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Par Michel-Ange MOMPLAISIR

" GUERRE EST TOUJOURS

UNE DÉFAITE POUR L’HUMANITÉ. "

 

(Jean-Paul II)

 

En mai 2006, la Gendarmerie Royale du Canada démantela une cellule d’activistes musulmans, prête à passer aux actes. Effrayée, la population prit vite conscience de l’imminence du danger de la violence sur le territoire du pays.

 

On ne cesse de répéter que l’Islam est pacifique. Comme tant d’autres, je veux bien y croire. N’empêche qu’une gêne persiste. Loin d’une obsession morbide, elle repose sur des faits historiques oubliés. Que révèlent ces derniers ? La naissance dans le tumulte des armes de la doctrine fondamentale de cette religion.

 

Entre 624 et 630, les combats menés par Mahomet contre les Mecquois ne relevaient ni du mythe ni de la légende. Dix ans après la mort du prophète, le 8 juin 632, au nom de la Djihad, la Guerre Sainte, principe fondateur du Coran, la Palestine, la Syrie, l’Iran, l’Égypte et la Libye furent enlevées aux Byzantins et aux Perses. Voici maintenant l’Afrique du Nord submergée par les Maures encore appelés Sarrasins. Pénétrant en Europe par Gibraltar, ils soumirent l’Espagne, écrasèrent les Wisigoths, pillèrent Nîmes, Autun et Bordeaux. Ce ne fut qu’en 732 que les troupes supérieurement armées de Charles Martel à la tête des Francs les taillèrent en pièces à Poitiers. En 751, les musulmans marchèrent simultanément sur la Chine et le Mozambique.

 

Le livre sacré de l’Islam, le Coran, contient la pensée de Mahomet. La Sunna, la tradition, le complète. La Sunna est constituée par la Sira, biographie de Mahomet au VIIe siècle, et le Hadith, les dits du Prophète. Coran et Sunna définissent la loi, la Shari’a du croyant musulman. « L’Islam est la religion d’un Livre, le Coran, et aussi d’une tradition, la Sunna. »[1]

 

Le dogme de la Djihad, la Guerre Sainte, est clair dans le Coran. En 9, 29, on lit : «Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni en le Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et son messager ont interdit et qui ne reconnaissent pas la religion de la vérité, jusqu’à qu’ils paient la taxe de capitation en personne, après s’être humiliés. » Taxe imposée aux incroyants que la Djihad. Notons qu’Averroès, supra cité, souligna l’opposition entre le Mu’tazilisme et l’Asch’arisme, deux courants théologiques de l’islam.

 

Triomphe de l’agressivité, voici la proclamation de la Sourate II, 186-187 : « Tuez-les partout où vous les trouverez, et chassez les d’où ils vous auront chassés. La tentation à l’idolâtrie est pire que le carnage à la guerre. Ne leur livrez point de combat auprès de l’oratoire sacré, à moins qu’ils ne vous y attaquent. S’ils le font, tuez-les. Telle est la récompense des fidèles. »

 

La Sunna et la Shari’a appliquent scrupuleusement cette loi de la Sourate.

 

Les exemples suivants illustrent le concept de la Guerre Sainte, la Djihad.

 

On sait qu’après son exil, l’Hégire, de la Mecque, en 622, les Juifs de Médine avait soutenu Mahomet. Mais en 627, ce dernier fit exterminer six-cents de leurs hommes appartenant à la communauté des Banu Qurayza. Prétexte, l’irréductibilité de ces Juifs à la conversion. Femmes et enfants furent mis en esclavage.

 

L’une des dernières guerres saintes officielles fut celle officiellement prêchée en 1914 par le sultan de la Turquie contre les Alliés.

 

Quoi qu’il en soit, je respecte profondément la culture de l’Islam.

