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Par Camille Loty Malebranche

 

 

La «chose» métaphysique (plus nouménale que phénoménale) est précisément ce fait, cette situation, ce principe ou cet événement qui interpelle particulièrement la conscience, lui suscitant interrogation et méditation sur ce que j'appelle l'être-chronos (c'est-à-dire l'être humain du hic et du nunc, l'être humain tangible en ce temps et ce monde) et l'être au-delà, ces deux constitutifs de l'être en soi de tout humain, et qui réfèrent aux ailleurs de l'essence en ses origines premières et fins dernières.

 

Il fondamental de saisir que la conscience est plurale et que le mode de conscience phénoménologique (husserlienne) qui est toujours « conscience de quelque chose », n'est qu'une part très spécifique de la conscience métaphysique qui, elle, est l'attribut-faculté que nous avons d'avoir par delà le rapport perceptif et sensitif avec l'être en général et chaque étant à notre portée en particulier, une intuition du sens immédiat et supérieur de cette existence et de ce qui la compose à travers la représentation supramatérielle que nous en faisons. La conscience métaphysique est donc conscience existentielle en tant qu'elle prime toute réflexivité étant spontanée, immédiate et ce qui rend possible tout autre stade supérieur de conscience et toute connaissance supralogique.

 

L'interpellante phénoménalité de l'Être et de l'homme exige l'approche et le parti pris de l'homme, lesquels détermineront la vérité ou la fausseté de son assumation de l'humanité. Il s'agit ici de vivre la paisible mais combien exaltante vibration spirituelle et intellectuelle de notre authenticité. Bref, l'intuition de notre indéfinissable essence, ce méga-noumène de notre réalité dite humaine. Quoique dans l'Histoire, le déviant du sensible et sa farouche volonté de savoir blessée dans ses limites, n'aient érigé d'autre tuteur datif à l'homme que l'orgueil, cette attitude abortive et aliénante. L'homme spirituel en marche vers l'accomplissement, atteindra, s'il est bien orienté, la Vérité du sens supérieur de sa présence au monde. Ici, il faut dépasser le snobisme intellectuel si fréquent parmi les philosophes faux-semblants, maniérés et hypocrites, snobs infatués de concepts émis par des philosophes passés rendus idoles selon les choix idéologiques d'une certaine communauté de philosophes dictant et imposant par leur mainmise sur une certaine presse universitaire leurs goûts ou leurs tares.  Ils sont si avachis qu'ils n’ont plus aucun idéal de sagesse. Mais l'homme sensible au soi en son intériorité, arrivera à l'union de la raison et de l'intuition, raison donc intuitive et indiscursive de la vérité. En tout cas, nous, nous avons cette intime conviction métaphysique que sa Vérité indicible et sa vocation, se révèlent comme conscience divine discrète à la conscience humaine, sa parcelle, sa projection, son image vivante. La métaphysique, tout en étant en soi anhistorique, marque la vision collective à travers l'Histoire - cette face de l'imaginaire ou intervient le mythe ou la croyance dans les consciences, en deçà des institutions dites religieuses, au-delà du rituel - et la finalité de l'Histoire. Toutefois, la vérité métaphysique exige de l'orientation car l'Être, sujet fondamental de toute métaphysique - la métaphysique n'ayant pas d'objet vu qu'elle ne pose rien pour l'analyse extérieure de l'homme - demeure un vocable abscons, un protée définitionnel qui s'assimile, selon les philosophies: à Dieu, à l'Histoire, au Temps, à l'Éternité, à la Nature, à l'Univers... La métaphysique comme généalogie et eschatologie, s'érige incontournable dans cette quête de la destinée espécielle prenant par delà son ubiquité intimiste, factuelle, toujours forme dans la singularité du destin individuel.

 

LA MÉTAPHYSIQUE ET LE SIGNE

 

Généalogie et eschatologie transcendantales, la métaphysique est donc construite du questionnement de la transcendantalité ontologique de l'espèce humaine, les au-delà de la condition immédiate de l'homme et sa probable éternité. La poursuite de l’accomplissement possible de l’homme est le signe dominant en métaphysique, la pierre de touche de cet au-delà des termes du formalisme kantien où prévalent le temps et l’espace comme à priori.

