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Par Camille Loty Malebranche

 

L’Exode, par delà son aspect de mythologie - où interviennent certains traits bellicistes et colonialistes du tempérament nationaliste judaïque à rejeter, lesquels n’étant point spirituels mais idéologie ethnique des israélites - est un récit allégorique majeur, historique à bien des égards, en dépit de son écriture épique-légendaire, sur la libération à la fois spirituelle et temporelle de l’homme; libération donc ontologique de l’humain affranchi dans son intégralité d’être, que Dieu orchestre à travers la manifestation métaphysique du sens que sont la révélation et l’intervention divines.

L’Exode présente la fin de l’exil comme espace de servitude cédant le pas à la procuration d’une patrie sur fond de spiritualité et de libération, comme pour dire que l’homme en exil ici-bas, tant qu’il n’a pas marché vers le soi spirituel pour trouver sa patrie éternelle en Dieu en se réappropriant sa nature loin des idolâtries et illusions incarnées par l’Égypte de la servitude des israélites, vit expatrié de son espace fondamental qu’est son propre être dépossédé de soi. Le rejet des servilités telles la théogonie égyptienne, la théocratie hiératique et la monarchie théocratique incarnée par les pharaons sur fond de sortilèges et de magie. Un voyage qui est aussi renoncement au confort amenuisant de l’esclavage avant de jouir l’abondance dans la liberté, car on sait que certains israélites en des moments de difficulté au cours de la marche vers Canaan, ont regretté leurs pots de viande d’Égypte qu’ils ne trouvent pas sur leur chemin au désert! Moïse, l’envoyé pour libérer le peuple n’est pas sans indiquer que la libération tant spirituelle que temporelle, se fait avec la collaboration, la disponibilité et la bonne volonté des hommes éclairés en leur esprit divinement consacré, imprégnés de la lumière, souverains en leur liberté globale qu’ils doivent partager avec les non libres. C’est d’ailleurs, leur mission d’hommes libres. La libération se fait avec l’homme de bonne volonté et non malgré la mauvaise foi humaine; elle se fait par la disponibilité du leadership de l’envoyé et la bonne foi des asservis conscients de leur servitude et désirant être libres. Au niveau strictement métaphysique, la libération du péché est le début de la vie spirituelle où l’être même de l’homme devient un culte permanent à Dieu. Voilà le symbolisme du peuple libéré pour offrir un culte à Dieu.

Le culte spirituel que l’homme doit rendre à Dieu, commence par la liberté, et Dieu libère l’homme pour qu’il puisse être habilité à le servir et vivre la plénitude ontologique de la foi, qu’au reste, seule une conscience libre peut vraiment assumer. Servir Dieu réfère en fait à un Amour vivant éprouvé et non à un esclavage de Dieu puisqu’il s’agit de prendre conscience de l’esprit qu’on est et de vivre l’étreinte avec l’Esprit des origines et des fins dernières dont nous sommes part. Dieu, donc, refuse l’esclavage et entend recevoir de l’homme un service d’amour et non de contrainte. L’exode est donc projection métaphysique sur la réhabilitation de la nature intérieure et de ses attributs perdus par les asservissements que le monde inflige aux hommes autant spirituellement, à travers les illusions du sensible, que physiquement selon les contingences de la condition sociale. La rédemption fait figure d’éveil de la nature spirituelle de l’homme qui est aussi rencontre consciente avec Dieu dans la plus belle des fusions de la seule créature incarnée à être en même temps pur esprit à l’image de Dieu comme les immatériels êtres célestes supérieurs. Chaque humain conscient de soi, de sa dimension d’esprit et de sa dignité vocationnelle, doit entreprendre l’exode du sensible vers le ciel de sa destinée strictement spirituelle. Un exode spirituel où la terre fait figure de désert des finitudes, qu’il faut traverser vers le ciel de la destinée humaine qu’est l’être même de Dieu. Un exode dont Abraham, le prototype du croyant incarnant l’archétype de la foi, est lui-même l’emblème, ayant quitté son pays en païen pour devenir le yahviste de Canaan. Odyssée spirituelle de l’homme qui doit aller au-delà de sa condition temporelle tant organique que sociale et matérielle vers la spiritualité salvifique en le Vrai Dieu qui est Esprit. 
 
