Car faut-il bien, tout en excluant tout nominalisme ou conceptualisme que le concept soit idoine à l’objet subjectivé par son créateur pour ne pas trahir la substance conceptualisée, l’essence perçue et conçue dans le mot ou l’expression qui la désigne, le mot qui la nomme en l’érigeant synthèse abstrayante qui la métamorphose en concept! Car conceptualiser c’est définir par abstraction cogitante, c’est abstraire en nommant afin de fixer par la nomination ou la désignation, le sens capté et conçu des êtres et des faits. C’est pourquoi l’herméneute conceptualisateur qui interprète, procède par idéation fécondant la sphère réflexive du sens possible et des acceptions possibles. Ainsi, le concept, loin de tout conceptualisme réducteur, est la perception d’une présence qui est soit un étant (un être particulier) ou un fait d’être (factualité d’une situation) sans conférer une essence qui serait l’étantité de l’étant ou la substance du fait, même s’il suggère une essence à discuter et à démontrer par analyse critique pour explorer et vérifier le contenu parfois très extensible de la synthèse qu’il est...

 

Le concept ne substantialise rien, il déduit un sens élaboré par la conscience du conceptualisateur en son entendement par delà l’essence stricte déclinée par le sens dénoté au lexique de la langue.

 

Le concept tient avant tout de la volonté de l’homme, agent du savoir, de synthétiser l’idée forte servant de postulat de départ, de représentation interrogeante et donc de modalité augurale du savoir qui appelle la réflexion, le débat, la mise en question axiologique tant logique que sémiologique dudit concept comme élément de renvoi à des étants ou des faits, que ceux-ci soient cosmiques, sociaux, humains, suprahumains, effectifs ou fictifs.

 

Si l’idée est le stade de la cognition de la pensée après méditation et réflexion, le concept constitue le schème auto-argumentatif de l’idée qu’il charrie. À ce niveau, le concept, tout concept est toujours peu ou prou entité langagière anthropologique et gnoséologique, une anthropognoséologie, car référant nécessairement à la volition de l’homme exigeant de comprendre en guettant le sens possible des êtres, des idées et des choses perçues et conçues au bout de sa conceptualisation interrogeante et interrogée du monde et de ses au-delà, à travers des herméneutiques débouchant à des significations prouvées ou probables.

 

Le concept incarne la majesté de l’esprit dans sa fonction supra-cognitive de fonder des postulats d’acceptions synthétiques de l’objet factuel de la cogitation que l’analyse du penseur cogitant démontrera objectivement par le raisonnement rationnel. Ou, dans le champ métaphysique et spirituel, la pensée conceptualisatrice montrera sa sorte de sujet-objet en étayant ce qu’elle conceptualise par le discours ou le dogme.

 

Si le concept ne substantialise rien, conceptualiser, c’est néanmoins, exclure rigoureusement toute labilité, toute approximation pour l’intelligible clarté radicale de l’idée de ce que l’on conçoit dans sa spécificité inviolable, cernée par le concept. La théorie conceptuelle, l’élaboration signifiante inhérente au concept est un choix de rejet du labile pour l’adoption exclusive de l’invariant du pérenne et du précis, celui-ci fût-il prolifique de chocs idéels une fois mis en discussion. Car la conceptualisation comme opération intellectuelle est précisément réponse à un besoin de précision de sens, de fixage de signifiance.

 

Le concept est heuristique par essence et non par accident, car il effeuille le phénomène, c’est-à-dire l’extériorité de la présence matérielle ou immatérielle, que cette présence soit une chose, une situation ou une idée qu’il porte à découvrir en son eidétique par la puissance critique discursive, définitionnelle de l’entendement cogitant. Le philosophe est un penseur, un explorateur d’essence que je dirais « heuristicien » qui, en son herméneutique de ce qu’il objective en conceptualisant - que cet objet défini dans l’acte de conceptualisation, réfère au matériel ou à l’immatériel, au concret ou à l’abstrait - étaye, par sa discursivité, son édifice idéel, la découverte de l’essence objectale ou, en tout cas, d’une part inconnue, inexplorée de l’essence objectale en nous portant à dépasser l’ostensible vers l’intériorité, la substance.

 

Tout subjectif que soit le choix d’un nouveau concept et de son énonciation par un philosophe, il est fortement objectif étant interprétation, monstration succincte appelant des démonstrations critiques en tant que fruit abstrait de l’objectivation de la présence soit abstraite soit concrète qui l’inspire à son créateur conceptualisateur.        

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept, #Monde du concept
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