 

J’aime beaucoup la littérature d’Omar Khayyâm. Je me suis laissé séduire par ses vers. Voici un merveilleux lever de soleil. Oyez : L’aube montra une joue rougissante qui baignait dans la rosée éparpillée comme dans la sueur. Poète, philosophe néoplatonicien, mathématicien, Omar fut le premier spécialiste du calcul de la probabilité. Il en est le Père lointain. On l’a oublié. Très attaché à la Dive bouteille il ne cessait de répéter : « Amis, buvons jusqu’à l’aurore, nous avons l’éternité pour dormir ! »

 

Toujours à la même époque, soulignons que la passion d’Ibn Zeydoun pour la princesse Wallâda rappelle celle de Roméo et de Juliette chez Shakespeare. Qui mesure le temps, ô ma dame, toi, les astres ou Dieu ? Qui ne connaît en Occident les contes persans des Mille et une nuits ?

 

N’oublions pas que la médecine de l’Islam avait atteint un niveau supérieur à celui de l’Occident.

 

 

 

 

Nous devons la première description clinique de la méningite à Ibn Sina, en français Avicenne (980-1037). Son autorité fut reconnue dans toutes les facultés de médecine jusqu’au XVIIe siècle.

 

En outre, bien avant Wilder Penfield et Théodore Rasmussen, Avicenne fut le père de la neurophysiologie par sa doctrine des localisations cérébrales. « Plus savant que philosophe ou théologien », dit de lui Paul Foulquié (Le problème de la connaissance, Éditions de l’École, 1962, p. 61), saint Albert le Grand, le Docteur Universel/Universalis Doctor, jugea bon de propager cette neurophysiologie. Le grand médecin arabe fut aussi un avant-gardiste de la neuropsychologie, puisque pour lui chaque faculté de l’âme a une localisation cérébrale correspondante.

 

En 1027 ce Maître fit aussi paraître le « Livre de la guérison » ou Kitab al-shifâ, 5 000 pages. Son Poème sur la médecine, l’Urjûza fi t-tibb, au fond un manuel de pathologie, était incontournable jusqu’à la découverte en 1628 de la grande circulation sanguine par l’Anglais William Harvey.[2]

 

Sa métaphysique, l’Ilâhyyat, en constitue la dernière partie. Cette métaphysique représente l’un des plus imposants commentaires d’Aristote, dépassant ceux de ses prédécesseurs, Al Kindi (800-866) et Al-Farabi (872-950). Avicenne fut vraiment le coryphée du monde de son temps. Il a fallu toute la puissance intellectuelle d’un saint Thomas d’Aquin, le Docteur à l’intelligence d’ange/Angelicus Doctor, pour ébranler dans la Somme contre les Gentils, la thèse avicennienne de la hiérarchie des essences spirituelles et des planètes qui leur correspondent. En passant, mentionnons face à Ibn Sina le grand Abû Al-Qâsim ou Albucasis (936-1013), un prince de la chirurgie, inventeur de forceps, de plus, spécialiste en odontologie. Il était connu autant en Orient qu’en Occident.

 

Comment oublier avant Al-Quâsim, le célèbre Al-Râzi (865-925)? Un éminent chercheur, le premier qui utilisa les narcotiques comme agents anesthésiques. Il a aussi écrit un livre sur la varicelle et la peste. Ses travaux de recherche portaient également sur la chimie et la minéralogie. Al-Râzi est un incroyant très anti-religieux, un athée.

 

Quant à Ibn Zuhr (1092-1161), encore appelé Abenzoar, il est le Père de la trachéotomie. La première description de l’endocardite est de lui.

 

Combien sont-ils ceux qui savent que l’éminent Qustâ Ibn Lûqâ (830-912) fut le premier des neurobiologistes ? Quelle avancée remarquable pour l’époque ! Développée dans son Traité sur la différence de l’âme et de l’esprit/De differentia animae et spiritus, cette neurobiologie évoquait l’activité du vermis cérébelleux, une valve, croyait Qustâ, entre les deux hémisphères de cet organe de la fosse postérieure du crâne.

 

Selon Qustâ Ibn Lûqâ, le vermis cérébelleux était tenu responsable de la plus ou moindre diffusion du pneûma, le souffle vital, dans le sang. La diffusion sanguine du pneûma se traduisait par un effet hypo ou franchement anesthésique.

