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Par Camille Loty Malebranche 

 

 

 

La misologie comme haine de la Raison et de sa discursivité est toujours un déni de la dimension rationnelle de l’homme, une dénégation d’une part de l’humain, un mal sous quelque soit sa forme. La misologie politique en pleine "démocratie", qui est de fait, le moulage de la parole et du droit de parole par l'idéologie oligarchique, constitue un anthropocide qui remplace l'homicide qui ponctuait le discours rebelle rationnel, non autorisé, dans les sociétés dictatoriales monarchiques ou républicaines où l'on tuait tout simplement le dissident discursif. Aujourd'hui, vu le claironnement de la propagande démocratique de la société, on a inventé ce que nous nommons donc l'anthropocide qui est l'excommunication féroce quoique discrète du porteur de discours rationnel non aligné aux prêts-à-penser et prêts-à-parler de l'ordre socioéconomique établi.

 

L'anthropocide est donc le meurtre de l'Homme dans sa dimension d'entendement pensant, en tant qu'il est systématiquement ostracisé.

 

Il est trois formes de misologie, la misologie du dépit, la misologie métaphysique et la misologie politique.

 

Platon présente, dans le Phédon, comment Socrate explique les prémices de la misologie individuelle à travers la méfiance des faux raisonnements. Une boutade aux sophistes dont la fréquentation, peut porter leur auditeur à la haine de la raison, tellement ils déforment tout sous une apparence rationnelle.    

 

En métaphysique, une forme de misologie est essentiellement, la haine des excès de la raison. Kant nous le montre dans Fondements de la métaphysique des moeurs à travers ces mots : « Plus une raison cultivée s'occupe de poursuivre la jouissance de la vie et du bonheur, plus l'homme s'éloigne du vrai contentement. Voilà pourquoi chez beaucoup, et chez ceux-là même qui ont fait l'usage de la raison la plus grande expérience, il se produit pourvu qu'ils soient sincères pour l'avouer, un certain degré de misologie, c'est à dire de haine de la raison. » 

Là, Kant nous désigne la misologie comme une sorte de tentation primitive chez l'homme, de fuir la raison qui nous force à penser, à interroger et à chercher à comprendre là où les espèces animales se contentent simplement d'exister par l'instinct. Il s'agit, en fait de rappeler à quel point, l'exigence de la raison n'est jamais un univers de facilité. D'ailleurs comme je l'ai souvent dit, pour l'homme de foi que Kant fut, lui, le piétiste, la foi est une position rationnelle en tant que c'est la raison qui arrête la raison en ses confins ontologiques pour sentir et vivre l'intuition transcendante.

 

L'on comprend que dès chez Platon, la misologie soit considérée proche de la misanthropie car elle est toujours une certaine haine de l'essence humaine. Nous disons quant à nous, que fuir la raison, est en quelque sorte abandonner la dignité de l'Esprit et de son entendement. C'est une mise à mort de la faculté  de penser par soi-même. Un anthropocide. Hormis le champ de l'intuition métaphysique, où nous devons dépasser la raison pour la sauver du rationalisme toujours excessif, dévié et déviant, nul n'est censé conspuer la raison sous peine de se déshumaniser lui-même.

  

Nous, nous dénonçons la misologie politique et sociale, une misologie devenant terrorisme d’État et intolérance sociale et qui se caractérise par l’exclusion de la pensée non alignée au pouvoir, le rejet, la marginalisation voire la persécution de quiconque s’exprimant par le discours rationnel et critique. Cette excommunication du discours qui sévit depuis l’Antiquité, sous la dictée des profiteurs du pouvoir social est une misologie criminelle dont le pouvoir social use selon l’évolution sociale à travers l’histoire. Hier assigné à boire la ciguë, aujourd’hui, exilé intérieurement par les murs institutionnels, le penseur non aligné, demeure le torturé des jongleurs du Moloch étatique.     

 

Toutefois, si c’est classique que le sot feigne de cracher sur la connaissance pour cacher sa sottise ressentie comme une insupportable balafre, quand toute une presse fait le pitre avec un air sérieux, érige la désinformation et l’abrutissement produits comme idéologie dominante, c’est le retour à la barbarie primitive, aux instincts bassement pulsionnels d’une espèce qui, pourtant ose encore clamer son humanité. Les médias mainstream s’évertuant à ne propulser que les contrevérités systémiques en toute circonstance, et cela à travers des émissions bêtifiantes dites people, l’abêtissement de la société en pays dits libres, constitue le pire ennemi de la démocratie.

 

Dans nos sociétés de promotion de l’inculture, où le populisme culturel fait son invasion rampante agressante envahissante, où la culture n’est plus qu’affaire de spécialiste, de stars surmédiatisées parfois exhibant leur vertu par des spectacles à connotation phallique pour embraser les foules, l’arrogance systémiquement encouragée de l’ignare manipulé, tient allègrement le devant de la scène. Sauf que, autrefois, les élites sociales pourries jusqu’au médullaire, évitaient de se mêler directement aux pires bourbiers de leur société conçue, par des déclarations terre à terre. Maintenant, la puanteur des mœurs a le vent en poupe et cette proue où le balourd de servitude conspue l’entendement dans le triomphalisme malsain d’un système social méphitique, est une planification éhontée des establishments qui ne le dissimulent plus à travers leur immonde presse. Et, plus que jamais, dans les codes de l’État et de la société, avoir la culture réflexive ou pratiquer l’élévation de la pensée non préconstruite non simplement académique, mais de construction idéelle, est soupçonné de tous les maux, frappé à coup sûr d’excommunication subtile et inavouée.

 

Être intellectuel distant du consensus idéologique tacite à l’œuvre dans la société, ou même être cultivé loin des breloques du populacier officiel et médiatique, constitue un mal passible d’ostracisme étatico-social; et savoir penser, un crime qui n’a d’égal que la haine structurelle des cerbères oligarchiques qui profitent des biens communs de l’humanité, accaparés selon l'arbitraire de la pensée idéologique, unique et exclusive de leur structure de pouvoir. 

 

La misologie politique, dans la gouvernance d’État, de sociétés telles les institutions religieuses, est la transformation de l’organisation sociale et sa gérance en dogme métaphysique par les chefferies et establishments s’imposant en oints d’un absolu transcendant (le dieu, le peuple, le destin) qui, ainsi, aliènent mentalement la société, qu’ils rendent complice du pouvoir qui l’écrase, en la portant à haïr toute critique structurelle. En effet, quand une société est si misérable qu’elle suit au millimètre près ses bourreaux dirigeants et leur presse qu’elle honore et croit aveuglément au point de museler la critique, prohiber l’expression des dissidents, la démocratie n’est qu’un vaste canular pour balourds zélateurs et manants de service, une misologie despotique des puissants pour faire de tous leurs zombis "démocratiques".

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept

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