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Par Camille Loty Malebranche

 

La sagesse plénière ne se peut que dans la sphère divine à qui rien ne manque pour le jugement parfait, c’est l’absolu herméneutique que la foi permet d’intégrer par delà les interprétations parcellaires contradictoires des choses d’ici-bas. Une grâce que Dieu seul fait aux hommes qui la cherchent et s’y disposent par la prière de la foi. Un absolu qui métamorphose ce monde de relatifs, en route et contextes du cheminement humain. Cet absolu qui est domaine strictement spirituel s’affirme comme moule et nutriment du regard de la conscience de l’homme qui, par elle (la sagesse), voit malgré l’opacité du monde et son non sens de finitude, la voie terrestre vers l’infini.

La sagesse n’est pas dans l’inaction ou l’équanimité mais dans la posture mentale de disponibilité par la foi et l'amour pour la lumière divine comme science éprouvée intérieurement de l'être; Là, tout est transcendance du fini et dépassement du tangible où l'homme de foi embrassant le sens de son humanité rejette les échasses des illusions de grandeur qui hissent les perdus, les égarés du charnel psychologique au sommet du monde régi par leurs propres aberrations, leurs absurdités autodestructrices.

Le sage reconnaît en lui-même tous les risques de chute en sa nature humaine autant capable de sommets que de bas-fonds dans un monde où il est si facile de se fourvoyer, c’est pourquoi il se réfugie en Dieu, pour vivre ses racines spirituelles où sied le ciel de son humanité; racines spirituelles toujours victorieuses des faiblesses sévissant en ce monde. Et, à fixer le Bien total, le sage est plus fort que le monde entier, même en cas de chute, car rien ne l’empêchera de croire à la magnificence intérieure de l’esprit qu’il est et qui doit se relever, se raffermir,  par ancrage dans son essence à travers la spiritualité intérieure, domaine suprême de l’ineffable. Ainsi, en poursuivant sa voie ici-bas, le sage ne considère ses propres manques occasionnels que comme envers incontournable du perfectible vers la perfection. C’est pourquoi, jamais il n’abandonne.

La sagesse commence quand l’homme, dans l’émoi de sa nature spirituelle perçue, fait tout pour que prime le visage de la vérité élevée de l’humain au-dessus de tout ce qui le ravale. Une sagesse sans spiritualité est un figement dans le hic et le nunc qui n’oriente point l’homme intégral, se contentant d’être un accompagnement occasionnel, assigné au domaine particulier où elle est applicable. La spiritualité est à la fois le socle et le sommet de toute sagesse plénière car sans elle, la sagesse est privée de sens fondamental et de voie à proposer à l’aventure humaine. Au-delà des menées de persuasion homilétique des églises officielles ouvrant boutique du sacré dans la cité et de leurs discours hiératiques, la sagesse de la vraie spiritualité est activité intimiste qui s’exprime dans l’action et le comportement, c’est la vie intérieure de l’esprit qu’est l’homme profond dans la fusion avec l’esprit qu’est Dieu.

La sagesse spirituelle, la spiritualité vraie en tant que sagesse suprême, est quant à elle, vecteur suprême de sens. 

La sagesse plénière commence par la reconnaissance de la place de l’homme qui doit reconnaître le mystère de l’Être pour vivre sa vie intérieure dans l’humilité spirituelle de celui qui sait qu’il dépend de Dieu, le Créateur, et que toute autre posture n’est que grimace faite à soi-même selon l’orgueil d’une factice place de grandeur humaine hallucinée sans Dieu. Bêtise de l’animal humain si bête qu’il se déshumanise lui-même pour ne garder que l’animal par refus de faire l’ascension dans l’esprit qu’il est et qui l’appelle à sa véritable essence dont l’accomplissement est la mission humaine ici-bas.

La sagesse est le jour sans nuit, le soleil pérenne de la conscience éveillée et, en spiritualité, c’est elle qui, debout, nous éveille chaque fois que le monde et sa nuit voudraient nous entraîner dans les mollesses faciles du dormeur que nous tendons à être si souvent, dormeur qui laisserait faire les forces lucifuges des inclinations indues, des tentations excitantes, sans la puissance de sagesse venant de Dieu. Car les forces du mal ont pour elles toutes nos faiblesses charnelles émotionnelles que l’homme seul ne peut vaincre.  

À travers l’allégorie de Babylone la grande évoquée par l’Apocalypse, il est souvent question de mauvais esprits, d’esprits impurs..., si en premier lieu, ces vocables réfèrent aux purs esprits c’est-à-dire des êtres non physiques non incarnés et impurs car déchus qui entraînent les impies au mal, ceux que l’apôtre appelle « les anges qui ont péché », il faut quand même se rappeler que l’homme est un esprit incarné et en tant que tel, il fait souvent partie de ces esprits immondes, de ces démons, quand il agit délibérément contre le bien ou refuse de reconnaître ses erreurs ou chutes quand il a mal agi, préférant même ériger ses déchéances et ses vices en lois et idéologie. Jésus n’a-t-il pas dit de Judas qu’il était un démon parmi les douze! D’ailleurs, la plupart des hommes, les puissants en premier, prouvent qu’ils sont des alliés de ces esprits impurs et méchants par la géhenne qu’il font du monde contre leur propre nature tout infligeant de méchantes souffrances à leurs semblables. Certains rebuts du maléfice, quant à eux, vont jusqu’à se commettre directement avec les démons, en perpétrant leurs forfaits dans le monde matériel pour avoir en retour, leur appui maléfique pour la réussite immédiate!