 

Penseur de l’Islam, Al-Ghazali (1058-1111) est présenté comme le premier qui combattit la thèse si chère aux Anciens Grecs de l’éternité de l’Univers. Chez certains penseurs de notre époque cette thèse demeure encore privilégiée. Figure lointaine de Bergson, Al-Ghazali soutenait que l’intuition dépasse en certitude autant la perception sensible que la raison.

 

L’aristotélisme révolutionnaire d’Ibn Ruchd, Averroès de Cordoue (1126-1198), continue de m’interpeller. Sa thèse de l’unité de l’intellect actif immortel a été soutenue à l’Université de Paris par le chanoine de Liège, Siger de Brabant (1235-1277). Averroès est aussi un grand médecin chercheur. Dans son Colliget, son Livre des généralités sur la médecine, il souligne que la chair de vipère, l’ingrédient le plus important de sa Thériaque, du grec thèrion (θηριον), un chapitre sur la toxicologie, représente un antidote puissant des intoxications. En outre, le venin de ce reptile, croyait-il, avait des vertus thérapeutiques. Le médecin philosophe juif Moïse Maimonide (1135/1138-1204) confirma cette découverte. Aujourd’hui, du venin de certains ophidiens on a pu extraire une forme d’héparine, une héparine-like, un anticoagulant très utilisé en médecine.

 

Si l’art permet de s’évader du soleil noir des temps actuels, d’échapper au mensonge social, particulièrement cuisant dans un pays comme le mien, Haïti, celui de l’Islam ne manque pas de me captiver.

 

 

Je pense à l’arc persan, aux arabesques, à l’Alcazar de Séville, à l’Alhambra de Grenade. Je pense aussi à Theodor Adorno, le Maître de Francfort : « L’art est la magie délivrée du mensonge d’être vrai. »

 

La musique islamique a beaucoup de saveur. Avec raison, les Iraniens appellent le ciel le garô demânâ, la « maison des chants ». N’est-ce pas Ziryad (789-857), un esclave noir libéré, virtuose du luth à Bagdad, qui ajouta une cinquième corde à cet instrument ?

 

Enfin, je tiens en grand honneur les awliyâ, ces saints de l’Islam, les martyrs, comme le mystique soufiste al-Hallâj, torturé à Bagdad en 922. Les hagiographes chrétiens le rapprochent de sainte Thérèse d’Avila du christianisme.

 

Avouons maintenant que si Mahomet fut un belliciste. De son côté la feuille de route du judéo-christianisme se révèle loin d’être vierge.

 

Le prophète Élie, IXe s. av. JC, l’un des pères de la religion hébraïque ne s’embarrassa pas pour faire massacrer 450 prophètes du Baal. « Saisissez les prophètes du Baal ! Que pas un ne s’échappe ! Et on les saisit. Élie les fit descendre dans le ravin de Qishôn où il les égorgea » (1 Rois 18, 40).

 

Comment ne pas mentionner les deux siècles, 1096 à 1270, des huit croisades de libération de Jérusalem. En 1095, le pape Urbain II lança le cri de guerre :

 

« À tous ceux qui partiront et qui mourront en route ou qui perdront la vie en combattant les païens, la rémission de leurs péchés sera accordée…Qu’ils aillent donc au combat contre les infidèles – un combat qui vaut d’être engagé et qui jusqu’ici mérite de s’achever en victoire -, ceux-là qui jusqu’ici s’adonnaient à des guerres privées et abusives, au grand dam des fidèles ! Qu’ils soient désormais les chevaliers du Christ, ceux-là qui n’étaient que des brigands ! »

 

Difficile d’oublier la triste aventure de Pierre l’Ermite, première croisade, 1096-1099, ainsi que le désastre de la cinquième (1212), dénommée la croisade des enfants. Au nombre de 50 000, ils furent vendus en majorité comme esclaves. Le reste périt sur les routes.

 

Le pape Jules II (1503-1513) fut un belliqueux. Dès 1506, il fit appel aux soldats helvétiques pour participer aux Guerres d’Italie.

