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Par Camille Loty Malebranche 

 

La fidélité, parce qu’elle tient de la conviction de la grandeur transcendante de la valeur reconnue à son objet, est toujours sacrée que ledit objet soit de la sphère divine ou séculière. Le fidèle perçoit son objet d’une excellence tellement sublime qu’il lui vous un dévouement laudatif indéfectible, le considérant digne de son attachement pérenne dans une contemplation admirative permanente voire un sentiment de culte.

 

La fidélité connaît plusieurs modalités selon la nature de l’étant ou principe constituant son objet.

 

En relation spirituelle, dans le rapport à Dieu, la fidélité est une relation d’attachement et de soumission volontaire envers la Personne divine ou Principe divin que le fidèle considère comme régisseur de son être, dispensateur ontologique, à qui il consacre son existence par la foi. La fidélité à Dieu, retrouve sa pleine étymologie de « fides » où elle est, par effet de miroir métaphysique, fidélité à soi en tant qu’elle manifeste la perception que l’homme de foi a de la nature humaine, donc de sa propre substance qu’il entend accomplir à travers le Créateur dont il se considère l’image, le fils.

 

En dehors du champ religieux, la fidélité est reconnaissance de valeurs supérieures à des principes ou institutions, lesquelles valeurs, si elles sont portées par des humains, ne sauraient se confondre avec eux. Car toute confusion des valeurs auxquelles un fidèle accorde son indéfectible dévouement avec un humain qui représenterait ou incarnerait ses valeurs, risque de faire basculer la fidélité dans le fanatisme ou la servilité.

 

La fidélité authentique se fonde par l’acte d’engagement d’une conscience libre pleinement informée sur la personne ou l’institution considérées garantes de la dite valeur à laquelle, est promise la fidélité. La fidélité est donc toujours selon les valeurs qui déterminent l’engagement.

 

La fidélité à Dieu est atemporelle et inconditionnelle, la fidélité à soi que j’appelle ontologique, découle de la fidélité à Dieu car la sphère divine est aussi celle de l’affirmation de l’essence humaine. L’une et l’autre sont inchoatives car portant ledit fidèle à tout entreprendre pour se maintenir et s’améliorer dans son essence perçue et comprise. Là, nous comprenons qu’il n’y a pas de fidélité à soi chez un nihiliste, car seule une reconnaissance forte de l’essence spirituelle par l’homme  engendre l’attachement fidèle à des valeurs considérées comme conatus métaphysique, effort d’accomplissement de soi.

 

L’autre versant de la fidélité, celui où elle est envers des institutions, est éminemment conditionnel. La fidélité à une institution, évolue selon la voie que son objet suit dans le temps où celui-ci peut toujours changer voire se transformer en son contraire. Fidélité éminemment conditionnelle, car nul n’est tenu de rester fidèle à ce qui devient différent de ce qu’il a choisi et à qui il a promis fidélité. En matière de choses humaines, à moins d’être suiviste idiot, la clairvoyance et le jugement sont gages de liberté et de protection. Gare à l’enfant qui suit ses parents pervers par fidélité au principe d’obéissance sans comprendre que c’est aux valeurs auxquelles est conditionnée l’obéissance, qu’il faille être fidèle!

 

La corruption des institutions religieuses sévit au monde, parce que justement des bigots sont restés fidèles à leurs prêtres, papes, mollahs et pasteurs plutôt que de focaliser leur fidélité sur les grands principes spirituels et moraux. La fidélité aveugle est déshumanisation et autoréification, elle ne fait que répéter la bêtise et reproduire les ignominies et aberrations qui prévalent dans le monde. Elle croit sacrés des êtres et institutions, même lorsque ceux-ci désertent les valeurs qui déterminent la sacralité. La fidélité à une personne, même en amour, est avant tout, fidélité aux valeurs portées par cette personne. Un ou une partenaire plein(e) d’affection, de respect, de disponibilité qui change après des années, ne mérite aucune fidélité, car un tel individu n’incarne plus les principes auxquels l’autre avait promis d’être fidèle.

 

Un militaire vraiment digne de son humanité doit abandonner une armée qui s’est présentée à lui comme défensive mais qui se manifeste, avec le temps, force de persécution du peuple ou soldatesque interventionniste qui va détruire des pays étrangers en massacrant des populations civiles. Le militaire qui reste fidèle à une telle armée, est un immonde criminel sans dignité humaine.

 

Je puis être fidèle à mon pays mais jamais à un mode étatique qui propulse des voyous au pouvoir et voue ledit pays à l’opprobre et au ridicule. Je suis fidèle à l’amitié mais pas à un scélérat vil qui a caché sa face ignoble pour la dévoiler plus tard, misant sur la tolérance immanente à la fidélité amicale par la suite!

 

La fidélité, sauf la spirituelle à l’immuable divin dans la foi strictement intérieure, se corrompt malencontreusement en servitude, sans la lumière des principes majeurs de son don.

 
La vraie fidélité n’est jamais asservissement volontaire mais partage selon une volonté forte d’appartenance, dans une pure et gratifiante sensibilité de complicité sentimentale voire entéléchique pour le fidèle, devrais-je dire ici, les fidèles réciproques.

 

L’on comprend, à ce stade de notre analyse, que la fidélité humaine est le contraire de la condition de bête domptée, instrumentalisée à l’instar du chien fidèle...

 

La fidélité humaine est érection de soi sur des valeurs contemplées qui ne souffrent pas d’être bafouées par les mensonges, hypocrisies, déviances et dénaturations d’individus ou d’institutions essentialisant leur prépondérance en prétendant incarner l’essence axiologique à quoi leur fidèle a donné avec ou sans promesse déclarée, son assentiment.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

Tag(s) : #Monde du Concept

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