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Par Camille Loty Malebranche
 
 
 

 

L’homme, être de conscience supérieure d’aventure présente et de projection, entretient avec le temps un rapport complexe, d’affirmation et de négation, d’ancrage et de transcendance. L’homme, conscience interrogeante, appréhende et vit également des sphères temporelle et non temporelle malgré leur rapport au temps, que nous pouvons circonscrire à peu près comme suit: la temporalité, l’intemporalité, l’extratemporalité et l’éternité.
 
Le temps est avant tout, comme on le sait, un domaine polysémique que définissent la physique (spécialement l’astrophysique), les chronologues qui établissent les repères statiques et dynamiques de la chronologie comme les ères fixées à partir d’un évènement imprimant une fonction stative dans la chronologie des civilisations, (ère chrétienne, ère musulmane…) et aussi les calendriers tel, en occident, le calendrier grégorien. Est-ce pourquoi, à l’échelle de l’homme, c’est la temporalité, plutôt que le temps, qui constitue le rapport de l’homme à la finitude, à l’infini, à la vie, à la mort, aux origines et aux fins.
 
Dans la perspective de la durée, de la limite qu’inflige l’écoulement linéaire du temps qui abîme, vieillit et tue quasiment tout, la finitude que ponctue le passage du temps pour le mortel, engendre l’exigence de prospective et de gestion du temps par l’homme. La temporalité est l’implication plurale - tant physique, psychique que métaphysique; profane que sacré; immédiate qu’inchoative - qui détermine le cheminement de l’humain-être-fini sur terre. Il y va des champs aussi existentiels que la vie et la mort, le sens et l’absurde, l’historicité et l’anhistoricité. 
 
L’intemporalité est essentiellement, la dimension de l’instant qui est un artifice, une entité inexistante dans le flux du temps (
Réf). C’est le laps de temps si marquant, qu’il en devient comme supérieur au temps proprement dit, dont il émerge par sa mémorabilité. C’est en fait l’instantanéité figée dans le psychisme individuel ou collectif, de l’évènement évacuant la chronicité et les banals comptes chronométrés du temps ordinaire qui constitue la diachronicité de l’individu, terme que je préfère au vocable un peu impropre d’historialité heideggérienne, qui marquerait une différence par rapport à la signifiance de l’histoire stupidement remise à une méta-histoire, c'est-à-dire à de l’historicisme... La diachronicité étant regard historique téléologique. Car l’histoire, qu’elle soit celle grande et officielle des peuples et des dirigeants mondiaux que font les historiens ou celle inconnue d’un être humain ordinaire, simple individu dans le social et l’espèce, est en soi une chaîne signifiante, puisque temporalité passible d’anamnèse étudiable où l’évolution des choses demeure discernable et porteuse de sens, sans avoir besoin d’un référent autre puisque l’histoire charrie en elle-même tous les référents pour une auto-signifiance. L’histoire n’est jamais que configuration pluridisciplinaire auto-signifiante dont le sens est l’investigation de la signification de l’action et des faits qui en découlent quant au devenir de son objet. Elle consiste en dernier ressort à appréhender le sens selon le principe d’historicité et donc d’herméneutique temporelle de la factualité (chaîne des faits) de la présence et de l’action concernant tout être spatiotemporel qu’elle pose en objet.  
 
L’extratemporalité est constituée du champ de la substance de quelque soit l’être, ce substratum pérenne et naturellement, constamment maintenu ou reproduit de toutes les catégories d’êtres possibles voire de l’univers ou du multivers selon les prescrits et supposés cosmologiques en vogue. C’est l’essence de toute nature, la vérité de tout être que le temps ne saurait changer sans que lesdits êtres ne devinssent nouveaux et autres. C’est l’identité ontologique inamovible de quelque présence que ce soit.
 
L’Éternité s’impatronise comme concept strictement théologique, conception spécifiquement métaphysique qui renvoie à l’ignorance et à l’inexistence totale du temps. C’est le champ de l’absence de la dimension dite du temps. C’est l’apanage exclusif du Démiurge absolu, l'attribut déitaire spécifique, le domaine de Dieu, l'Être infini, incommencé, incréé et Créateur qui, en créant l’univers, aura indirectement enclenché la dimension du temps que la naissance, la durée et la fin dudit univers et de ses éléments, engendrent comme conséquence de leur existence. L’éternité se définit donc comme espace sans antécédent ni suite. Il ne peut y avoir ni avant ni après un Éternel. 
D’où, en langage précis, la seule espérance des hommes de Dieu, n’est en fait pas d’être éternels mais d’entrer dans l’achronie, la négation du temps fini pour ce qu’il faut appeler la supradurabilité, c’est-à-dire un commencement qui s’étend à l'infini au-dessus du champ temporel et de la durée. Supradurabilité, espérance humaine en le Père Éternel qui promet d’octroyer aux hommes de foi l’élimination du temps et de ses stigmates sur la matière, en transformant l’homme en pur esprit, être par delà la chair et le sang. La seule espérance spirituellement et théologiquement raisonnable de l’humain, est donc de devenir sempiternel, d’intégrer par la grâce divine, l’achronie ontodivine qu’est l’éternité...   
 
CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

Tag(s) : #Monde du Concept

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