 

La bataille de Ravenne, le 15 avril 1511, entre sa Sainte Ligue et les Français, fit 10 000 morts. Le massacre des huguenots, la Saint-Barthélemy, le 24 août 1572, 30 000 à travers la France, ne fait pas honneur au catholicisme. Les maladresses du cardinal Eugène Pacelli, devenu le pape Pie XII, ne se comptent plus. Par exemple : en 1933, l’initiative d’un concordat mal venu entre le Vatican et l’Allemagne d’Hitler. Le 16 avril 1939 : « L’Espagne franquiste est la patrie élue de Dieu ! » Le Pape ne s’est guère gêné pour bénir les armes italiennes contre l’Éthiopie. D’où l’avertissement sévère du Général Nemours, un patriote haïtien, ambassadeur aux USA, à Mussolini : « Craignez qu’un jour vous soyez l’Éthiopie de quelqu’un d’autre. »

 

En outre, la christianisation des peuples coïncidait souvent avec l’occupation militaire. Qu’on ne me fasse pas croire que la Una Sancta y allait de main morte dans les pays conquis par les armées chrétiennes. Lors de l’invasion de l’Amérique par Cortès, un Amérindien, avant son exécution, envoya se promener un prêtre espagnol qui lui expliquait qu’il n’y avait que des Espagnols au ciel. Ce brave Amérindien avait refusé la sainte communion chrétienne.

 

Après le débarquement de Christophe Colomb en Haïti, le 5 décembre 1492, les Indiens de l’île furent littéralement décimés par les soldats espagnols d’Isabelle la grande Catholique. Le prêtre Barthélemy de las Casas conseilla alors de remplacer les autochtones par des Noirs d’Afrique. On connaît le reste.

 

Lors de la campagne de 1941 contre le vodou en Haïti, ceux qui hésitaient à répéter la fameuse formule, « Je rejette avec mépris ce culte du démon », étaient copieusement tabassés par la police nationale au service de la Una Sancta !

 

Martin Luther ne se révèle guère plus tendre. Par son pamphlet « Contre les hordes criminelles et pillardes des paysans », il a contribué à la répression sanglante de la révolte des paysans allemands en 1525, révolte pourtant appuyée au début. Dans son sermon du 25 août 1538, Luther déclara: « Vous ne devez pas avoir de pitié pour les sorcières, quant à moi je les brûlerais. »

 

 

 

En 1553, Jean Calvin n’hésita pas à envoyer au bûcher Michel Servet, le découvreur de la petite circulation sanguine ou circulation pulmonaire. Il avait osé contredire la théologie du réformateur genevois (Voir Note de bas de page No 2). De plus, il Servet s’en était pris à la physiologie vasculaire d’Aristote ! Il faut l’avouer, plus tardivement, les chrétiens calvinistes condamnèrent ouvertement cette mise à mort.

 

Les religions traditionnelles n’échappent pas non plus au paradigme de la violence. Par exemple, dans le vodou, tant au Bénin qu’en Haïti, on réduit un adversaire en le faisant poursuivre par les esprits des morts, par des maléfices appelés wanga, par l’utilisation de lampes magiques ou de poudre préparée par un sorcier. Les sacrifices d’animaux, dont j’ai horreur, se pratiquent encore. Alfred Métraux écrit : « En Haïti la susceptibilité est à fleur de peau chez les lwa (loas) comme chez les gens. Un rien les offense. La colère des loas va de leur indifférence au sort de leurs fidèles, jusqu’à la mort dont ils peuvent être frappés, en passant par la dévène ou malchance, c’est-à-dire les échecs dans les affaires, et les maladies bizarres, telles que le cancer ou la folie. »[3]

 

La violence existe dans toutes les religions. C’est pourquoi Diderot prêchait au Siècle des Lumières l’infidélité à l’Église, à toutes les Églises, le point alpha de toute philosophie selon lui.

 

Toutefois, il faut le reconnaître, du côté du Christianisme, l’Église Catholique a eu le courage de reconnaître ses grossières bévues. Le pape Jean XXIII et surtout Jean-Paul II ont demandé publiquement pardon, en plus d’une occasion, pour les immenses torts causés à l’humanité par la Una Sancta. Les chrétiens calvinistes n’ont pas manqué eux aussi de condamner ouvertement les mises à mort de leur réformateur.