 

La métaphysique, dans sa procession, devrions-nous dire ici « le métaphysique » (en tant que mode d’être) est une dimension, un état avant d'être théorie; et elle s'est exprimée dès le début à travers les manifestations spirituelles de l'humanité. Domaine et expression générative du sens dont l'être est l'instance génératrice - socle cogitationnel et idéel des mythes des origines, de l’intuition de la survie de l'esprit comme du pressentiment d’une possible éternité de l’homme immatériel - la métaphysique a toujours illustré et porté la quête herméneutique et l'assumation spirituelle ou intellectuelle du sens strictement ontologique. Assumation donc d'abord individuelle, même si la métaphysique s'intègre souvent (pas toujours) dans une expression ethnico-civilisationnelle, une tradition collective; alors que la morale, l'autre domaine le plus important sans doute du sens, est extérieure et plus proprement sociale. Car en fait, dès que la loi devient divine ou simplement transcendantale, elle n'est plus morale mais religion intérieure et spiritualité. Mais revenons à cette individualité de la métaphysique; elle, dont l'exercice se focalise sur les fins dernières donc le sens ultime et non les significations intermédiaires et éphémères des étants, elle doit être la maïeutique rationnelle et intuitionnelle de l'étant-homme. Domaine ontique dans l'ontologie, rapport de l'étant à l'être, de l’individu à l’espèce. De là, elle s'impose comme prospective mystique et sacrée de l'Absolu, bien au-delà de nos prospectives historiques livrées aux vicissitudes sociales politiques, économiques ou idéologiques. C'est donc un champ solipsiste où l'homme encore plus même que l'artiste, ce maître du solipsisme représentationnel, réalise l'Ordre supérieur de la réalité faite vérité. L'univers métaphysique est celui de la nature humaine retrouvant la Nature divine dans la conscience cosmique qu'il nous est donné de partager, s'imposant comme unique réel véritable.

 

Dans la vieille Égypte, l'immense mysticisme, baignant à la fois dans la cosmologie, la théosophie et l'anthroposophie a ouvert le champ aux grands courants doctrinaux de la métaphysique. Les représentations multiples de la vérité cosmique et humaine, l'apprentissage des principes d'harmonisation avec l'univers qui constitue la manifestation divine quelque soit la vision, trouvent donc déjà leur présence au coeur de cette première grande civilisation humaine. Chaque grande religion ou courant mystique au fil de son herméneutique cosmologique et anthropologique réinvente la métaphysique. L’on adopte un credo métaphysique, suivant la Révélation dont on se sent le mieux imprégné selon l’appel spirituel ressenti que l’on a reçu au fond de soi ou malheureusement trop souvent par l’influence des institutions comme la famille, l’institution religieuse imposant l’univers culturel. Heureusement que la métaphysique comme état individuel, n’est pas fatalement culturelle parce que champ hautement libre de l’intériorité, de l’intimité de conscience!

 

Malgré les théories réductrices soi disant athéologiques d'un Heidegger au vingtième siècle, la métaphysique demeure, ce tout de la question de l'être et de l'existence qui ne peut se passer de parti pris théologique, ni se commettre avec des discriminations de division théoriques de l'être, de l'étant et de l'existence. Théologie positive ou négative par où, la question de l'Existence de Dieu, comme le dit bien Nicolas de Cues, se conçoit en tant que "quiddité de la question des origines", la métaphysique, fut-elle strictement anthropologique à l'instar de la veine heideggérienne, ne peut être athéologique que par l'autruche philosophique qui, pour l'être-là, crée des parenthèses artificielles dans lesquelles l'homme ne se poserait que des interrogations existentiales du hic et du nunc ontologiques, en-deçà de tous attributs existentiels perçus non essentiels à la vérité simple de son "il y a". Si l'Histoire est la vision du réel dans le réel, la Métaphysique représente celle du réel dans ses au-delà. Et même si le « philosophe de l'étant » définit, au vingtième siècle, l'être par son déploiement dans le temps, ce n'est pas un néant auquel le temps donne forme mais une présence qui s'y déploie! Hors des fantasmagories théoriques propres aux philosophismes insensés, toute présence est présence d'une substance qui se phénoménalise. La métaphysique est donc elle-même gestalt et non, n'en déplaise au point de vue matérialiste, structure relevant de la gestalt socio-historique.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept

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