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Par Camille Loty Malebranche 

 

                 

Le plus flagrant geste de refus de Jésus face au judaïsme pharisien, refus qui a consommé la rupture entre le christianisme et un certain judaïsme, c’est d’avoir aboli l’élection ethnique des israélites pratiquant ce type de religion traditionnel ancestral, soi disant abrahamique et rappelé que la parole de Dieu est un appel à l’humanité entière où chaque être humain par sa réponse positive devient un élu. Si j’ai dit un certain judaïsme, c’est parce que Jésus, né dans le milieu israélite de religion juive, a quand même été reçu par des juifs comme les onze apôtres fidèles et de multiples autres disciples des premiers jours, qui l’ont suivi et sont devenus chrétiens, ayant cru en Lui comme Fils de Dieu incarné parmi nous. Pour revenir à l’élection du peuple israélite, Jésus a bien fait comprendre que l’Élection sacrée, n’est pas et ne saurait être un privilège d’ethnie ou de tribu mais une grâce divine à l’humain qui dit oui à Dieu et au Christ Rédempteur qu’il lui envoie! Le mépris avéré de Jésus pour la religion formaliste israélite, constitue une ironie du formalisme religieux qui s’étend également à tous les soi disant croyants vivant une croyance cérémonielle plutôt que de la foi ardente du vivre avec Dieu, la foi véritable comme vie intérieure et fervente de l’esprit de l’homme en fusion avec Dieu.

 

Dans le contexte historique du christianisme des origines, celui que Jésus le Christ fonda à travers son enseignement, il est un fait essentiel : le formalisme rituel et ethnique du judaïsme hiératique a fait place à la spiritualité désethnicisée déhiératisée. Le rituel est, en effet, si formel qu’il altère le sens spirituel du culte. Jésus est celui qui a apporté au monde cette autre modalité du croire où la foi abolit la lourdeur des rites, exclut la pesanteur ethnique des coutumes cérémonielles et assume un rapport intimiste de l’esprit qu’est l’homme avec l’Esprit qu’est Dieu.

 

La doctrine que le Christ propose est en fait un yahvisme, c’est-à-dire le culte de Yahvé, le Dieu des patriarches Abraham, Isaac et Jacob, qui s’est ainsi nommé à Moïse, délié des rites israélites et fixé sur la spiritualité totale sans les spécificités ethniques, historiques et rituelles des tribus juives, puisque le Christ a accompli le symbolisme des rites et donc rendu caducs les symboles qui n’étaient que des substituts. La doctrine de Jésus est un yahvisme chrétien que j’appelle un Yahvéo-Christianisme, lequel n’est pas du judéo-christianisme, car le judaïsme comme culte des tribus juives - avec toutes les sacralisations des mythes fondateurs israélites synthétisés par le pouvoir politico-religieux aux temps mythologiques et d’archaïsme étatique, où l’exercice de l’autorité sociale était toujours soit entièrement théocratique soit monarcho-théocratique - est précisément ce que Jésus a rejeté et ce qui allait consommer le crash théologique et cultuel historique entre judaïsme et christianisme.

 

Pour constater la rupture, il suffit, en notre temps, d’observer combien la sacralisation aujourdhui encore de la violence coloniale par une pseudo-judaïcité extrémiste, trouve pleinement ses justifications dans de bellicistes versets de l’ancien testament. La violence sioniste n’est pas yahviste car Yahvé est contre toute injustice mais idéologie ethno-judaïque. Le yahvisme chrétien est la spiritualité pure pour la rédemption de l’homme qui - dès le départ, dans l’ancien monde - a accepté par intention et anticipation le ministère rédempteur de Jésus, ayant reconnu avant même ce que l’Évangile appelle la « plénitude des temps » ce temps de la venue du Messie annoncé par les prophètes, le messianisme christique de Jésus, Verbe incarné devant apporter et accomplir le Salut de l’homme. Le yahviste donc, est celui qui a toujours accepté la christicité de Jésus et accueilli la rédemption personnelle par l’acceptation du ministère christique de Jésus, promis dès la chute originelle présentée à travers le mythe d’Adam. Le yahvisme porte en soi une manière de conceptualisation de l’histoire de jonction, de rupture en vue d’une transition entéléchique de la foi spirituelle en Yahvé et au culte qui doit lui être rendu. Ainsi, Jésus a-t-il bien fait comprendre par le mot « accomplissement » lui qui affirme « Je suis venu non pour abolir mais pour accomplir », le passage du rituel et du mythologique au strict spirituel à quiconque veut vraiment servir le Père, Dieu qu’il appelle de la sorte pour nous signifier la proximité intime d’amour de Celui-ci avec le vrai croyant spirituel. D’où, la banalisation voire l’inanité des rites juifs qui montraient plutôt l’éloignement de Dieu perçu comme coléreux, craint et terrible selon la projection de l’autorité des tyrans sur celle infinie et bienfaisante de Dieu par l’anthropomorphisme grotesque de certains hommes. Pour revenir à cet accomplissement de la spiritualité dont parle Jésus, elle aura été parachevé dans le sacrifice de Jésus lui-même qui en son sang renvoie une fois pour toutes, les conséquences mortelles de la chute espécielle imprimée au visage mythologique d’Adam.

