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Par Camille Loty Malebranche

 

 

 

Autorité et pouvoir constituent un couple d'attributs de la volonté décisionnelle humaine. L'autorité est l'expression de la faculté - la faculté étant le modalité personnelle et culturelle de mise en acte d'un attribut naturel - de la conscience volitive et décisionnelle d'un homme, et le pouvoir son mode de manifestation personnel, institutionnel, moral ou immoral, juste ou tyrannique. Nous sommes loin de la fiction surfaite d'une synarchie qui dichotomiserait artificiellement ce couple attributif émanant de l'espace conscientiel même et un de la volonté et de la décisionnalité humaine et sociale d'où s'exercent autorité et pouvoir des personnes physiques ou morales.

 

De l'autorité, je dis qu'elle se dégage du caractère d'un homme et est une manifestation de sa hauteur profonde enracinée dans la force de ses valeurs spirituelles, intellectuelles ou morales qu'il assume et communique; c'est là que le pouvoir réel s'exprime dans la gloire et sans consensus selon la grandeur d'une conscience élevée et libre.  

 

Le pouvoir, quant à lui, est, au niveau de la personne humaine, un attribut que confèrent des facultés naturelles. En société, le pouvoir est attribution institutionnelle. Par exemple, au niveau personnel, l’intelligence nous donne le pouvoir de bien penser, de raisonner juste et de comprendre. Nos organes génitaux nous gratifient du pouvoir de copuler, de procréer etc. Au stade social, le pouvoir s’enracine et émerge, comme susdit, de structures institutionnelles qui peuvent être celles de l’État gouvernant la nation ou d’un Organisme hiérarchisé. Ce sont toujours les structures et le consensus qui permettent l’exercice du pouvoir social. Ainsi, les désignés selon l’institution sociale commandent toute l’entité étatique ou organisationnelle en lui imprimant l’orientation qui convient à la conception collective, aux fins visées par les gouvernés selon la discrétion des gouvernants représentant officiellement les intérêts de tous. En effet, dans le meilleur des cas, compte tenu du sens politique du pouvoir social, tout est censé être pour l’ensemble des gouvernés. C’est la signification immanente au consensus politique, à la prise en charge des intérêts à travers le ludique organisationnel… Naturellement, nous savons que très souvent, le plus fort du temps, les choses se passent tout autrement, mais ça, c’est un autre sujet à débattre.

 

Quant à l’autorité, pour être vraie, elle tient de la personnalité des hommes au pouvoir. Car l’autorité incarnée en la personne des chefs qui, nominalement détiennent le pouvoir institutionnel, ne découle point de ce pouvoir. L’autorité est émanation et expression de la sagesse, de la capacité à prendre de la hauteur dans les principes pour dominer les contingences, tout en manifestant de la force de caractère. Le drame avec l’autorité vraie - rarissime parmi les gens du pouvoir d’État contemporain où les politiques financés par des groupes, sont des désignés téléguidés de puissants lobbies qu’on fait légitimer par les foules votantes - c’est la capacité de noblesse de sentiment, de mesure pour transcender toute tentation de démesure et d’abus et faire en sorte que cet attribut de caractère fort, pleinement en contrôle de l’attribution politique, soit toujours pour le bien de ses gouvernés en décidant. L’autorité est procession de règne à l’intérieur de la puissance qu’est le pouvoir.  Si un homme se juge si bas qu'il se vende pour l'argent ou le pouvoir, peut-il jamais accéder à la dignité humaine pour être une autorité vraie à côté de l’autre part de l’autorité qu’est le caractère fort?

 

Une grande faiblesse de caractère où les seules décisions prises, le sont au nom de quelques minorités et groupuscules puissants instrumentalisant le pouvoir au dos des soi disant dirigeants. Ici, c’est l’inconséquence de l’homme qui prête visage au pouvoir, responsable sans décision ni jugement anticipateur de ses choix, ou pour dire clair, de ses actes impliquant la vie d’autrui: la veulerie scélérate. Un crime immonde contre les gouvernés.  Je ne parle pas, ici, de la discrétion respectueuse d’autrui dans l’exercice du pouvoir, où l’autorité est forte mais mesurée et habilement pondérée loin de toute hybris car sachant ajuster le pouvoir au service de ceux au nom de qui ses détenteurs avérés sont censés l’exercer. Cela, c’est de la frugalité. Une immense vertu par sa rarissime existence parmi les hommes. Sur le plan étatique ou organisationnel, avoir le pouvoir sans le caractère de l’autorité, est désastreux, car cela implique une autorité dissimulée, pouvant transformer un fantoche agité par des manipulateurs dissimulés pour accomplir leur propre volonté aux dépens des dirigés qui ont fait consensus en acceptant ceux qui sont nommément au pouvoir. Ainsi, sur le plan personnel, certains élus ont le pouvoir sans avoir l’art de manifester une quelconque autorité. Dépendant en toute chose de l’économie et des vœux de puissant lobbies. La veulerie et la figuration ainsi manifestées, sont félonies contre les gouvernés qui, précisément, ont élu des représentants pour éviter l’accaparement du pouvoir par des groupes ayant des intérêts particuliers.

