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Par Camille Loty Malebranche

 

La démocratie connaît deux grands butoirs eux-mêmes antagoniques que sont la dictature et le chaos qui la dénaturent jusquà leffacement pour aliéner le destin des peuples.

 

Quand on se rappelle le chahut populaire antidictatorial de l’emblématique place Tahrir autant contre Moubarak que contre Morsi, il est difficile de croire à l’odeur de sainteté démocratique d’Al Sissi, le nouvel élu issu de cette armée à laquelle appartenait Moubarak. Un pays où les militaires ont toujours imposé leurs lois comme une timarchie de droit divin depuis Sadate, et qui s’est, par la suite, retrouvé dans le rétiaire du pouvoir religieux avec toutes les craintes de dérive islamiste de l’occident sans oublier les tentations théocratiques de la religion dès qu’elle s’empare d’un État, force est de remarquer que les options offertes au peuple égyptien, tiennent comme du cercle vicieux de l’arbitraire militaire ou religieux. Sachant que tout pouvoir qui tend à l’absolu est quelque part sacralisé par ses tenants, les promesses de démocratisation de l’État du maréchal démissionnaire Abdel Fattah al-Sissi élu président après trois jours d’un scrutin marqué par l’abstention, comme pour forcer la main à l’électorat si peu nombreux à se présenter aux urnes, nous laisse devant le triste tableau d’une société qui tente de calquer la démocratie formelle occidentale et peine à se construire son propre système pour être fonctionnel.

 

Il ny a pas de pouvoir populaire ni démocratique sans un profond ancrage cognitif et pratique dans l’anthropologie politique et globale du peuple pour appréhender sa perception sociale, sa conception du vivre ensemble, son rapport au pouvoir. Tout système importé ou hybride sera toujours voué au dysfonctionnement, à la dépendance extérieure tout en oscillant entre les deux antonymes classiques de toute démocratie que sont la dictature et le chaos. Pour évoquer l’anthropologie politique susdite, il faut juste se poser la question de la persécution des frères musulmans, l’adhésion des masses rurales et urbaines pauvres, peu scolarisées et sans éducation à cette aile de l’idéologie que d’ailleurs, la « démocratie » militariste d’un Al Sissi ne dépasse en rien dans l’effectivité du faire politique et social ? Car si les couches éduquées à l’occidental et les expatriés occidentalisés espèrent un pouvoir « démocratique », le peuple pauvre dont les musulmans sont proches, sera-t-il nécessairement plus heureux sans cette proximité politique noyée dans le sang et l’exclusion des frères musulmans frappés d’ostracisme par l’armée!  

 

Quant à l’Égypte, majestueuse et fascinante aux ombres des pyramides avec toute la beauté mythique de son Nil, nous la contemplons en espérant que la sagesse des hommes saura, en dehors de toute déification humaine d’un quelconque pharaon contemporain anachronique, permettre à son peuple de trouver sans mythologie démocratique ni affabulation théocratique, la voie d’un véritable mieux-être collectif et national.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE  

Tag(s) : #Monde du Concept, #Actualité
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