 

Avec Jésus, c’est l’accomplissement total de toute la sphère métaphysique qui s’opère, un accomplissement  de l’Humanité selon les principes de la nature humaine telle que créée par Dieu. Et aussi la révélation de Dieu comme Esprit et Vérité c’est-à-dire différent de tout l’imaginaire anthropomorphique que l’homme s’en fait indolemment. Révélation de Dieu sur la chute de l’homme et la mission du Christ Rédempteur qu’il est lui, Jésus, venu parmi nous pour nous permettre de vivre le spirituel par delà le charnel et le cultuel.  Jésus a donc accompli le sens du culte des patriarches qui, par les holocaustes d’animaux, ont annoncé le Christ, Verbe Incarné pour l’ultime sacrifice parfait tel que l’annonceront par leur prédication, les prophètes après les patriarches. Le christianisme est aussi la confirmation de la morale divine immuable de l’esprit du décalogue où les commandements sont évocation du principe de Justice divine par Jésus et non exigence d’observance mécanique des lois. Jésus a donc effectivement accompli ce testament de l’histoire qui raconte l’appel au rapport strictement spirituel du croyant à Yahvé, le seul Dieu, un rapport que certains juifs, pharisiens et autres, ont altéré et rendu méconnaissable par leur servitude cérémonielle, leur surenchère hypocrite de formes et de rites. 
Tout ce qui était annoncé et inachevé trouvera en Jésus leur effectivité et leur plénitude.

 

Jésus, culte spirituel contre idéologie religieuse...

 

Au-delà des liaisons et imbrications indéniables entre judaïsme et christianisme, il est une dissension fondamentale et très forte sur la personne de Jésus et de son statut messianique qui a totalement déçu la vision idéologique temporelle ethnique et nationaliste du judaïsme dénaturé des israélites, auxquels Jésus a apporté une weltanschauung strictement spirituelle trop décevante des espoirs d’un peuple attaché à la terre, au point que celle-ci soit l’emblème de la promesse et le fondement d’une métaphysique matérialiste que j’appellerais géocratique où la terre bien physique est l’élément métaphysique par excellence et l’objet d’une eschatologie politique et nationale, une géostratégie belliciste, c’est la « Terre Promise » et à sa conquête bien matérielle, bien terrestre via une sorte d’entéléchie « géopolitique » des israélites.

 

Jésus est le prôneur de la religion spirituelle contre la religion rituelle et hiératique juive. Jésus est le préconisateur du culte intérieur et mystique contre le culte extérieur et formaliste des pontifes. Avec Jésus la religion que des prêtres arriérés et tribalistes envisageaient ethnique est démontrée humaine, adressée à l’esprit humain plutôt qu’à des tribus physiques ou un peuple soi disant élu pour ses origines génétiques.

 

En transposant la terre promise au stade symbolique, téléologique du céleste plutôt qu’objet de géocratie impériale - où la terre est chosifiée selon le pouvoir et les visées des empires - le christianisme a dérouté les assoiffés de règne dominateur et de pouvoir politique. On imagine la rage des colons religieux! Pour se venger, ils ont donc livré le Messie décevant leur obsessive appétence d’empire, à l’empire ennemi dominant leur pays. N’ayant rien compris de la stricte mission sotériologique du Christ qui sauve l’homme individuel de la peccabilité, la condition pécheresse, et de la fatalité mortelle qu’entraîne cette peccabilité. Même si, au stade globalement humain, la conversion de l’israélite individuel aurait libéré celui-ci de Rome, fut-ce par une guerre libératrice, puisque Jésus n’a jamais enjoint quiconque d’accepter le joug de quiconque. Et l’homme sauvé, réhabilité du Christ adopte une posture souveraine par sa rédemption, qui n’obéit à aucune domination indigne, aucun empire prédateur et matérialiste. En fait, il n’y a pas de conquête impériale possible si le peuple ciblé par la colonisation est spirituellement donc mentalement mûr dans sa liberté pour refuser comme un seul homme l’envahisseur. Un colon, un conquérant ne peut régner que par la collaboration active ou passive d’aliénés en assez grand nombre qui lui permettent d’infiltrer l’ensemble du peuple. Le refus comme inacceptation totale est une force inexpugnable contre les projets hégémoniques de tout conquérant ou empire possible. La perception plutôt simpliste et ethnique des israélites du temps de Jésus était vouée nécessairement à l’échec, car elle était elle-même pour l’hégémonie, la production de soi en conquérant. C’était des rêveurs d’empire, des impérialistes qui voulaient simplement être à la place de Rome comme certains esclaves ou opprimés qui ne cherchent point la fin de l’oppression mais veulent renverser leurs bourreaux pour les remplacer et devenir à leur tour, maîtres et oppresseurs, bourreaux des plus faibles qu’ils domineront. La messianité christique ne tolère aucun mal, aucune agression ni hégémonie, et exige une conversion spirituelle du mental et du comportement où l’homme est vraiment libre et veut la liberté d’autrui qu’il perçoit comme un esprit à aider à sa propre libération et non une occasion de prédation hégémonique et égoïste.