 

Dans un monde où de sournois et grivois groupuscules tirent les ficelles de nos marionnettes élues, le sort des sociétés baigne dans la corruption, polluée des toxines du larbinisme des élus au pouvoir. De toutes façons, aujourd’hui, dans nos sociétés dominées par des financiers et marchands, le pouvoir social est strictement fruit de l’allégeance au système pourri de l’économie. Le pouvoir social est donc l’apanage des fonceurs qui peuvent être, ce qui n’est pas rare, de purs scélérats,  ne sachant autre chose que l’art de bien se faufiler dans les structures. Là, l’autorité n’existe presque pas car c’est la structure qui prédomine et l’Homme perd son pouvoir s’il ose tenir tête à la structure qui ne manquera pas de l’éjecter. 

 

Hélas, des veules et balourds, des filous et des bonimenteurs, sans autorité sur leur propre être, se retrouvent avec les manettes du pouvoir social selon le vœu des détenteurs des structures qui permettent de fabriquer via des partis et des organes d’administration, des visages d’apparat au pouvoir des souverains de l’économie, vrais maîtres politiques,  manœuvriers dissimulés, de l’ordre social.   

 

   Autorité et accomplissement humain.

 

Pour revenir à l’autorité, il est remarquable qu’au plan non politique, même sans aucun pouvoir institutionnel, l’autorité peut être forte chez un esprit puissant sachant se maîtriser et s’imposer par la profondeur de la pensée, la sagesse de sa perception des choses et situations, la noblesse logique et morale de sa conception du monde. C’est là la face de l’autorité dite morale. Elle n’a pas besoin de la force publique ou institutionnelle pour mener les hommes. Elle ne se voue pas à mener les hommes car pour elle, vouloir mener les hommes est pathologique. Elle se veut simple inspirateur du sens qui aide les hommes à s’assumer et à se libérer de l’absurde apparent qui hante la banalité des vétilles journalières prises pour devoir et obligation dans les confusions courantes convenues et la grisaille des itérations quotidiennes où la circularité des choses ternit aujourd’hui la beauté d’hier. Car l’autorité qui vient de l’Esprit brise l’absurdité, nous rappelle le renouvellement intérieur de l’Homme, s’il met en action les biens impérissables, ses ressources atemporelles du spirituel. Le pouvoir n’est donc que le sceptre, l’apparat alors que l’autorité incarne l’aptitude à donner sens et vérité au sceptre, la puissante sagesse à utiliser le pouvoir selon la manière juste. 

 

Le pouvoir social est possibilité d’action sur des dominés alors que l’autorité sociale consiste en la mise en acte du pouvoir selon la personnalité qui lui imprime autorité digne ou indigne.

 

Il faut aussi rappeler l’importance du contrepouvoir qui est un pouvoir très fort. Car consensuel, nul pouvoir ne survit si le consensus l’instituant, est brisé et que les gouvernés, objets du pouvoir, n’en acceptent plus les codes et principes ou rejettent les gouvernants qui l’exercent.

 

Si tu peux prendre conscience de tes pouvoirs - car tu en as toujours quelques-uns - sur toi-même, sur ton semblable, sans doute ton proche, ton gouverné ou un gouvernant que tu peux toujours priver du pouvoir que tu lui as donné sur toi, si tu sais user de l’autorité qui est la tienne pour exercer ton pouvoir en décidant pour le bien tant pour toi-même et pour autrui, tu es donc en route dans l’ascension vers ton Humanité

 

Si tu priorises l’Esprit et sa Justice, comme charité qui commence par toi-même et s’étend à tous ceux que tu rencontres, alors, personne humaine potentielle par vocation, tu pourras dire que tu es en route vers l’accomplissement de ta vocation!

 

Si tu agis en toute souveraineté mais obéis aux principes éternels de ta nature spirituelle, profondément humaine sans te laisser ébranler par le bruit ambiant du monde qui abrutit et dévie, tu auras réalisé le but suprême du pouvoir et de l’autorité suprême qui est de te construire par delà les illusions. Ainsi, ta création sur cette terre, où tu es Esprit, quoique vivant et habitant dans la poussière de l’éphémère somatique, n’aura pas été vaine, puisque tu es dans l’Humanisation, la consécration spirituelle qui saisit ton destin d’Homme vers ta destinée d’Esprit.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

Tag(s) : #Monde du Concept

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