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Par Camille Loty Malebranche 

 

La solitude n’est jamais solitaire car imprégnée de toutes sortes de présences immatérielles, mentales; de réminiscences, de projections sur le futur

 

Les grands phénomènes naturels de notre être somatique, instance de notre présence au monde, sont aussi tous, solitaires. La naissance, la vie organique, la mort comme la satisfaction de tous les besoins vitaux du corps…  L’homme est seul dans sa vie organique, son être biologique. Aucune bouche ne peut manger à ma place ni personne n’excrète à la place de personne. Toutefois, si l’homme est solitaire dans ce qu’il souffre ou jouit, la présence d’autrui l’aide à subir ou à célébrer son sort. Voilà pourquoi l’autre sera toujours une sorte de carrefour de mon partage, un vœu de rencontre, part de mon équilibre en tant qu'être ouvert par l’Esprit et le corps, à l'altérité qu'est l'univers, et particulièrement à l'altérité ressemblante qu'est l'autre humain. 

 

L’homme est toujours seul face à ses choix et son destin, voilà pourquoi, nul ne doit obéir et se laisser mener par quiconque ici-bas car celui qui est mené, n'en sera pas moins seul à répondre des erreurs et aberrations dictées par les aînés, les autorités ou la tradition culturelle. 

 

L’autre comme Présence et Modalités.

 

Dans le cas de l’amitié et de l’amour, la présence est un festoiement, une célébration de l’enthousiasme à la vie. La présence amoureuse ou amicale, chacune selon ses modalités précises, particulières, est un partage avec l’altérité qui décuple la joie de vivre. Quant à l’amour de l'homme et de la femme, il déclenche un éros capable de briser tous les obstacles par la seule force d’aimer! C'est l'énergie fulminante de la rencontre singulière combien délirante qu'est l'attraction amoureuse qui rosit le monde à nos yeux et enchante l'univers entier en bâtissant les châteaux émerveillés de son cru. 

 

Hormis sa forme physique, la présence d’autrui, est essentiellement question de qualité plutôt que matérialité. La solitude et la présence sont dans la perception plutôt que dans les faits. Car une présence qui dégrade mon humeur alors que ma solitude pouvait être considérée neutre, sans grande joie, ni grave ennui, est déconseillée car elle diminue la somme de mon bien-être. 

 

La présence d'autrui ne nous évite pas automatiquement la solitude. Dans certains cas, l'autre aggrave ma solitude par sa négativité qui dévore la neutralité de ma solitude où je peux mentalement me mettre en présence de Dieu, nourrir mes idées et l'inspiration spirituelle, intellectuelle, artistique. Au stade métaphysique, l'Homme n'est jamais seul. Il est fréquenté par l'Hôte qu'il attire. De toute façon si la solitude d'un humain est vide et qu'en lui, sévit le néant et ses affres, il ne peut jouir même de la plus précieuse compagnie d'autrui qu'il risque plutôt, d'envahir de son vide. Ainsi en est-il de la vérité de l'Homme!

 

Solitude et lumière

 

La solitude est la lumière féconde des pieux, des méditants spirituels, un espace privilégié pour l'Esprit vivant la puissance et la pureté mystique de sa foi en son éveil intérieur. C'est aussi pour les créateurs voguant dans l'abstraction, un socle à l'inspiration intense, puissante et prolifique. Toutes les grandes révélations, toutes les grandes conquêtes sont intérieures et donc solitaires par rapport à la compagnie humaine, quoique toujours fortement guidées par l’Hôte intangible qui habite et opère, avec et en l’Homme conscient, toute œuvre d’esprit. La vie spirituelle est donc une plongée dans le temple intérieur où nous attend Dieu, Hôte de l’esprit. Seule présence permanente qui vit avec l’Homme spirituel conscient de sa vérité intérieure, toute l’intimité inaccessible au sens et à autrui.

 

La solitude de la conscience créatrice en philosophie ou en art, est celle de l’extase esthétique. Quant à la philosophie, elle est en elle-même une synthèse de la sagesse et de la littérature, mélange paroystique d'art et savoir qui s’expriment au-delà du solipsisme méditatif, réflexif et cognitif du philosophe-penseur, dont les idées ne sont que l’expression de l’entendement mystique et rationnel de son Esprit en contact interrogateur et observateur avec les vérités métaphysiques et concrètes des étants.

 

La solitude à deux, de l’Homme et de la Femme, est comme une sorte de mystique des corps en échange de fluides, un véritable partage somatique par les jets, les hormones, la sueur, le sang dans les microtraumatismes de cette liaison particulière, et tout ce qui fait la beauté de l’intimité érotique et sexuelle. Et, quand, fait rarissime, le véritable amour y intervient, selon que les amoureux-amants en aient le niveau, en soient dignes, c’est la plus belle illustration corporelle de la fusion spirituelle de l’Esprit de l’Homme avec l’ESPRIT Divin.      

 

En spiritualité, la solitude contemplative, adorative est l’univers de l’extase sacrée, univers divin, en dehors de l’univers de la matière. La solitude spirituelle de l’Esprit rencontrant Dieu dans son intériorité par la foi et son énergie sentimentale, son éros métaphysique, est le monde de la Présence Parfaite que ne connaît que l’Esprit, loin des perceptions sensorielles des présences immédiates dites réelles, aux moments forts de l’extase sacrée.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

Tag(s) : #Monde du Concept

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