La doctrine du Christ est un message qui refuse la plupart des rites dans un monde où les religions s’attachaient aux cérémonies rituelles  lesquelles aidaient les adeptes incapables de servir Dieu en esprit et en vérité, à s’accrocher à des représentations et des pratiques pour exercer leur croyance qu’il ne pouvaient pour la plupart vivre comme la grande Foi spirituelle. Le christianisme met fin donc à la religiosité restée formelle et formaliste, faite de litanies, de lamentations et de rites. Jésus fustige la prolixité des prières formelles en réprimant l’attitude païenne de multiplier des mots dans l’espoir d’avoir la pitié de Dieu. Jésus rejette le concept d’un lieu extérieur obligatoire pour exercer la foi « ni sur le montagne ni au temple » dit-il à la samaritaine; sans oublier son fameux mot « le royaume de Dieu est en vous ». Un coup de massue contre le hiératisme qui est essentiellement fondé sur les cérémonies du culte que seuls pouvaient tenir les prêtres consacrés pour la célébration rituelle du culte.

 

Jésus a transformé la religion rituelle-institutionnelle idéologique par la religion spirituelle et vivante, sans curie ni hiératisme nécessaires en devenant par son sacrifice essentiellement expiatoire et propitiatoire, le seul lien sans rite obligé entre l'homme et Dieu dont les autres noms ont été par lui, le Christ, pratiquement délaissés pour celui de PÈRE. Jésus nous indique le nom de Dieu en fonction de son rapport paternel avec la créature humaine, car chaque humain né sur cette terre a la vocation de découvrir, par delà les banalités et finitudes de la vie ici-bas, sa propre eccéité hypostastique d'esprit, socle de sa parenté spirituelle avec Dieu qui est l'Esprit Créateur, l'Être Suprême qui a engendré les esprits. De sorte que celui qui accepte Dieu par la foi, est gratifié par Dieu de vivre une intimité intérieure avec son Créateur qui vient vivre en lui comme Hôte aimant et paternel. C’est cette intimité qui est parenté et fait du croyant un enfant effectif de Dieu et non plus un simple créé. Par la spiritualisation des mythes, Jésus aura rendu au vrai Culte proposé par Dieu à travers les deux moments fondateurs abrahamique et mosaïque, sa noblesse qui est la Révélation de Dieu qui rencontre l'homme avant tout comme Esprit. Dieu qui crée Adam et lui donne la terre comme patrimoine manifestant ainsi son amour paternel, Dieu qui appelle et rencontre Abraham et lui fait sentir sa proximité en lui accordant une fécondité tardive comme pour montrer que l'homme est destiné à transmettre la vie, une allégorie de l'éternité spirituelle par la perpétuation de la vie organique à travers la reproduction, Dieu qui s'adresse à Moïse et lui décline son nom avant de l'envoyer comme libérateur des opprimés...

 

Jésus a rejeté la religion institutionnelle tyrannique et raide pour nous apprendre l’humanisation des préceptes voués non à des êtres désincarnés mais à des humains. Ainsi, dans l’épisode de la femme adultère, Jésus a-t-il conspué le visage des monstres accusateurs et des crapules hypocrites. Jésus a détruit la brutale et légaliste religion hiératique où des prêtres utilisaient blasphématoirement le nom de Dieu pour assouvir les pires excès de leur vile arrogance parfois criminelle, eux qui grugeaient et égrugeaient les faibles, en s’associant aux plus forts et réifiaient les femmes tout en permettant voire encourageant les débauches bassement machistes des hommes!

 

Le christianisme est la propitiation rédemptrice qui sous-tend la vraie religion yahviste en son fondement intérieur intime où d’esprit à esprit, l’homme apprend à vivre avec Celui dont il provient dans l’étreinte vivifiante de l’étant-esprit conscient de porter en lui l’Être qui, à la fois, l’englobe et l’habite et l’a créé esprit et conscience pour vivre l’Amour fusionnel de l’esprit qu’il est avec Yahvé, l’Esprit originel.


Jésus est la Lumière théophorique de la religion spirituelle libératrice. La religion du Seigneur et Sauveur de l’humanité, Jésus-Christ, est strictement une institution immatérielle ancrée dans la Spiritualité que Jésus décrit en termes simples et affectueux de rapport de l’homme comme esprit fils de Dieu avec celui qu’il nous dit d’appeler Père. Une révolution de la perception métaphysique inscrite dans une nouvelle conception spirituelle dont seul notre Seigneur Jésus est le porteur didactique et herméneutique, lui qui nous élève de nos misères terrestres à la Face du Maître Démiurge des univers connus et inconnus, des mondes tangibles et intangibles.

 

Gloire à Dieu qui se révèle le PÈRE de l’homme! Et loué soit Jésus  le Christ qui nous l’a désigné tel!

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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