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Par Camille Loty Malebranche

Pour celui qui suit le Canada actuel, depuis au moins la primature de Paul Martin, l’on peut, sans risque de se tromper, y voir la refonte de la politique internationale de la confédération visant à se constituer ce que nous appellerons, une tête polaire dans un regroupement transrégional encore plus ou moins informel, allant d’Haïti à l’Afghanistan en passant par des pays aussi différents que les Philippines et la Thaïlande, ce, tout en consolidant, ce qui est bien moins reluisant, une sorte d’embryonnaire impérialisme minier canadien un peu partout en Afrique, en Amérique latine, en Haïti... Nous pouvons dire que l’attitude impérialiste canadienne quant aux mines, constitue l’écharde douloureuse, la zone sombre dans ce qui pourrait être une avancée légitime de ce pays comme tête polaire sur le plan planétaire.


Nous avons déjà dit bien avant tant d’autres, que le vingt-et-unième siècle sera celui du remplacement des superpuissances mondiales par une multipolarité politico-économique où de nouvelles puissances vont s’affirmer dans leur sphère régionale ou via des influences transrégionales acquises à la fois par leur intervention économique, politique et ce que nous désignons sous le nom de géodiplomatie à travers leurs interventions par des ONG, des regroupements étatiques et la mise à contribution d’organismes internationaux fondés sur des intérêts communs. En cela, nous avons le cas probant des BRICS.


Dans cette cynégétique financière où des establishments usent de leur structures de pouvoir comme arme pour la traque de leurs proies étatiques et humaines partout sur la planète au nom de l’enrichissement, l’ère multipolaire risque de n’être qu’un impérialisme nouveau, singe des colonialismes anciens et actuels. L’humanité, particulièrement celle des nouvelles puissances polaires, saura-t-elle dépasser les tares de la prédation économique, la vénale chasse infernale à la richesse sans borne où des populations et peuples entiers sont les premières proies au nom de l’accumulation!?


Pour revenir au cas canadien, en Haïti, par exemple, l’action d’influence culturelle du Canada est claire, la confédération se refuse désormais à n’être que l’assesseur des États-unis, qu’elle fut longtemps, pour tenter de prendre de la place parmi les deux influents géants de ce pays caribéen que sont la France et les Usa. Le Canada - l’action canadienne pour aider les Philippines frappées par le typhon Haiyan comme en 2010 au séisme en Haïti, nous le montre avec évidence - à partir de son intervention plurielle ovationnée, son engagement effectivement louable quoique médiatiquement surfait dans l’humanitaire direct et onusien, travaille son image pour une prépondérance de pôle par le charme. En même temps, dans le même ordre de choses, le Québec sert de fer de lance culturel canadien en Haïti à travers le littéraire, l’humour, le cinéma…, tout ce qui servira à donner au Canada une place dans la weltanschauung haïtienne jusque là monopolisée par la France et les Usa qui se sont fait un creuset au cœur des racines afrocaribéennes du pays. Cela se comprend fort bien au plan d’une anthropologie de la prépondérance, car on n’influence pas vraiment une société sans exercer un impact certain sur son imaginaire. J’ai dit impact afin d’éluder pour l’instant la péjoration par le vocable d’hégémonie.


Espérons que le Canada puisse concevoir une formule de non agression et de non hégémonie dans la constitution de soi en nouveau pôle d’influence économique politique planétaire loin de la tentation facile de l’impérialisme et de ses abjections financiaristes, bellicistes, ethnocentristes, sociocentristes, paternalistes toujours déshumanisantes de l’impérialiste et annihilantes de ses proies. Mais là, déjà, les mauvais augures du comportement des minières canadiennes avec leur rapport plusieurs fois décrié aux pays où elles exploitent les mines, laissent présager un impérialisme néocolonial non loin de l’insidieuse mode étasunienne ou européenne. Souhaitons du meilleur de nos vœux, alors qu’il est encore temps, que - pour avoir une certaine prestance saine dans ce qui peut devenir une aventure légitime - par delà toute idéologie et tout angélisme embellissant l’image nationale telle que distillée via les médias du pouvoir, le Canada parvienne vraiment à se distinguer des impérialistes en cultivant un rapport économique équitable avec ses influencés. Pour rester votif, nous souhaitons vraiment que le Canada sache se tenir loin au-dessus de la politique des autres États et establishments occidentaux voyous dont les exactions et méfaits sont ceux d’une clique éhontée, vulgairement prédatrice et néocolonialiste dans leurs champs d’hégémonie!


Encore une fois, en terminant ce billet, nous réitérons le souhait mélioratif que la restructuration de la politique internationale canadienne en pôle d’influence mondial ne soit point un impérialisme inavoué parmi d’autres!


CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

Tag(s) : #Monde du Concept
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