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Tatiana Filiatcheva

Pourquoi la Russie n’intervient pas en Ukraine ?

 

N’en déplaise à certains marchands d’intox, la Russie n’a jamais introduit ses troupes en Ukraine de l’Est et ne le fera jamais au grand jamais.

L’argument clé avancé par ces gens-là est d’un classicisme sentant le moisi : le Kremlin veut restaurer les frontières de son ex-Empire en y incluant aussi bien la Pologne que les Pays Baltes. Ce diagnostic, en plus d’être périmé, montre bien que ceux qui sont derrière prennent leurs rêves pour la réalité. Si demain, pris d’un accès de délire bonapartiste, Poutine envisageait la reconquête d’un certain nombre de pays déjà acquis à l’OTAN, les principaux profiteurs seraient, sans surprise, les USA.

Question pour un champion : qui sont les auteurs du diagnostic ? Et bien, ce sont les mêmes qui essayaient d’attraper des militaires russes (entendons de l’armée régulière russe !) dans le Donbass en criant à l’ingérence. Mais comme ils n’ont pas eu la chance d’en attraper ne serait-ce qu’un seul, il a bien fallu tenter le coup en balançant des obus par-delà la frontière russe. Là encore, pas de réaction. Rien. Même au bout de trois tentatives.

Les vagues de sanctions se succèdent alors, les abominations commises dans le Sud-Est secouent jusqu’aux plus endurcis, l’élite russe, suivie du peuple dans son ensemble, se divise en deux camps : les pro-interventions et leurs opposants. Une lecture tronquée des notes d’Igor Strelkov, commandant des forces d’autodéfense en Ukraine, laisse penser que Poutine a trahi les promesses qu’il avait faites aux peuples de Donetsk et de Lougansk et que, par conséquent, ces dernières maudissaient Moscou au même titre que Kiev. Les démentis ne sont d’aucun secours. Accumulant les rumeurs alarmistes, une poignée d’internautes anxieux évoquent l’irréversibilité d’une guerre pour la Crimée, probablement en automne.

Que diable ! La Russie ne bouge pas d’un pouce. Et elle ne bougera pas. Pourquoi ? Raisonnons a contrario.

- Primo, l’introduction des troupes russes sur le territoire ukrainien conduira forcément à la fin du système multipolaire qui est en passe de se former. Le monde reviendra sous la houlette des USA considérant que l’agresseur, c’est la Russie. Cette dernière perdra toute crédibilité en sa qualité de pacificatrice et l’Amérique retrouvera l’image de marque qui était la sienne pendant la Guerre Froide.

- Secundo, une fois que les troupes russes auront franchi la frontière, la Russie deviendra l’objet d’une infinité d’attentats de plus ou moins grande envergure. Des saboteurs gavés de haine se mêleront fort habilement aux flux de réfugiés, si bien qu’il sera extrêmement difficile, voire impossible de les repérer. Certains agiront en solitaire, d’autres, notamment s’il s’agit de mercenaires rompus à la tâche, par exemple, en Irak ou en Syrie, par petites groupes.

- Tertio, toute intervention russe fera office de prétexte à l’introduction de la Force de maintien de la paix de l’OTAN qui a débuté son existence à l’époque du conflit kosovar et qui était connue sous l’abréviation « KFOR ». Tous les pays membres de l’OTAN, France y compris, participeront, sauf évidemment les USA qui se positionneront en observateurs et surtout en donneurs de leçons. L’Europe en sortira exsangue et la Russie sensiblement saignée, cela pour la plus grande satisfaction de Washington. Si même l’OTAN se dispense d’intervenir directement, le FMI trouvera bien quelques petits verts de trop pour payer 100-200.000 mercenaires qui ont déjà un sacré vécu moyen-oriental derrière le dos.

- Enfin, les provocations contre la Russie sur le territoire russe, c’est une chose. Imaginons qu’une centrale électrique vienne à exploser dans la région de Lougansk et que la responsabilité en soit imputée à la Russie. Le nombre de victimes sera alors inestimable.

 

La solution ? Elle n’est naturellement pas donnée. Pour l’heure, seule une guerre d’usure menée jusqu’à la saison froide pourrait porter ses fruits. Kiev n’arrivera pas à combler les attentes du FMI, comme convenu, d’ici septembre. Le budget de l’Etat sera au plus bas, Porochenko perdra ses soutiens, les rivalités Praviy Sector-Svoboda-oligarques se renforceront à tel point que l’anarchie prendra progressivement le dessus. Ces pronostics, même s’ils ne sont encore que très approximatifs, se préciseront vers la fin de l’année en cours.

 

Les opinions exprimées dans ce contenu n'engagent que la responsabilité de l'auteur.
 

Tag(s) : #Dossiers spéciaux, #articles et vidéos
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