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Par Camille Loty Malebranche 

 

L'anthropologie culturelle et sociale encore appelée ethnologie se situe sous le signe de l'investigation ethnique pour l'intellection du caractère des sociétés désignées par l'ethnographie. Une véritable investigation des altérités qui fondent les différentes humanités de cette espèce. L’anthropologie est donc une sémiologie exhaustive des alterhumanités.

Elle est très portée vers la détermination imaginaire de la vie sociale (nous y reviendrons après cette digression que nous faisons par l'analyse qui suit de la paléontologie avec ses horreurs idéologiques dans les sociétés et dans les rapports interethniques et internationaux). En effet, la paléontologie toujours liée à l’archéologie qui, elle, constitue avec l'anthropologie physique, la grande anthropologie générale, s'est souvent gonflée des formes sauvages de l’idéologie dominante. Le rappel par Stephen Jay Gould dans son livre "Darwin et les énigmes de la vie," de l'évolution historique et raciste de la théorie de l'Évolution, est probant et indicateur en ce sens, révélateur de la frénésie, l'abominable pathologie épistémique du racisme dominant. En effet, Jay Gould nous raconte que lorsque selon l'anthropologue évolutionniste Brown, à un moment de racisme et de négrophobie acceptés par la science ou disons mieux, par l’idéologie scientifique, Brown, savant britannique, évoquait les chaînons les plus anciens et les plus proches de l'arbre originaire du phylum comme plus phylétiquement humains que les autres, disposant de la substance première de l’espèce spécifiée par l’Évolution, la théorie brownienne ainsi édictée, ayant avéré que les noirs seraient ainsi sur le plan strict de l’espèce, plus éminemment « humains » (allez savoir ce que signifie humain) que les autres, Brown reçut de la reine Victoria en personne, la suggestion de laisser tomber sa théorie. Alors qu'auparavant, les théories établissaient une "dendrologie" phylétique contraire (disons une généalogie différente par la phylogenèse), à savoir que les plus éloignés de la souche originaire seraient supérieurs parce que plus évolués, lesquels d'ailleurs se trouvaient naturellement être de race blanche. Ridicule, hein!

Dans un intéressant volume intitulé « La couleur et le sang », Taguieff nous brosse le sombre tableau littéralement nauséeux de la communauté scientifique des 19ème et 20ème siècle avant le nazisme, laquelle communauté cautionnait crapuleusement comme scientifique de ce qu’il nomme le racialisme. Racialisme, terme vain que je récuse car le racisme comme comportement, est lui-même englobant de théorie pseudoscientifique, théologique et épistémique qui crée le toxique univers essentialiste sous-tendant le délire de haine fondé sur la différence ethnique ou cutanée. Ainsi, les prérequis méthodologiques allant du biologisme pessimiste dit (anthropologie politique) de Gobineau brillamment contredit par l'intellectuel haïtien Anténor Firmin, à l’eugénisme de Georges Vacher de Lapouge en passant par le darwinisme social de Gustave Le Bon, manifestent les racines artificiellement naturalistes du culturalisme conceptuel même de race. Remarquez que nous ne citons ici que les tenants français du racisme théorique scientifisé à souhait, mais on en trouvait partout en Europe tels, en Allemagne, Vogt (qui soutint que les noirs ne peuvent même pas avoir de station verticale parfaite ayant toujours les jambes arquées à l’image des singes), Günther sans oublier Hegel (et ses insinuations sur le non entendement du nègre) comme en Angleterre, Fischer et bien d’autres.

L’on comprend donc l’avènement du diable nazi sur un tel continent! Et l’horreur et l'indignation suscitées par le nazisme dans les écrits européens, le sont surtout parce que les ignominies criminelles du racisme ont eu lieu sur le continent blanc entre autres contre des blancs racistes eux-mêmes! Aujourd’hui, ces modes d’élaboration idéologique masqués de scientificité pour cracher sur les non blancs, ont disparu du tabulaire bibliographique publié, néanmoins, la même crapulerie systémique occidentale sévit encore un peu partout dans les rapports nord-sud. Les vieilles méthodes de la sociodicée qui est ici l’ethnodicée blanche des métropoles colonialistes d’antan, ethnodicée consistant à acculer la proie coloniale en innocentant les prédateurs colonialistes. En effet, selon les décideurs occidentaux, ce sont seulement les gouvernements africains, par leur incurie, leur corruption et leur médiocrité gérante qui sont les principaux responsables du stade miséreux des pays du continent. Certes, la grande majorité de voyous (hormis certaines exceptions) qui ont toujours dirigé ces pays sont des moins que rien qui détruisent leurs propres ethnies et pays, mais il ne faut pas oublier qu’ils sont des produits idéologiques de l’occident qui manœuvre toujours en coulisse pour éclipser tout homme digne voulant l’émergence globale du continent noir. C’est trop facile de se cacher derrière de sales ombres de la grossière hégémonie blanche pour justifier ses méfaits commis par personnes interposées en trompant les majorités! Et puis, le colonialisme est un déviant trop douloureux, un engramme trop perdurant dans la conscience sociohistorique déviée des ex colonisés broyés dans leur « âme » (personnalité) et leur destin pour que le monde occidental puisse si facilement se payer bonne conscience au nom de quelques aides piégées, contrôlées, entravantes et annihilantes qu’il a soi disant octroyées aux anciens réifiés qui n’ont point quitté le stade de victimes!

Maintenant pour revenir à l'idéologie dans l’anthropologie culturelle et sociale: un simple fait socioreligieux haïtien révélant l’idéologie impérialiste étasunienne va nous éclairer. La plupart des religions venant des Etats-Unis et vouées au bas-peuple ont institué l'implantation du madras blanc utilisé par les hounsis (vaudouisantes comparables à des ménades, véritables vestales dévoyées du culte vaudou) de même que les roulements de tambours vaudous dans les rituels protestants en Haïti. Ces mimétismes cultuels sont probants du travail ethnologique des chercheurs étasuniens usant ici d’un behaviorisme sacré. Comme me le faisait remarquer un perspicace observateur anonyme du fait socioreligieux haïtien, « même la crise de possession y est présente »! Là, on remplace le loa vaudou par le Paraclet à travers un blasphème symptomatique de la dérive manipulatrice du sacré institutionnel. Cela illustre avec évidence, sans la moindre pénombre, l'usage de la science anthropologique « inculturante » pour adapter le culte par toutes sortes d’ersatz et de stratagèmes, au besoin de domination des establishments puissants qui disposent des structures.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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