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Par Camille Loty Malebranche

 

Pour continuer notre regard sur l'antimétaphysique, nous devons constater qu’au vingtième siècle, elle a régné par certains tenants de la philosophie dite analytique, notamment Wittgenstein, Willard (exagérément magnifiés par le surfait de leur importance dans l’histoire de la philosophie) et leurs émules. Il s’agit d’une investigation de la contenance strictement "sémantico-logique" des énoncés et de leur valeur par rapport à ce qui est. Une sorte de résurgence moderne de la problématique des universaux et de l’argument ontologique de saint Anselme. Un procès logique par des gens qui se veulent défenseurs de la « vérité » via l’interrogation des modalités du langage. Et parmi ces modalités, l’aléthique de l’expression humaine désormais sommée, au nom de la logique, de renvoyer toute chose évoquée par un locuteur, selon la connaissance précise de celle-ci,  à la factualité, son existence de fait constatable, démontrable. Retour au vieux problème du mot qui doit rejoindre la chose qu’il exprime, chose dont la choséité, la présence factuelle constitue la seule acceptabilité logique de ladite expression. Mais là se joue le drame de la pensée abstraite elle-même, car si tout doit être si serré dans une logique du vrai inscrite dans le « réel » et si seul le connaissable connu et démontré doit passer la rampe du langage digne et sérieux, c’est toutes les dimensions immatérielles de l’homme et de l’univers qu’il devient interdit d’exprimer par des interrogations, des intuitions, des présupposés et des supposés. Là, la philosophie analytique est dévorante de l’aventure même de la pensée interrogeante et élaboratrice de vision et de perspective sur la nature et la substance des étants qui forment le grand fait d’être qu’est l’univers. Philosophie dépeçante de la pensée humaine, réductrice des possibles de questionnement et de toute réponse supposée par l’intuition. C’est comme si le monde, l’être, l’homme se retrouvaient assignés à une seule dimension, celle de la logique du mot et de la chose aux dimensions saisissables toujours prouvable dans son objectivité factuelle, connue descriptible. Ce refus du non immédiatement descriptible est en fait un cinoche qui n’a pris de l’importance que par la vision physicalo-matérialiste transposée au problème du langage. La philosophie dite analytique ignore artificiellement la logique du sens intérieur, du sens vécu, cette part naturelle de notre intuition qui sait autrement que par la matérialité touchable.

 

Quant à l’aspect civilisationnel de l’antimétaphysique le 20ème siècle nous la crûment montré, et pourquoi, il fut le siècle de toutes les violences accumulées de l’histoire humaine, siècle des deux grandes conflagrations mondiales, siècle des plus terribles guerres régionales, siècle du bombardement nucléaire de centres urbains, disons que le 20ème siècle nous a montré l’abysse sans fond des risques de la déchéance d’une conscience humaine non guidée par une métaphysique désidéologisée et moralement humanisante. Le nihilisme sévissant dans les choix politique les plus bellicistes, les plus financiaristes, témoignent par lui-même, des dangers mortels encourus par tout égrugeage stupide de la dimension transcendante du cosmique et de l’humain.  Car si le passé et le présent nous révèlent les horreurs de l’institution religieuse manipulant la métaphysique, jusqu’aux autodafés et égorgements sacrés d’êtres humains, le vide de valeur spirituelle, valeur spirituelle qui constitue la forme suprême et active de tout métaphysique consciente d’elle-même, non seulement n’enraye la violence mais aussi conduit la plupart des hommes, à un stade quasi animal vivant sans savoir pourquoi, perdus à leur humanité, utilisable par les prêtres laïcs mais sacraux de l’économie et du pragmatisme idéologique. Les hommes étant,  sauf de très rarissimes transcendants, des excessifs sans capacité de se raisonner eux-mêmes, toute antimétaphysique débouche comme fatalement sur soit les excès du nihilisme, soit l’inanité même de toute connaissance non objective (terme plus clair que son synonyme « positif »). On peut exiger que le discours métaphysique fixe son sens en précisant son économie, son fonds inspirationnel mais la conspuer pour paraître « logique », tient d’une autruche pseudo-aléthique qui refuse les parts insaisissables de la Vérité de l’Être.

 

Nous devons renvoyer tous les lugubres excès que l’antimétaphysique comme la métaphysique dépravée des curies, imposent à l’histoire. L’antimétaphysique de la fin du 19ème siècle aura été l’une des causes du basculement de l’environnement mental collectif dans une extrême sécheresse inhumaine malgré les vrais ou prétendus dévouements humanistes. Sécheresse qui a abouti aux pires horreurs accumulées que la première moitié du vingtième siècle allait découvrir dans l’extrême capharnaüm des deux guerres mondiales. Un curieux vice de perception dans le questionnement de l’homme et du sens qui le motive ayant empreint les plus fortes doctrines de ce temps, où la philosophie avait encore sa qualité doctrinale d’orientation des comportements et de fournissement des idées à l’action. Et, c’est précisément l’assumation déviante de cette mission qui allait déboucher sur les formes les plus excentriques, les plus terrifiantes des idées en vogue dont le nihilisme, terme multispatial malgré son sens plus ou moins monosémique d’ovation du vide de toute valeur et détermination transcendante du monde,  fut une forme majeure.

