Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Par Camille Loty Malebranche

 

Le terrorisme est essentiellement le crime idéologique perpétré contre l’ennemi systémique que cet ennemi décrié soit laïc ou religieux. Le terrorisme se distingue des autres crimes de logique non seulement par la motivation idéologique mais aussi par son aveuglement qui refuse de discerner les coupables des innocents de la catégorie ethnique, nationale, sexuelle accusée. Le terrorisme étend la culpabilité de classe ou d’individu à toute la nation, la société, l’ethnie qu’il s’avise de frapper de mort en quel que soit son ressortissant, pris pour symbole du fait de son identité de référence. Le terrorisme est un mal mental multifactoriel immanent à un système social ou à un ordre du monde, et qui frappe, atteint les individus et groupes dont la sensibilité de haine extrémiste s’y prête. De fait, la haine extrémiste, quand elle devient sensibilité, est l’antichambre du terrorisme. Le terrorisme est le terrifiant passage à l’acte du haineux extrémiste.

 

Il est un vrai problème sémantico-conceptuel quand on doit qualifier la nature de certaines tueries contemporaines hautement médiatisées. La chose m’est venue à l’entendement quand je constate le réflexe journalistique dévoquer comme terroriste islamiste, la crapuleuse et loufoque attaque de Michael Zehaf-Bibeau au parlement canadien. Le terrorisme doit-il être réduit, comme médiatiquement, aux seuls actes "islamistes" posés à la fois comme symboliques et antisystémiques (contre une civilisation telle l’occidentale ou un mode étatique laïc comme au Nigeria)!?

 

Marc Lépine, Anders Behring Breivik, Timothy McVeigh sont pourtant des terroristes occidentaux. Toujours est-il que tuer par raison idéologique sans attaquer le fondement du système qu’on prétend renverser, tuer pour faire peur et assouvir sa rage colérique en se vengeant sans discerner les coupables et les innocents, est démentiel et même renforce ce qu’on voudrait combattre. Même en politique étatique, poursuivre, stigmatiser, ostraciser, punir systématiquement un groupe, lui confère la sympathie du persécuté et tôt ou tard, le triomphe moral sur le persécuteur bourreau. Quant au terrorisme, il est toujours une chute dans la déchéance cruelle contre des cibles le plus souvent innocentes qui payent pour avoir été désignées par la conscience déformée des faits chez le fou furieux qu’est le terroriste. Le terrorisme est démence, donc tout terroriste est un fou furieux et tout fou furieux est un terroriste qui couve.

 

L’occident, vu son action impérialiste, prédatrice belliciste et financiariste pratique depuis des siècles le terrorisme d’État voire de civilisation… Malgré lui, l’occident est directement doublement complice du terrorisme djihadiste:

1) par ses interventions porteuses de chaos en Afghanistan, Irak, Libye qui donne aux extrémistes libérés des forces locales qui les contenaient, le pouvoir d’agir en même temps que l’argumentation contre un occident agresseur à frapper.

 

2) l’occident nourrit directement ses futurs ennemis par ses pactes occasionnels inconsidérés avec des extrémistes pour renverser ponctuellement des gouvernements non alliés des puissances occidentales, donc abhorrés comme c’est le cas en Syrie.    

 

La condamnation morale à l’unisson du terrorisme est une preuve sans équivoque que tout acte terroriste est en soi un autodésaveu par manque de vision et par inaptitude à élaborer un combat politique ou une vraie guérilla avec stratégie de lutte respectant la vie des innocents.

 

Quand il y a vraiment une cause, la terreur gratuite toujours criminelle et inhumaine doit s’estomper pour l’arme de la dialectique intelligente qui n’use de violence que défensive et contre-offensive sachant attaquer par la force des idées et la justesse des interventions politiques dans la cité. 

 

En ce qui a trait à la forme de terrorisme actuel dit de « loups solitaires », il faut le combattre en réinventant les repères individuels de l’intégration sociale, intégration institutionnelle des individus issus parmi les catégories les plus vulnérables au chantage extrémiste et à la manipulation grégaire.

 

Pour le reste, les groupes terroristes comme l’État islamique, ce sont des monstres, soit, mais des monstres résistants à l’incursion de l’occident dans leur pays, leur région et qui livrent réponse de cruauté à la cruauté de l’occident envahisseur néocolonialiste. Là, la solution reste facile: l’occident doit cesser en premier la violence et la mentalité d’envahisseur. C’est seulement à ce prix qu’il aura la paix!

 

Avoir des relations dignes avec tous les pays et ne pas s’essentialiser comme maître qui écrase, privera une fois pour toutes les monstres décapiteurs de leur prétexte de justicier qui, hélas, malgré la barbarie des exécutions d’individus, a quand même un sens, quand on sait la pulvérisation de l’Irak, les millions de morts, de réfugiés, d’enfants estropiés, l’utilisation de l’uranium appauvri par Bush et les criminels de son entourage qui l’y poussaient…

 

Le terroriste ainsi désigné ou non, est toujours à tort ou à raison un antisystémique violent, meurtrier qui fait exhibition de crimes pour frapper l’émotion, capter l’attention, consterner pour effrayer et déstabiliser l’ennemi. Là encore une fois, Bush et ses bombes, n’est pas moins vil ni mieux loti que Lépine et ses balles mortelles. Et, dans la mêlée, faut-il constater que si le terroriste est toujours antisystémique, il est aussi très souvent, un forcené essentialiste, un enragé identitaire. Nous disons essence et identité car l’identité est, au niveau idéologique, assumation de l’essence ethnique, sociale, nationale, religieuse, sexualiste (tenant des options sexuelles), sexuelle (c'est-à-dire renvoyant au genre)… Le terroriste est en tout cas un antisystémique, un essentialiste atrabilaire et sanguin ou un fin calculateur exterminateur. Lépine, Breivick, Cheney sont des étalons soit irascibles, soit calculateur de l’essentialisme en guerre, essence respectivement sexuelle, ethno-nationale, civilisationnel. Froids ou délirants au moment du forfait, un terroriste demeure un possédé de l’extrémisme haineux qui n’arrive pas à envisager un vrai mode de combat. Et pourquoi, par delà l’horreur du crime et la terreur provoquée, le terrorisme échoue fatalement par vacuité de rationalité méthodique, à changer pour le bien souhaité, l’ordre établi du mal qu’il pourfend…

 

Le terrorisme arbore souvent le profil insidieux d’une forme de manichéisme qui empêche le combat avec de vraies armes efficaces parce qu’inscrites dans les contradictions des méfaits du système à abattre.      

 

Que vienne le temps de la dialectique forte des idées et de l’action politique fût-elle, si nécessaire, de guérilla propre loin des glissements injustifiables dans le terrorisme qui avilit, discrédite les causes au nom desquelles on terrorise.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

Tag(s) : #Monde du Concept
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :