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Par Camille Loty Malebranche

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Évoquer la démocratie, nous met en présence d’un terme fortement tiraillé par toutes sortes de galvaudages dans le fait même de son application où son sens sémantique est harponné par les manipulations idéologiques les plus extrêmes, les plus antagoniques. Commençons par voir ce qu’elle est incontournablement : la démocratie est nécessairement le pouvoir de la majorité sociale car de toute façon, c’est au nom d’elle que ses prétendants politiques par élections ou par révolutions, prétendent établir leur gouvernance en orientant le destin collectif dans tel sens proclamé meilleur, instaurant ainsi, une fois au timon de l’État, leur choix décisionnel sur la nation et ses différentes composantes pouvant comporter plusieurs peuples et ethnies dans le contexte de certaines configurations étatiques.

La démocratie électorale est donc le pouvoir de la majorité mais pas de la nation en tant que celle-ci renvoie au sens globalisateur sans exclusion d’aucun groupe et clairement définie par la loi et l’administration comme le tout de la population administrée par l’État.

Dès le départ, la démocratie votante - comme émergence du vote majoritaire - recèle donc un problème d’exclusion; exclusion que devra transcender dans la gouvernance, le pouvoir assumé par les élus pour que celui-ci soit démocratique. Ensuite, parce que voté, le pouvoir du peuple en démocratie est un pouvoir plein de déperditions par sa manière même d’être conféré à des représentants délégués à travers des élections. Car ainsi que nous l’avons dit ailleurs, tout électeur, en déléguant un pouvoir qu’il vote, perd ne serait-ce que partiellement le contrôle dudit pouvoir. D’où la grande crise de gouvernance et donc de démocratie connue un peu partout, crise dont les manifestations et les épisodes de colères de masse sont la révélation la plus patente. Pourquoi voter alors qu’après, il faut prendre la rue, se faire matraquer, éborgner voire tuer par ses prétendus élus? Élus qui travaillent exactement contre les intérêts d’une multitude de votants?! En vérité, les nations ont à changer radicalement le mode de transmission et d’assumation du pouvoir politique et de son contrôle tant proprement systémique qu’administratif. Ailleurs, il faut être clair lorsqu’on évoque la démocratie, qu’elle est abolition de tout privilège minoritaire qui prive la majorité des citoyens de leurs droits; la démocratie est ce mode de gouvernance où tout privilège qui empiète sur les droits politiques, économiques et sociaux des citoyens doit être proscrit. Or dans l’ordre du monde, la démocratie et l’État dit démocratique consacre par ses lois, le règne des privilèges oligarchiques. Cela fait donc du galvaudage en la substance même de la démocratie, vous en conviendrez avec moi! La démocratie, c’est aussi la volonté de créer un univers de facilitation des rapports entre groupes, entre catégories et entre individus où la loi et les institutions garantissent un seuil de liberté de conscience idéelle d’action et d’expression de telle sorte que ladite liberté soit un espace largement établi du système étatico-social pour que tous puissent y habiter et y vivre en toute aisance. Est-ce vrai que les États garantissent cette liberté de conscience sans punir ouvertement ou par ostracisme discret les importuns qui osent affirmer cette suprématie conscientielle?

La démocratie et ses ennemis. 

J’ai déjà explicité que la démocratie connaît deux ennemis majeurs et extrêmes que sont la dictature et le chaos. Il est intéressant de voir dans la pratique que ces deux monstres sévissent par la tyrannie soit de l’oligarchie en contexte de dictature, auquel cas, c’est de la ploutocratie, soit des hordes fanatisées et là, c’est du populisme puisqu’il ne s’agit pas de majorités assumant des valeurs justes pour lesquelles elles luttent consciemment orientées par de vrais leaders avec une vision révolutionnaire mais de vulgaires populaces manipulées débordant toute loi juste et sévissant contre les minorités mal-aimées, généralement faibles non acquises aux vilenies populacières de mode que des criminels gauchistes nullement révolutionnaires (je vois ici certains secteurs de la démagogique « gauche des mœurs ») ou des crapules d’extrême droite foncièrement criminelles qui veulent éradiquer tout secteur qu’elles détestent de la société, par esprit de haine. Là, nous saisissons que la démocratie n’est et saurait être populiste ni de droite ni de gauche. Le populisme dévie la démocratie pour en faire une émanation des diktats de mobilisateurs de foules électoralistes manipulées; l’on comprend qu’à l’heure de débâcle et de dévoiement idéologique des partis indifférenciés sur les choix de la politique socioéconomique des États foncièrement soumis aux richissimes groupuscules financiers et industriels, il ne reste, dans la majorité des cas, que l’excitation des cohues à des fins électorales où les politiciens miment une différence de surface sur des mœurs ou quelques épiphénomènes comme des scandales ponctuels que tel parti au pouvoir n’a pas su éviter, sans oser pointer le système malsain qui sert de cadre et confère le pouvoir aux catégories prédatrices de l’économie. Une posture politicarde de farceurs professionnels qui n’osent jamais questionner les fondements malsains du système socioéconomique et de l’ordre politique qui le sous-tend.    

Les tiraillements sémantiques du concept démocratie exploitent donc malheureusement l’étymologie même du mot qui signifie littéralement « pouvoir du peuple », pour, au nom des majorités et par la pseudo-légitimité des élections ou des mouvements de foules, s’imposer sur l’échiquier du pouvoir. Dans le fouillis des confusions lexicales et des étirements sémantiques, la démocratie est prise d’assaut, sauvagement galvaudée par toutes les acceptions politiques connues des partis et tendances avec leur regard socioéconomique qui la définit par des teintes et torsions accoutrantes, la dénature selon leur propre chapelle idéologique, leur propre weltanschauung systémique viciée, la déformant jusqu’à l’absurde, jusqu’à son contraire la rendant despotiquement méconnaissable.
 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept
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