L’Exode indique que l’intervention divine est toujours pour la libération de toute catégorie humaine opprimée et asservie, une libération qui passe par l’abandon du champ de la servitude. Une libération qui passe au niveau mental de l’abandon et du détachement des espaces de pensée et d’action contraire à l’esprit. Car toute libération commence par l’éveil de l’esprit à la lumière intérieure et divine pour s’étendre à la vie globale dans tous les domaines de l’existence physique, matérielle et sociale. L’essor métaphysique de l’homme éveillé à sa vérité spirituelle où l’homme reçoit Dieu, Source et Père de l’esprit ne tolère point l’asservissement de l’homme sous aucune forme. Pour l’homme, passager au voyage de cette vie, la liberté prend forme par la conscience volontaire assumant sa responsabilité d’esprit accomplissant sa vocation d’être libre. La libération comporte toujours comme exigence, quelque départ vers l’autre possible aux confins de l’action contre le confort servile et stérile de l’inaction ou la couardise de la passivité s’accommodant de la stagnation dans le mal connu, lâchement préféré au risque et à la volition de partir et d’assumer le voyage et la route de la liberté. L’exode nous donne à voir la rupture d’avec l’esclavage et l’ignorance qui le maintient, une rupture aussi forte et marquée que celle du cordon ombilical qui fait de l’homme un être à part entière, une individualité propre, ayant une naissance sur terre. L’exode est fait du dépassement permanent ici-bas, de la marche assidue de l’esprit vers sa destinée ontologique. 

L’Exode, évocation mythologique de la croissance du sujet humain cheminant dans le monde vers l’entéléchie supérieure de son essence, nous décrit trois grands schèmes du parcours métaphysique du libéré plénier que je décrirai comme 1) La libération physique. 2) La désaliénation pédagogique par désapprentissage-apprentissage comme ascèse de la liberté. 
3) La consécration de l’ordre de la liberté régnante par les commandements spirituels.

La Libération.

La libération de l’Égypte esclavagiste préconise le refus du royaume de servitude qu’est le péché malgré ses profits immédiats, car il est toujours terreau maudit de toutes les déchéances depuis celle de l'ange maudit devenu satan jusqu'à celle des souffrances de l'espèce que l'homme péchant inflige cruellement à l'homme, depuis le fratricide de Caïn.

La désaliénation pédagogique.

La marche au désert nous enseigne le dépouillement de soi pour désapprendre l’accoutumance des forces pécheresses qui restent en réflexe chez le nouveau libéré portant encore les engrammes de la servitude ayant introjecté l’image de ses maîtres esclavagistes et sa condition d’esclave.

L’ordre nouveau de la liberté.

Comme il n’y a pas de liberté anomique, il n’y a pas d’homme libre sans observance des principes de sa nature; là, se saisit le sens de la promulgation de l’ordre de la liberté par Dieu se faisant proche des hommes, Dieu donne donc des lois comme un pacte consacrant le sens suprême de la liberté à travers la prescription des règles de l’être, orchestre le rejet de toute domination idéologique qui asservit et de toute influence néfaste qui soumet l’homme au mauvais. Là, il faut comprendre que les guerres et la Terre promise sont des métaphores du juste combat et de la violence vitale spirituelle de l’homme sur la voie de sa destinée finale en Dieu.    