 

Je suis de ceux qui pensent que toute faute avouée mérite le pardon.

 

Côté lourdement négatif des religions, sans doute, mais il importe de signaler une différence fondamentale à l’origine du Judéo-christianisme et l’Islam.

 

Dans l’Ancien Testament de la Bible, texte important du Judaïsme, on lit : «Yahvé est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour…» (Psaume 103, 8). Pour Moïse Maimonide (1135-1204), le Dieu de la Torah est justice et charité. Dans Le Guide des perplexes (3e partie, chap. XI), le penseur juif déclare que « la connaissance de la vérité fait cesser l’inimitié et la haine, et empêche que les hommes se fassent du mal les uns aux autres, comme l’a annoncé le prophète (Isaïe, XI, 6-8) en disant : Le loup demeurera avec l’agneau et le léopard se couchera avec la chèvre, la vache et l’ours iront paître ensemble. »

 

Dans le Nouveau Testament de la Bible, sur lequel s’appuie fortement le christianisme, jamais on ne trouve un texte du Jésus des Évangiles poussant à une intervention armée.

 

Pourtant, Jésus ne fut ni un amorphe, ni un apathique. « Se faisant un fouet de cordes, il les (les vendeurs) chassa du Temple, et les brebis et les bœufs; il répandit la monnaie des changeurs et renversa leurs tables…» (Jean 2, 15). Il a prêché l’amour, le pardon, la tolérance, la paix. En aucune façon il ne saurait être responsable des campagnes de violence tristement célèbres dans les annales du christianisme.

 

Léon Tolstoï, dans une lettre adressée le 7 septembre 1910 à Gandhi, déclare que de ceux qui ont proclamé la loi de l’amour, « c’est le Christ qui l’a exprimé avec le plus de clarté. »

 

D’où l’engagement du Mahātmā (la Grande Âme), le principal artisan de l’indépendance de l’Inde. Il a certainement réappris à l’Occident le sens des Béatitudes, qu’il appelait « la clé du matin et le verrou du soir. » Bhagavan Sri Sathya Sai Baba suivra cette voie en Inde, et Martin Luther King aux USA.

 

Pour les théologiens de l’Islam, religion, état, empire, loi, marchent de pair, des synonymes à toute fin pratique.

 

Il fut donc normal que Mahomet, porte-parole de Dieu, « le Sceau de la prophétie » ait réuni les frères arabes, avant lui divisés, autour de la loi d’Allah qu’il leur a transmise. Normal qu’il ait visé à édifier un état, un empire. Normal qu ‘il ait mené une guerre de soumission de la péninsule arabique.

 

Que la Djihad, comme certains le soutiennent, soit une lutte intérieure contre les passions de l’âme, un effort dans le chemin de Dieu, Allah, et promotion de l’homme, voilà qui me paraît fort appréciable. À ce titre, elle ne devrait jamais tourner en intervention armée contre les païens, les polythéistes et les idolâtres.

 

Dans le cas de Jésus, que les musulmans considèrent comme un prophète, il n’a constitué aucun état. Il ne visait à aucun empire : « Mon royaume n’est pas de ce monde… » Aussi, beaucoup de ses disciples l’ont-ils abandonné. D’ailleurs, selon les islamistes, « Jésus n’a été envoyé qu’aux Enfants d’Israël. Seul Mahomet a reçu une mission universelle apportant des directives valables jusqu’à la fin des temps ! »[4]

 

Un échec complet que Jésus. En témoigne sa honteuse mort sur une croix. Pis est, en rendant à César ce qui est à César, Jésus rendit difficile la vie de son Église avec l’État, difficile la vie avec la société, l’argent et les abominations sexuelles, comme la pédophilie. Jésus ne saurait donc constituer un modèle pour le monde musulman.

