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Par Camille Loty Malebranche

 

 

L’utile est le schème de la satisfaction du besoin, l’utile n’a de sens que comme la faculté de réaliser de l’action satisfaisant un besoin dans la finalité de celle-ci. C’est la modalité de la factualité conceptrice dans l’acte posé pour atteindre une fin applicable. C’est le domaine de l’usage comme effectuation factuelle qui fait parvenir au but concret visé. Dans le domaine de la vie courante, l’utile est ce qui aboutit à la satisfaction d’un besoin objectif. C’est le contraire de la superfluité comme vanité. Ainsi, tout but non concret, toute fin non tangible qui n’a pas à proprement parler une quête d’effectuation d’une réalisation applicable n’est pas vraiment champ de l’utile car l’utilité se révèle instrumentale comme outil de construction du fait palpable préconçu dans l’action. L’action utile est un schème de l’existence humaine et non le but ou la globalité de cette existence… Le non utile, sans être utile n'est toutefois pas nécessairement inutile au sens de superfétatoire ou de non sens, il arrive même que le non utile soit chargé de signification voire immanent au sens de l’essence qu’est la nature humaine!

 

Vue sur l’utilité.

 

L’utilité est la voie de l’objectal, la conquête de l’objet par sa mise au point. L’utilité est donc l’ensemble des voies et moyens de la mise au point et de l’emploi d’un objet désiré. Dans cet exposé sur l’utilité, si nous établissons une ontologie de l’utile et du non utile comme concepts et faits, force est de remarquer que la spiritualité - quoique immense champ du sens de l’être humain voire champ supérieur dudit sens - parce qu’avant tout transcendance et métaphysique, se situe loin de la sphère usuelle des besoins qui siéent à l’utilité.

 

Il est utile de préciser qu’il est deux types d’utilités : l’objective et la subjective.

 

1 L’utilité objective est celle qui se rapporte à un besoin vrai de l’homme, besoin qui peut être vital comme celui de manger et donc de produire de la nourriture ou simplement de fonctionnement, ce dernier cas réfère à tous les outils et appareils dont nous nous servons pour maîtriser le maîtrisable de la nature et en tout cas gérer nos limites par rapport à elle. L’utilité des moyens de voyager, des meubles, des ordinateurs, bref, la sphère des biens et services…

 

2 L’utilité subjective, quant à elle, concerne l’individu dans son rapport psychologique personnel aux choses. Tous, nous avons des besoins personnels soit légitimes soit excentriques; le drame actuel, est que la société de consommation crée des besoins et favorise un univers du futile interprété comme utile dans le rapport de classe aux objets à consommer. Le besoin de porter un veston griffé ou de courir en Porsche donne l’impression que la marque déposée constitue une utilité que la débile mégalomanie sociale consommatrice pousse certains à acquérir au prix de sacrifice pécuniaire et d’endettement afin d’assouvir par cet excès de dépense, l’instinct du snobisme voire du mimétisme de classe.

 

Dans le sérail de cette utilité subjective, il en est aussi une qui relève de la structure socioéconomique et qui est en fait un réflexe du sujet collectif qu’est la société, c’est le pragmatisme mercantile tous azimuts qui empêche toute activité non pécuniairement rentable. Un pragmatisme qui considère exclusivement utile et ayant raison d’être que ce qui peut être rentabilisé, un pragmatisme qui sacrifie toute œuvre intellectuelle ou artistique de grande valeur non rentabilisable mais finance grivoisement, sinistrement, imbécilement n’importe quel hurluberlu minable faisant le pitre qui rapporte ou pouvant d’être utilisé pour endormir le peuple ou encore servir de propagande - tels souvent dans des pays d’accueil soi disant démocratiques qui brandissent des immigrants ignares dont ils font des minus amuseurs pour montrer leur ouverture à l’immigration - alors qu’en même temps ils rejettent insidieusement le travail intellectuel authentique qui ne serait pas assez commercialisable ou représentatif des clichés idéologiques et médiatiques en vogue… Là, je refuse d’évoquer l’utilitarisme car il s’agit de crapulerie mercantile ou propagandiste érigeant ce que j’appelle un usualisme marchand ou politique comme effigie du monde ne se souciant nullement de la qualité et de la valeur des oeuvres intellectuelles ou artistiques, dans son arrogance vile d’accumulation ou de réification idéologique, son obsession bête de tout désignifier par appât rageur du gain ou de domination. Appât ignoble, vecteur du mal de la négation qu’il inflige aux valeurs en vouant plusieurs œuvres d’excellence et leur protagoniste à la claustration du silence dans la civilisation qu’il réduit à la seule course aveugle au numéraire et à l’hégémonie oligarchique soumettant voire effaçant tout au gré de ses tares cyniquement, sinistrement capricieuses. Le pragmatisme politique (marchand ou idéologique) - à la différence du pragmatisme rationnel administratif - nécessairement ostraciste par ses actes d’excommunication inquisitrice, est vraiment comme nous l’avons dit ailleurs, l’ennemi mortel des valeurs authentiques, l’abysse immonde de la destruction du sens dans un monde où il dénature tout jusqu’à l’humain qu’il nie, déshumanise au nom du profit et de son réalisme froid et rentable.

