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Par Camille Loty Malebranche

The Significance Of Being Alone

 

La nostalgie est essentiellement un affect de la mémoire qui fait souffrir à intensités variables, selon l’acuité émotionnelle charriée par l’attachement à un passé qui afflige le présent. Sans confiner au stade traumatique, fors certains cas extrêmes, la nostalgie est cette souffrance née de l’impuissance humaine face au temps et son irréversibilité. 

La nostalgie est cette blessure du regard arrière, ce figement mémoriel par le retour affectif dans le factuel irréversible, ce regret d’une situation pouvant être état suspendu ou condition existentielle abolie par le temps remémoré dans l’affect nostalgique. C’est un ravissement affectif détemporalisé, ravissement rêvassant sur le passé qui, en quelque sorte nous ravit notre présent, nous prive du temps effectif et actuel. C’est aussi cette douleur ressentie par rapport à telle œuvre figée dans l’inachèvement, cette nique du temps écoulé qui n’a pas été ensemencé et qui nous prive à jamais de la fécondité et de la fructification présente vu sa disparition irrémissible. 

Les grandes nostalgies sont surtout celles sous-tendues par un sentiment de manque, une sorte de piqûre égotiste, car lorsque l’on sent que l’on a bien réussi et joui un temps passé, on en sourit et la petite langueur à posteriori qui accompagne la mémoire d’un tel temps, n’est pas vraiment de la nostalgie mais un éprouvement normal de la finitude du temporel parce qu’atténuée et contrebalancée en quelque sorte, par le sentiment d’achèvement. La nostalgie réfère à la faiblesse humaine face à la spatiotemporalité d’une condition perdue. Elle est factuelle, spatiale et temporelle :
1)    Factuelle, toute nostalgie nous remue de l’intérieur sur un fait plus ou moins précis, celui d’une situation effacée par le temps. 
2)    Spatiale parce que toute nostalgie éveille le ou les lieux d’une situation remémorée douloureusement. 
3)    Temporelle puisque la nostalgie renvoie à la caducité d’un état, d’une condition situationnelle ayant impliqué le nostalgique, par la fugacité du temps. 

Cette aridité d’un passé que nous avons tenté d’irriguer de nos plus belles eaux, cette nique de l’échec scellé par l’irréversible fuite du temps, cette peine jamais entièrement dépassée malgré tous les succès du présent, ce petit rien d’inaccompli au statu quo ante qui frustre au statu quo quand on y pense quelles que soient les grandes conquêtes actuelles, cette blessure qui fait geindre et pleurer, qui rappelle nos limites figées dans la temporalité et l’histoire. La nostalgie est une forme d’atemporalité affective en tant qu’elle nous séquestre notre présent en insistant sur le non être du passé, nous privant d’être pleinement d’être dans le seul temps effectif qui soit : le présent. C’est le sentiment de l’exil temporel par rapport à un passé où l’opportunité n’a pas daigné atteindre ses fins et où ladite opportunité est restée inassouvie, comme rivée à des forces adverses qui nous en a frustrées. La nostalgie a des allures de pleurs masqués en musique pour ne pas montrer de larmes ; la nostalgie fait crier le cœur de chants sublimes pour soigner la douleur des faits par la douceur des mots. Et cette douleur du temps a beau être noyée par les cris et les triomphes du présent, rien n’éteint sa morsure lointaine.

Dépasser la nostalgie par la transcendance.

