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Par Camille Loty Malebranche

 

En spiritualité, l’intuition une fois éclairée de la révélation de Dieu, prime tout le détail des livres saints et les herméneutiques propres à l’homilétique institutionnelle; c’est le lieu de la lumière par l’ancrage dans le soi. L’intuition est la révélation intérieure, une sorte de miroir immatériel qui nous reflète à nous-mêmes, nous garde dans notre nature véritable et nous communique la clarté d’y retourner quand nous chutons dans le charnel psychologique. L’intuition est le vigile de l’esprit, son centre de la conscience de soi, où l'esprit s'éprouve lui-même en ses perceptions et sensations non corporelles. 

Le paradoxe de la transcendance est que, toute élévation vers les cieux de la déité qu’elle est, elle n’est possible que par l’ancrage intérieur, sans quoi elle se pâme dans l’inversion de son sens, pataugeant dans l’errance extérieure cherchant accostage aux rites et cultes, cérémonies inessentielles guettant hors de l’esprit, seule dimension humaine capable d’ascension, une patrie contre-nature pour la spiritualité. Car la seule terre d’accueil et tremplin de l’élévation, est l’homme intérieur, lorsque l’esprit se pénètre loin des énergies pulsionnelles et animales de la chair. C’est là que l’esprit, fils engendré de Dieu, évoluera pour devenir fils accompli, assumant ses attributs et sa vocation pour s’accomplir en Dieu. 

La conscience de soi de l’esprit, est le commencement de l’entéléchie, premier pas vers toute transcendance véritable, état métaphysique qui ne se révèle pleinement que dans l’intériorité. Les cultes cérémoniels, extérieurs à l’esprit, sans ancrage préalable, n’aboutiront qu’au formalisme religieux. Formalisme qui n’est guère meilleur que les cécités de l’impiété, telles l’athéisme et l’indifférentisme. Là où dans l’impiété l’homme vit le désespoir de l’absurde eschatologique selon les affres de la déréliction qu’il imagine, dans le formalisme religieux, les fidèles, mentant à eux-mêmes, trompent leur absurdité existentielle par les bruits institutionnels des cultes sans substance. Le formalisme religieux est une gesticulation de la masse incroyante masquée en fidèles d’église ou de secte. Le formalisme surenchérit le cérémoniel pour mimer une présence factice du divin. Formalisme religieux, néant propre à la religion extérieure, ce galimatias pseudo-sacré de rites et de cultes pompeux où les faussaires fossoyeurs du spirituel, pitoyables "croyants" par gestualité et ostentation, tentent de combler leur vide irrémédiable et sans retour. La vacuité axiologique, la platitude grivoise de l’esprit esclave de ses tares matérialistes, n’a hélas, pas de remède, passé un certain seuil d’aliénation dans l’être, aliénation de l’être par le reflet des avoirs. 

L’esprit est l’espace vital, naturel de la transcendance, car il est par soi, en sa subjectalité, son essence de sujet, l’hypostase humaine porteuse de la subjectivité supérieure au-dessus des objets du monde. La transcendance est la supériorité de la nature du soi prenant conscience de sa vérité. Toutefois, la transcendance se corrompt si l’esprit ayant reçu la révélation extérieure des vraies Écritures, perd l’intuition de la révélation divine intérieure. Le sens même de la transcendance est que la nature spirituelle de l’homme se mette à vivre sa vie, car l’esprit conscient de soi et apprenant à vivre sa vie, est toujours au-dessus de la matière somatique où il habite, pense et agit nécessairement par delà la chair et le sang, même s’il connaît avec le corps, les sensations de la matière organique, son habitat en cette vie. 

C’est dans les tréfonds de l’esprit que l’homme monte vers l’ineffable divin. Ainsi, l’ascension est mouvement d’ancrage intérieur. Le vocable «  royaume de Dieu », réfère précisément à la vie de l’esprit conscient de soi et de l’appel divin intérieur. La réponse à l’appel divin est l’entéléchie de l’esprit incarné qu’est l’homme. La rencontre intérieure avec soi-même et avec Dieu constitue donc les deux moments de la  transcendance suprême et véritable. Transcendance qu’expérimente  l’homme conscient de la sphère spirituelle et qui l’entretient via l’éveil permanent du subconscient par la prière, la méditation en mode d'oraison mentale. 

La transcendance spirituelle, seule modalité de la religion authentique, religion personnelle où l’homme - prêtre, adorateur, temple de Dieu - s’enracine et s’ancre en sa nature sa profonde vérité. Fors l’ancrage, toute religion, tout transcendantalisme institutionnel n’est que simagrée d’hypocrites, maniérisme pharisaïque de bigots, marche programmée d’esclaves du sacré dévié des curies,  suivisme grimaçant d’ombres mimétiques.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

Tag(s) : #Monde du Concept

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