 

Du non utile et de sa valeur non rentable.

 

Nous avons évoqué le non utile qu’en est-il? La non utilité n’est pas le superfétatoire ou le vain. Le non utile n’est pas l’inutile au sens de ce qui est vanité, futilité et n’a pas à avoir de raison d’être, il est toutefois loin de cette utilité mesquine qui se traduit par le mufle des vénaux et des marchands sans autres lectures du monde que leur muflerie hégémonique du profit accumulé et de leur domination idéologique sur le social planétaire. Pour eux, l’univers, la vie, l’homme est inutile au sens de non raison d’être s’il ne rapporte du pécuniaire?

 

Il faut ici se rappeler que loin de cette lugubre négation de la raison d’être de tout, si ce tout n’est rentable et donc jugé inutile, il est précisément ce qui transcende l’utile par la valeur non marchande, non instrumentale. En philosophie, en art, par exemple, avant toute la préhension mercantile de l’œuvre, avant également toute la péroraison institutionnelle qui consacre tel auteur ou artiste pour telle création - chose qui se fait parfois dans un dessein vil voire vénal de mercantilisme - oui, avant tout l’usage utile parce que rentable de l’œuvre par le système de marchandage qui subvertit la construction critique et synthétique de la cogitation abstraite ou l’esthétique d’une création artistique par l’économique, le charme de l’œuvre de pensée ou de représentation, c’est leur majestueuse non utilité. Une non utilité qui voit l’œuvre s’imposer par l’admiration voire le ravissement intellectif ou esthétique qu’elle induit et qui la fixe comme sphère de la transcendance, laquelle sphère est précisément la négation de la réaliste utilité tyrannique, à travers la fixation de la profondeur élevée et de la beauté cogitante de l’esprit humain ou le geste sublime de l’imaginaire artistique. Là, tout ce qui de l’oeuvre en évoquerait l’utilité, s’estompe devant l’effluve humain supérieur qui en émane et qui ne saurait avoir de prix sinon qu’elle manifeste le génie humain…

 

L’utilité doit rester dans sa sphère qui est celle stricte du besoin à satisfaire alors le non utile sublime supérieur, loin du vain qu’est l’inutile et à des années-lumière de la fatuité des intelligences bêtes et stériles, le non utile des grands élans éminemment spirituels ou intellectuels en leur expression, constitue la face supra-animale qui rappelle à l’homme sa grandeur possible par delà les obligations des besoins vitaux de l’animal qu’est tout homme.

 

Dépasser l’utilité en tant qu’elle n’est que ce qui satisfait aux besoins et nous en délivre pour nous permettre de passer aux sphères supérieures, est une aptitude de l’esprit qui refuse le repli sur le fonctionnel pour vivre l’intensité des choses spirituelles et intellectuelles dans la grandeur morale, aptitude de l’esprit qui vit sa vérité de nature humaine comme dimension transcendante supra-organique.  

 

Ainsi, en saluant ceux qui, par leur labeur essentiel et utile, nous permettent de manger, de nous habiller, de nous loger, bref, de satisfaire à tous nos besoins incontournables, nous disons que la sphère du non utile est un hommage à la grandeur humaine de ceux-ci car leur travail est en soi la base fonctionnelle qui, en nous libérant en quelque sorte du besoin, donne au non utile qui ne correspond à aucun besoin mais sied au transcendant, la pleine capacité de se trouver des hommes à s’y consacrer parce que d’autres assument pour eux et pour l’espèce l’utile voire le nécessaire.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept
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