L’Exode est une évocation historique et métaphysique du sens existentiel: abandon du lieu de servitude, affrontement du désert, pour le dénuement qui révèle l’homme à lui-même, lequel désert, obstacle naturel à priori infranchissable, est vaincu, comme pour nous dire que nos défauts et nos défaites ponctuelles, nos faiblesses à les surmonter sont pris en charge et pulvérisés par Dieu Lui-même à condition que nous consentions à marcher, à devenir un homo viator conscient. Le passage miraculeux de la mer asséchée, est un moment fort de ce message divin. Nous sommes en présence d’un Dieu proche et prévenant, un Dieu qui sert la manne et qui se métamorphose matériellement sous forme de colonne de feu ou de nuée pour orienter nuit et jour son peuple. Là, encore, il y a une révélation de la nature divine à l’entendement humain : Dieu est l’orienteur personnel de l’homme vers la fin à atteindre malgré les apparentes incertitudes de la terre, envers et contre les vicissitudes, à travers les méandres, au-dessus des abîmes, sur les eaux et à l’encontre des abysses marins et de la furie fulminante des flots. Dieu oriente l’homme et celui qu’il oriente ne se perd point. Moïse est lui-même le sauvé des eaux, le miraculé des flots submergeants qui émerge en toute grandeur pour servir de médiateur du salut reçu. Donc, l’homme qui reçoit le salut spirituel, a la mission sacrée de tirer son semblable, pourvu que celui-ci le veuille, du gouffre phagocytant  des ignorances et des perditions. Au sens métaphysique et symbolique, Moïse est le guide qui permet à la foule servile de devenir peuple instruit libre car libéré par la Vérité que Dieu seul Est. Pour le yahvéo-chrétien, le symbolisme de la mission mosaïque s’accomplira pleinement dans la venue du Christ qui par son propre sacrifice suivi de sa résurrection, apporte, par delà le cérémoniel du culte mosaïque, la plénitude spirituelle du Dieu présent en l’homme qui croit et accepte le Sauveur. 

On peut ici remarquer la mission forte que Moïse avait d’annoncer, par ses prodiges ordonnés spécialement par Dieu, le visage à venir du Christ. Et, l’on sait que pour y avoir manqué une fois Dieu l’a privé du couronnement de sa mission. Ainsi, Moïse ne put atteindre Canaan, lui qui a traversé la mer à pied sec, lui qui a vaincu Pharaon, lui qui a tant vu de près l’omnipotence de Dieu, pour avoir désobéi à Dieu en frappant deux fois plutôt qu’une le rocher de Meriba afin d’en faire jaillir l’eau, cette source de vie exceptionnelle dans le désert, grâce au miracle du seul vrai Dieu, Yahvé! Le prophète averti qu’il fut, n’avait pas le droit d’altérer cet préfiguration particulière du sacrifice du Christ devant être frappé une seule fois pour que jaillisse la vie par son sang expiatoire. 

Pour revenir à la plénitude spirituelle susmentionnée dans notre propos, il faut toujours percevoir la manifestation de Yahvé, l’Éternel, comme invitation divine à l’Esprit qu’est l’homme à recevoir la présence de Dieu et à vivre le mystère de la proximité divine, la communion parentale de l’amour divin. Une spiritualité de l’entéléchie parfaite qui voit l’homme assumer son statut de temple de Dieu, à la fois prêtre, offrande et culte vivant à Dieu grâce au ministère salvifique du Christ qui a neutralisé une fois pour toutes et vaincu à jamais, les forces intérieures du mal, (nos pulsions, notre peccabilité) mais aussi les forces extérieures qui voudraient nous tenter, nous convaincre à trahir notre propre nature spirituelle. Ici, la foi en Dieu constitue en fait la vraie route vers la Terre promise, où chaque croyant se sait citoyen du ciel et se reconnaît fils de Dieu en route dans l’ici-bas! Il faut aussi évoquer la poursuite par pharaon, car la poursuite par l’ennemi, cette éternelle guerre spirituelle du croyant avec le charnel sur fond de rencontre avec Dieu qui, au bout, engloutit de l’ennemi aux abysses, est bien une assurance de victoire de l’esprit dans ce monde matérialiste agressif où le mal guette et tente d’assaillir l’homme de foi. 


