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Par Camille Loty Malebranche

 

La théologie s'élabore in extenso sous le signe d'une tentative de lumière discursive sous l’opacité de l’inexprimable mystère.  Dès le départ, faut-il le rappeler ici, la foi, la transcendance spirituelle, la religion intérieure ne sont point choses objectivables! D’où le discours théologique ne traite que de sujets étant sans objet!

                                 

Pour le croyant, Dieu est l’ÊTRE c'est-à-dire Essence déterminant toutes essences possibles. Essence spirituelle, Sujet cosmique, Personne transcendante-immanente et profonde, Interlocuteur nouménal dont l'homme est l'image tandis que pour le théologien, Dieu est un « phénomène atypique » ubiquitaire à l’orée même de son questionnement, qu'il s'efforce d'appréhender et de proposer par le discours. La spiritualité est donc un devoir-être chez le croyant, mais un pouvoir-être chez le théologien. Pour le théologien croyant, Dieu n’est pas culture mais NATURE en tant qu’il est l’ÊTRE déterminant toute substance dans l’univers jusqu’à l’univers lui-même où prime son essence comme cause de soi (la causa sui, c'est-à-dire autodémiurgie incommencée, constitue la plus grande énigme ontologique), racine, cause première, principe premier de toute essence. D’où, la propension de l’homme de foi et à fortiori du théologien croyant, à construire un prosélytisme convertissant et sanctifiant de tous. D’où l’édification de l’homilétique et de l’éducation spirituelle (christianisation, judaïsation, islamisation, bouddhisation) des non convertis encore perdus, errant dans l’illusion du monde loin de la Face transcendante et immanente de l’Ineffable Infini! De la parénèse au kérygme, de la traduction à l’interprétation, la théologie formelle garde ce souci d’instruire à travers une herméneutique qui demeure la vision d’une tendance ecclésiale ou curiologique. Vision somme toute idéologique où le spirituel est domestiqué et imposé d’après les codes des « maîtres » eux-mêmes astreints à la structure sociale et à la confrérie qui les déterminent.

Aucun discours, aucune science n’aborde l'essence divine de la religion et l’instrument discursif ou statistique du philosophe, du théologien, du savant quel qu’il soit, ne touche qu’à ce qui n’est pas proprement religieux dans la religion. Il s'agit à la fois d'une chimère de la discursivité cognitive et d'une entreprise de rationalisation du pouvoir des ministres des différentes dénominations ecclésiales ou religieuses (ici nous tenons compte des autres religions non chrétiennes non occidentales pour lesquelles le mot ecclésial ou église est inconvenant, telles le mazdéisme, l’islam, l’hindouisme, le bouddhisme, les cultes émanatistes…) Pour elles aussi, même si nous nous intéressons ici à ce que nous connaissons le mieux, le christianisme, l’autorité religieuse, souvent use et abuse de la religion pour manipuler les adeptes. La conscience spirituelle, l'intuition métaphysique qui conduit l'homme vers le divin, s'érige sur la révélation et la théologie qui génèrent l'homilétique des prêtres et pasteurs. La théologie - comme la philosophie, logos rationnel et doctrinal dont elle se nourrit assez couramment mais dont aussi elle se méfie et contre quoi, souvent elle s'insurge - a connu une multitude de courants et de systèmes de pensées pour définir le rapport de l'homme au divin. Cela, souvent, dans le but de structurer le pouvoir des institutions officielles de la foi prêchée. Chaque nouvelle théologie, fût-elle d'origine ecclésiale comme la théologie dite de la libération, comme d'ailleurs ce fut jadis le cas des réformateurs du 16ème siècle, donne lieu à une crise d'autorité, quand ce ne sont des scissions donnant lieu à de nouvelles églises qui ébranlent les officiels, censés être investis du pouvoir et des prérogatives mystiques et hiératiques des dénominations existantes.

Le christianisme institutionnel, ce grand ennemi de la doctrine spirituelle du Christ, a été tout au long de l'histoire, l'objet d'une querelle permanente entre des protagonistes luttant pour la suprématie de leurs visions et l'autorité sur les fidèles assurant à la fois fortune des dirigeants et privilégiés de l'État et de l'église institutionnelle, officielle voire officielle d'État. La percée de la théologie officielle a donc commencé avec les pères du catholicisme : Augustin, Origène, Anselme, Thomas d'Aquin... exploitant Platon ou Aristote toujours pour former des congrégations ou des écoles dans le but de formaliser la grande doctrine qui permet d'endoctriner et donc de soumettre les hommes.

Toutes ces facettes de l'idéologie catholique, du verbalisme augustinien au nominalisme du docteur angélique en passant par l'argument ontologique anselmien, malgré les nuances cosmologiques et christologiques qu'on y perçoit, sont restées unies et aguerries obsédamment contre les hérésies qui remettent en question l'autorité infaillible et exclusive de l'église centrale.