 

On  ne peut phagocyter la sphère du spirituel par le schème de l'économique ou l’hypothèse oiseuse du réalisme pragmatique qui sous-tend la philosophie dite analytique. L’absurdité de l’antimétaphysique, sous quelque angle qu’on la prenne, reste sa prétention « réaliste » grossièrement  réductrice du connaître et de l’exprimer aux seules limites du tangible mesurable, avec l’arrogance ténébreuse de vouloir au nom de la raison, voire de la vérité, rayer d’un trait de néantisation intellectuelle selon une factice intellection du langage et de son rapport aux choses, toute l’immense part non sensible qui meut l’humain et le détermine ou le prédétermine.

 

« Les philosophes n'ont fait qu'interpréter le monde, nous, nous allons le transformer » est une boutade marxienne à bien relativiser et placer en son contexte, sinon c’est un glissement dans l’illogisme primaire irréfléchi des manipulés, pseudo-intellectuels fonctionnels du livresque, qui répètent des bribes en les sacralisant, sans rien y entendre, sans y déceler les nuances et occurrences essentielles à leur saisie. Car le monde à interpréter n'est le plus souvent même pas tangible, et le monde social, à la totalité complexe de l’homme, ne saurait être considéré comme le seul monde… Le social est un infime tantinet de ce que le monde humain peut être.

 

Le monde global de la nature humaine est avant tout un espace de représentation mais aussi et surtout du senti et du pressenti, sans omettre les révélations spirituelles où le connaissable tient du cognitif représentationnel, non de l'action intervenante parce que tenant de l’insolite intraduisible faciès du schème du mystère, d’une des plus immenses énigmes qui soient: celui de l'être, celui de l'existence comme mode d'interaction de l'émotion et de l'entendement avec l'être. Être, à la fois comme condition de la présence et fait particulier pour chaque étant dont l'homme qui y pense. Là, tout réductionnisme est vilain simplisme à éviter. La réduction est aveuglement coupable contre l’intuition et son intelligence, car l'être, l'existence, l'étantité de l'individu humain sont des dimensions irréductibles et non des choses prenables aux méthodes de la théorie et de l'action sociale ou politique ou d’une quelconque logique de l’expression langagière.

 

Seule une morgue corruptrice du sens, peut, à la lumière des connaissances acquises sur le cosmique et l’humain, se prévaloir encore des lacunes logiques du langage, de raison ou de la science pour nier la part transcendante et suprahumaine de l’univers et de l’humain.

 

Entre la pagaille intellectuelle des consciences en carcan de leur crise de déréliction avec leur complexe dabandon non traité (complexe de Caïn dirait Piaget), leur obsession d’absurde et l’authentique libération vis-à-vis des manipulateurs religieux et des idéologues de la société, les partisans de l’émancipation des hommes du joug des tyrannies, doivent savoir discerner la vérité des choses pour ne pas servir exactement le contraire de leur intention.

 

Le vingtième siècle nous a donné une pléthore de penseurs dont, malheureusement plusieurs ont basculé dans les derniers patelins de l’athéisme comme l’athéologie qui est une sorte d’avatar de l’antimétaphysique que nous évoquons. Athéologie, antimétaphysique inavouée qui fait le singe en la conscience  frappée d’insensibilité intuitive, reléguée dans un non monde d’autodénégation, où elle est rendue artificiellement esclave du sensoriel, incapable de sentir l’intangible, inapte à « intuitionner » le non rationnellement connu ou connaissable... 

 

L’antimétaphysique aura donc entraîné dans son sinistre sillage des objecteurs du langage qui lui font le procès d’être sans référent connu, sans contenu signifié réel dans le monde et les athéologiens du type heideggérien, qui font de l’ontologie un tissu de prétentions contre la métaphysique, ceux-ci, à l’inverse de ceux-là, font beaucoup de métaphysique pour, au bout de leur désespoir, signifier sans le dire l’impossibilité de la métaphysique. Quiconque refuse l’homme comme hypostase spirituelle, est un assassin de la métaphysique, adopte la posture de l’antimétaphysique pour autant qu’à la différence de l’ontologie qui est strictement une discursivité, la métaphysique, elle, constitue une dimension de l’homme - être matériel (physique) et métaphysique puisque tout aussi immatériel étant hypostase spirituelle  -  avant d’être discours des rapports de cette hypostase spirituelle avec le monde, rapport nécessairement au-delà du matériel, au delà du physique. 

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept
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