 

Un bémol doit être apporté dans le cas des spiritualités orientales. Beaucoup ne les considèrent pas comme des religions. Fondamentalement elles se présentent comme des mysticismes naturalistes doublés d’une éthique existentielle. Aussi, n’ont-elles pas manqué d’attirer un Arthur Schopenhauer, dont la pensée se veut un mélange d’orientalisme et l’occidentalisme.

 

Notons que Krishma, divinité hindouiste, prêche l’amour et non la guerre :

 

« Oh », s ‘écrie-t-il, « demeure un instant loin des turbulences et des luttes mondaines. J’embellirai et aviverai ta vie d’amour et de joie, car la lumière de l’âme est amour. Où se trouve l’amour il y a contentement et paix, et où se trouvent contentement et paix Je suis, en leur sein. »

Voici les propos de Bouddha :

« La conquête engendre la haine, le vaincu demeure dans la misère. Celui qui se tient paisible, ayant abandonné toute idée de victoire ou de défaite se maintient heureux » (Sermon de Bénares, 2,5)

Confucius (551-479 av. JC) résume son humanisme dans ses Entretiens : «Ce que je n'aimerais pas que les autres me fassent, pour rien au monde je ne voudrais le faire aux autres » (Livre V, 11). .

Attribué à Lao-Tseu vers 600/500 av. JC, le taoïsme s’est développé à partir de l’École de Laozi, de Zhuangzi et de Liezi vers 206 av. JC. Il se présente comme une attitude devant la vie, une éthique, un système du monde. Son idéal est de savoir résoudre ses problèmes par des moyens pacifiques.

 

Alors, que faut-il penser des religions ?

 

Je réponds par ce mot d’Albert Camus dans ses Carnets I : « On ne doit pas juger une doctrine sur ses sous produits, mais sur ses sommets » Ces sommets, on les rencontre autant dans le Judaïsme et le Christianisme que dans l’Islam; bref, bref, dans toutes les religions, y compris les initiatiques traditionnelles. Saint François d’Assise priait pour les adeptes de toutes les religions de son époque.

 

Je crois aussi avec Alain « qu’aucune religion n’est fausse. »[5] Tous les amants de la paix, croyants ou non croyants, devraient faire leur cette devise du Pape Jean-Paul II : « La guerre est toujours une défaite pour l’humanité. »

 

Car « l’Occident et l’Orient ont besoin l’un de l’autre pour obtenir leur plénitude et trouver l’harmonie. »[6]

 

Peuvent-ils y parvenir ?

 

La pragmatique universelle de Jürgen Habermas mérite d’être proposée : « Le dialogue exempt de domination de tous avec tous. » Par « l’agir communicationnel on transformera le monde vécu. » Tout comme celle du philosophe et théologie d’origine juive, Martin Buber, résumée dans son livre Le Je et le Tu. En d’autres termes, autrui ne saurait être réifié, qu’il soit Juif, Chrétien, Islamiste, Bouddhiste, Hindouiste, Vodouiste ou autre.

 

Pour terminer, je fais mien ce mot du phénoménologue Maurice Merleau-Ponty dans Le Visible et l’invisible : « Autrui est la chair de ma chair. » Je vous souhaite d’en faire autant. Même si cela ne s’avère pas toujours facile !

 

[1].- Paul Pouppard, Dictionnaire des religions, PUF, 1984.

[2].- La petite circulation pulmonaire a été décrite par l’Arabe Ibn al-Nafis (1210-1288). Son oeuvre passa inaperçue. Realdo Columbo (1516-1559) émit l’idée d’une circulation pulmonaire. Les études de Michel Servet (1511-1553) l’officialisèrent. Servet fut brûlé vif par Calvin. Il avait contredit le corpus médical gréco-arabe. Plus grave, il avait osé affirmer que « la Sainte Trinité est un chien des Enfers à trois têtes. »

[3].- Alfred Métraux : Le vaudou haïtien, page 85.

 

 

[4]. Paul Pouppard, Dic. Des religions, PUF, 1984, p. 1615.

[5].- Les dieux, Gallimard, Paris, 1958, page 266.

[6].- Jean Guitton, Le livre de la sagesse et des vertus retrouvées, Éditions France-Loisirs, 1998, p. 159.

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