Prenons brièvement le cas des courants christologiques : de l'arianisme au monophysisme en passant par le nestorianisme, les christologies illustrent le combat féroce des forces en présence où les officiels avec bien plus qu'une volonté de "vérité" mais de règne frappèrent d'excommunication et de mort les hérésiarques, comme au temps des évêques de Rome qui s'entretuèrent pour arriver à la papauté du vainqueur. Chaque christologie est, en effet, une menace pour l’autorité centralisée de l’église « universelle » (c'est-à-dire catholique). Le concile de Chalcédoine a cherché de manière dogmatique à y mettre fin décrétant abominables les monophysites comme les arianistes, les nestorianistes et les monarchianistes, lesquels ont écopé de la violence d’une structure ecclésiale frileuse qui ne pouvait, par ces temps où elle sortait à peine de turpitudes organisationnelles et de déchirements dus aux conflits de pouvoir avec tous les heurts interépiscopaux, se permettre la contradiction de la théologie dominante. Malgré les efforts du pape Léon 1er, la séparation de l’église d’orient dite orthodoxe d’avec son aînée romaine s’annonça à Chalcédoine comme le premier grand schisme de la chrétienté. Plus tard, bien plus tard, au temps de la Réforme, nous verrons surgir la Contre-Réforme avec Ignace de Loyola et ses jésuites si proches du bûcher pour dissuader les ouailles de Martin Luther et ses disciples. Il faut ici remarquer que même Calvin, le réformateur, aura recours au bûcher. Et, à leur tour, une fois établis, les courants du protestantisme tout en rejetant l’infaillibilité d’un individu dirigeant, adopteront néanmoins le dogme de l'infaillibilité doctrinale institutionnelle pour garantir leurs pouvoirs.

Quant à la théologie aphairétique qui n'est pas vraiment apophatique (négative) comme le remarquent des analystes, (auquel cas ce serait de l'athéologie, alors qu'elle ne nie pas l'existence de Dieu mais juste sa connaissabilité par l'homme, disant ne connaître de Dieu que ce qu’il n’est pas), elle n'est que vanité conscientielle de consciences humaines en panne d'intuition. L'athéologie en bonne et due forme des 19ème et 20ème, comme théorisation paroxystique de la déréliction humaine dans le néant de toute sphère divine ou transcendante selon la sensibilité absurde, athéologie fortement en vogue chez des penseurs aussi différents que Nietzsche, Heidegger ou même Sartre - quoique celui-ci, fut ennemi du scientisme dans l’histoire et l’herméneutique de l’ordre social - elle trempe toujours dans la course positiviste d'un monde à tendance "scientiste" où les autorités universitaires, nouvelle curie laïque, excommunient tout ce qui n'est pas de leur avis soi disant scientifique ou académique vu le stade assez souvent conjectural où sont restées la plupart des théories cosmologique et anthropologique de l'idéologie des « théologies scientistes » en cours. Car il s’agit vraiment d’un schéma théologique que poser le monde dans un dualisme rigide et manichéen où la connaissance est rejetée considérée suspecte dès que les institutions de reconnaissance officielle ne l'ont marquée de leur sceau! Alors que des verbiages et opinions masqués en hypothèses soi disant scientifiques mais jamais démontrés sont véhiculés comme des quasi certitudes malgré l’absence de leur évidence. Dans un tel contexte de délire épistémique, le croyant, au dédain des « mythes dits scientifiques » sait que seule la foi intuitive, voit.

Des deux philosophies possibles de l'esprit: la métaphysique et la gnoséologie, la seconde reste encore à être travaillée loin de la bureaucratie par les vrais promoteurs du savoir afin d'intégrer tous les savoirs, d'où qu'ils viennent, ne regardant qu'à leur validité propre et intrinsèque.

De sa valeur purement théorique où elle constitue une grande Théorétique à sa militance où elle se prononce sur le concret comme par le discours politique ou religieux sur les modalités opératoires de la société, de l’État et de la Foi, la philosophie se doit d’être à l’avant-garde de la réalité! Et, la philosophie est cette racine de toute sémiologie anthropologique, elle qui fournit aux sciences humaines et sociales, en dehors des enquêtes et données statistiques, toute leur démarche cogitationnelle, où la pensée méditative réflexive et cognitive ne cesse de nourrir le champ sémiologique pour tout logos herméneutique.

La théologie institutionnelle officielle qui dirigeait directement les États dans les théocraties et monarchies théocratiques dites absolues, même absente au temps de nos sociétés de laïcité, inspire l'idéologie à travers l'aura sacrée donnée au pouvoir de l'institution sociale. Société "laïque" hyperétatisée, sorte de nouvelle forme d'État policier pour garantir les privilèges des richissimes, société qui enivre le pitoyable consommateur compulsif de l'illusion de la réussite et berne le petit travailleur par le mirage d'un égalitarisme légaliste, société pourtant fortement stratifiée selon la nouvelle curie inquisitrice de la religion du profit, qui théologise le profane en sacré et punit, excommunie tout importun penseur non aligné comme hérétique tyranniquement proscrit. Société hyperidéologisée quoique clamant la fin des idéologies pour mieux déposséder l'homme de toute intériorité, de toute assumation propre de son corps, de son temps ou de son entendement mais surtout de toute réflexion et discours ou démarche contestataire. Société dont l'idéologie exclusive de la consommation, discrète, étouffante, justifiée à travers une fausse morale du bien-être, conditionne le savoir ainsi que nous le révèlent ses signes dominants.

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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