L’émerveillement ou la fascination mémorielle du vécu est saine mais le regret et la souffrance inhérente au regret qui constitue la nostalgie, confinent en certains cas, selon leur intensité, à une asthénie dépressive, frisant parfois le pathologique comme de la lypémanie, puisque le nostalgique voudrait avoir ce que la finitude a effacée et donc souffre de ne plus l’avoir, se consumant dans le non être du consommé disparu, omettant douloureusement de vivre le présent, oubliant même partiellement d’exister dans l’ici et le maintenant. La nostalgie a les yeux de la petite enfance gardée en mémoire, des premières amours enfantines, de la passion des jouets que l’on aimait avant de les casser et le souvenir des jeux avec des amis du même âge dans la sentimentale pureté de l’émerveillement d’être nouveau sur terre, sans conscience du vécu adulte plein de la dure stratégie au combat sans merci de la vie. Elle a le regard d’une grand-mère qui te nourrit et te change et des premières amours ingénues qui ne connaissent que la tendresse des yeux et le toucher des mains qu’on voudrait revoir jusqu’à l’insoutenable hypersensibilité maladive, au point d’en souffrir à l’excès. Elle peut également avoir la tronche abjecte d'un passé idéologique ou historique d'horreur révolu que certains voudraient réactiver à contre-courant de l'histoire, tels chez les néonazis... La nostalgie idéologique est toujours à contre-courant de l'histoire!

La nostalgie est la douloureuse dépossession d’une part de soi-même, celle que le temps, dans sa froideur, sa cruauté extinctrice de tout, n’arrive pas à éteindre, parce qu’actualisée dans la permanence abstraite de la mémoire qui défie l’impermanence concrète des êtres, des faits et des choses.


Dépasser la nostalgie par la construction sentimentale au présent, en ne se privant jamais de bonnes passions selon ses tendances et talents comme l’écriture, l’art, l’animation culturelle, tout en se rappelant que plusieurs amours passées ne méritaient même pas la considération qu’on leur prête émotivement à posteriori, voilà la manière de cesser de vivre dans le passé, de ne pas se laisser sentimentalement noyé par l’émotion du temps éteint. Car c’est une des choses les plus attristantes que de refuser en soi, l’extinction des choses objectivement éteintes ! 

Seule la transcendance des limites humaines permet de vaincre les sentiments négatifs et parmi eux la grande nostalgie insoutenable si jamais elle survient. 

Il faut être fort et puissamment croyant transcendant pour ne pas basculer dans une nostalgie dépressive de la valeur humaine et de ses principes d'élévation lorsqu'on observe la rude factualité de notre temps de réduction de presque tous en multitudes innombrables à la totale servitude systémique de l’économie. Réduction de l’homme par la mécanique sociale malsaine où il n’y a surtout que des individus à tort encore dit « hommes ». Individus-rouages, individus-fonctions pour éliminer totalement ce qui pourrait encore rappeler l’humain. L’homme est désormais interdit dans nos sociétés de misérabilisme où, inapte à la vraie transcendance, la foule servile guette l’élévation dans l’absurde des drogues de toutes sortes. Sauf que dans le faire social, la nostalgie des valeurs perdues, galvaudées, ne renvoie point à un irréversible car les moeurs, l'axiologie, sont réversibles; on est donc en présence d'une nostalgie du fait réversible malgré le temps irréversible! C'est donc au combat réhabilitateur de l'homme et non à la nostalgie - le désenchantement nostalgique farouche ou mignard - que nous appelle la déchéance axiologique où sévit l'inversion critique et infâme des valeurs!  

Vivre et transcender les atrocités de la temporalité des situations, dépasser les mélancolies de la finitude et ostraciser les regrets et remords de l’inaccompli au passé pour conquérir les possibles du présent, sont les seuls fondements sains du rapport au temps pour l’homme équilibré en son actualité. Force est ici de rappeler que le regret est moralement neutre alors que le remords est chargé d’un sentiment de culpabilité. 

Brisant les herses de la nostalgie, l’homme équilibré, instruit du passé, vit pleinement l’actuel en fixant le futur comme avenir où il projette son devenir qu’il construit au jour le jour dans le présent. Et, à l’heure de la libération du cannabis récréatif, il nous faut rappeler ici que la transcendance saine n’est pas hallucinatoire et ne saurait être narcotique. La transcendance ne se corse pas dans la dérobade à soi, et l’esprit, l’humanité profonde, ne s’essore point dans la fuite de soi mais dans le dépassement spirituel, intellectuel et moral des limites et manques qui affectent l’existence humaine... 


CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept
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