Pour revenir aux lois, l’Exode, c’est la révélation spirituelle et principielle, par l’édiction de codes légaux dont la lettre toujours à dépasser nous dévoile leur esprit à adapter pour orienter la vie aux justes principes ontologiques, car la seule loi suprême est la justice supérieure qui consiste à vivre vrai dans l’intimité de Dieu. L’Exode nous rappelle le voyage et les vicissitudes de l’apprentissage par étapes de la liberté qui est un processus, la libération progressive. L’homme est conscience immédiate de la finitude et de ses misères mais aussi conscience téléologique et de transcendance par delà tout eschaton, toute chair.    

C'est tellement bêtement arrogant aujourd’hui où tous veulent paraître importants par la « science », pour certains histrions du faux savoir, que de vouloir tout réduire à des élucubrations pseudoscientifiques au fil de conjectures décousues et sans preuve sous prétexte qu’elles sont proférées par des savants! L'être, la vie restent et demeurent des mystères interpellant notre humilité; et l'univers, par delà le froid sidéral et la terreur violente des explosions stellaires, nous dévoile, ne serait-ce qu'à travers la logique de ses agrégats, qu'une conscience intelligente est à l'oeuvre, conscience dont nous sommes en partie dépositaires. Là, il faut souligner notre immense ignorance de l’univers pris par l’écheveau incongru des interprétations qui se voudraient scientifiques et se dédisent sans cesse.

L’Exode renvoie au mystère de l’homo viator qui marche dans le désert de ce monde, un désert dont l’aridité n’est rien que l’illusion du tangible où des multitudes d’hommes désertent le sens dans leur rapport à leur être et à l’univers au point de refuser Dieu. Sécheresse des foules absurdes qui vivent hagardes dans la désertion de toute transcendance. Désert enfin d’un monde fini temporel où l’humain est un étant de passage. L’Exode est l’exaltation du sens par la Révélation divine et la promesse d’une destinée incarnée par la Terre Promise qui est en fait la désignation mythique de l’accomplissement humain en Dieu.

La proclamation de Moïse au peuple, devant l’obstacle de la mer Rouge, m’a toujours fasciné dans l’Exode, lorsque tout juste avant que Dieu ne lui ordonne de lever la houlette bergère qu’il tenait en main - lui, ancien pâtre de Madian, préfigurant en la circonstance le bon berger à venir qu’est Jésus - au-dessus de la mer pour opérer le miracle du passage à sec en plein océan: « Tenez-vous tranquilles pour voir la délivrance que l’Éternel vous prépare en ce jour; car les égyptiens que vous voyez aujourd'hui, vous ne les verrez plus jamais. L'Éternel combattra pour vous; et vous, gardez le silence » ! Affirmation fracassante et sans appel de la foi en la libération définitive que la toute-puissance et l’amour infini de Dieu apporte à celui qui croit. Quand Dieu libère les siens, l’ennemi, le mal ne peut plus revenir car effacé à jamais. Un peu ce que dira le Christ : « si le Fils vous libère, vous êtes vraiment libres ». 

L’homme doit avoir le courage de l’exode envers et contre tout ce qui retient son être supérieur en esclavage car se révolter contre le mal, traverser le désert du dépouillement en quittant les fausses valeurs et factices richesses, est le chemin sacré vers la Terre promise de l’accomplissement... 

Que le discernement de la vérité de notre être perçu en son essence d’esprit, éteigne les superfluités de nos jugements superficiels qui voient le rentable à la fois comme l’utile exclusif et le sens du destin même de la vie selon la raison déviée que le réalisme ambiant d’une société ultramatérialiste érige contre l’existence même de l’esprit!

Qu’un exode axiologique fondé dans la spiritualité yahvéo-chrétienne embrase les hommes de bonne foi pour assumer l’humanité envers et contre l’actuel face déshumanisante d’un monde desséchant de matérialisme, perdu et asservi en sa perdition dans l’abysse flottant de ses illusions! 


CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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