Le sage, lui, est le contemplatif de la grandeur intérieure de la nature humaine qu’il sait voir en son essence spirituelle, loin de ses banalités animales; et c’est pour être en harmonie avec cette vérité supérieure perçue, que le sage se forme et s’améliore par l’étude et la pratique pour croître selon l’esprit et sa vocation ascensionnelle.

Le sage sait toujours se dépasser vers des valeurs transcendantes où l’humanité est inscrite comme virtualité, force d’action pour s’approcher dans ses actes, des sommets inatteignables de l’idéal. Le sage est le chantre assumé et lucide de la perfectibilité. Et sa culture du juste regard l’empêche de céder autant aux flagorneurs qui cherchent à l’attendrir par l’excès de zèle qu’aux accusateurs qui veulent l’amollir par la culpabilisation.        

La sagesse est l’acharnement dans le souhaitable qu’est l’idéal du bien, du beau, du juste, du vrai; un acharnement si fort dans la propension à vivre le supérieur contre les manques et les faiblesses, qu’il fait de l’homme un volontariste du dépassement permanent, une incarnation active de la transcendance.

Le sage est un esprit souverain en sa conscience et un constant conquérant de soi assumant les principes justes pour l’équilibre de l’être dans l’usage de l’avoir dont son être reste le maître utilisateur sans jamais en être esclave.

Dans un monde qui orchestre de la culpabilité à rebours en mettant perfidement le juste dans des conditions quasi intenables pour le faire tomber tout en l’accusant d’inaction alors qu’il subit les méfaits de l’ordre établi par le même monde, un monde qui attend sordidement sa chute pour l’accuser encore plus avec preuve à la main et exiger sa punition, le sage sait que seul Dieu est pour lui et que seul son ancrage permanent dans les valeurs spirituelles divines, lui procurent la victoire par la surélévation mentale de sa conscience que la saleté mondaine pleine de méchanceté et d’horreur ne saurait atteindre.

Le sage sait qu’il porte en lui-même la possibilité voire la présence de toutes les horreurs de la peccabilité, qui font des déchus les laideurs et monstres qu’ils sont, le sage sait que sans la culture de la spiritualité, il est un monstre en puissance, c’est pourquoi, il fait tout par la foi et la discipline mentale pour imposer silence et mépris à la voix des faiblesses qu’il porte, lesquelles sont constamment noyées par la volonté du bien, par l’attention au juste à travers l’effort sacré et spirituel de cultiver le bien et le divin en lui, en fixant le regard intérieur sur Dieu, certain que la grâce de Dieu soutient infailliblement et victorieusement l’homme de bonne volonté. La foi et la prière du sage font de ses faiblesses des présences quasi nulles interdites d’être tendance dans sa vie par l’attention exclusive au bien que Dieu lui-même orchestre chez les siens. 

La sagesse est l’art de connaître ses limites au plan moral afin de savoir éviter les tentations plaisantes et appels jouissifs qui peuvent être des occasions de chute trop fortes, submergeant la volonté. La sagesse est donc abstention du risque après identification de ses faiblesses. Tout cela fortement soutenu par la prière et la fermeté de la bonne résolution.

Le sage aime la vie qu’il considère une grâce inestimable et incomparable de Dieu; c’est pourquoi il arbore un transcendant dédain vis-à-vis des mufles dominateurs qui séquestrent les structures et projettent le monde comme la géhenne incarnée, la puanteur matérialisée de leur patibulaire perception d’eux-mêmes. Le sage ne fait la guerre que contre les forces mortifères qui directement ou par personnes ou institutions interposées agressent le droit de l’homme qui est de vivre et de vivre objectivement avec tous les moyens nécessaires à son bonheur.  

La sagesse est donc paix intérieure par ancrage dans les valeurs spirituelles sans cesser d’être combat  idéel et actif contre tout ce qui dégrade ou menace l’humanité de l’homme à quelque niveau que ce soit!

On n’est jamais sage comme une image car le sage est en marche de conquête, en affirmation de soi, dans la saine et sainte violence vitale toujours victorieuse contre tous les néants de ce monde lucifuge qui voudraient éclipser les splendeurs humaines. Le sage, parce que conscient des limites qui exigent des balises à l'équilibre, son équilibre contre abîmes et achoppements, assume la part de sagesse possible ici-bas comme une factualité acquise mais non point conquise,et il en fait un idéal pour le juste combat en permanence et à vie. Car la sagesse dit à qui veut l'entendre: le sage d'aujourd'hui, s'il ne veille et ne prie assidûment, court le risque d'être demain le déchu de ses propres limites, la proie de la défaillance qui menace tout vivant. 


CAMILLE LOTY MALEBRANCHE 

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Tag(s) : #Monde du Concept
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