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Par Camille Loty Malebranche

 

Le temps et l'imaginaire sont des piliers fondamentaux de l'histoire. Pour le temps, c'est évident, comme on le dit: "l'histoire en fait l'unité", étudiant le passé au présent pour nous donner une projection sur le futur. Le temps est aussi le fleuve événementiel de l'histoire à travers l'espace. Mais quid de l'imaginaire?

 

Sur l'imaginaire dans l'histoire, nous répondons que les mythologies fondatrices constituent une sorte d'Adn immatériel des peuples, en tout cas, un condensé où sont inscrits les éléments du caractère social des peuples, leur détermination par la pensée, leur projection de soi et l'action qui la manifeste. C'est dans les mythes fondateurs qu'il faut chercher l'origine des réflexes et du réflexif qui exprime le caractère des sociétés! Comme des bases en creux d'où la réalité mentale et comportementale des peuples s'évase en relief, les mythes fondateurs motivent l'action qui exprime la manière d'être de la société.

 

D'où vient que des peuples privilégient la force brute sur la sagesse, pourquoi telle société semble défaitiste et d'autres prédatrices? Et comment expliquer que des sociétés galvanisées par leurs gouvrernants, sont agressives, invasives? Parce que c'est leur vision de départ, leur manière de se différencier, leur weltanschauung caractéristique selon ce que ces peuples et sociétés proclament leur identité. Tout cela est le plus souvent déjà lisible dans les dieux et héros mythiques, produits comme vrais par des curies, des chefs à travers la latrie et la politique...

 

Les grecs puis les romains qui les ont copiés, ont choisi la violence, la guerre, les héros du bellicisme comme effigies de leur grandeur?! Pour les grecs, par exemple, les titans et cyclopes, Prométhée et Héraclès annoncent les exploits d'un Alexandre le Grand.

 

Les héros réels sont inspirateurs par la légende qu'on leur crée. Pourquoi en occident, la mosaïque ethnosociale qui forme cette civilisation composite promeut par exemple, un monstre comme César, malgré l'adoption de la république et de la "démocratie" par les sociétés occidentales, alors que Jules César fut le fossoyeur de la république romaine? C'est parce que César et son militarisme conquérant, justifie au présent, les voeux impériaux des superspuissances, des conglomérats et posent leur agressivité, leurs exterminations d'autrui, leur hégémonisme sur le plan non du crime contre l'humanité mais de la gloire et de la légende. La légende des héros de l'histoire réelle, a la faculté particulière de permettre la transposition des horreurs du présent dans chauvinisme, le patriotisme agresseur, le nationalisme délirant. Ainsi, les pires crimes sont héroïsme, magnanimité et saga des sociétés au filtre des manipulations imaginaires des faits de l'histoire. L'histoire est donc fille et mère des mythes tour à tour dans l'évolution des sociétés.

 

Toutefois, en-deçà et au-delà des différences multiples, innombrables que les mythologies nous dévoilent parmi les sociétés, une "valeur" paraît s'être universalisée: la violence unificatrice par le pouvoir d'État. L'État fit son entrée dans l'histoire et par la violence acceptée, légitimée, mène et détermine le fatum des sociétés. 

 

Dans nos sociétés de fausse liberté d'expression, la misologie continue d'ostraciser en marginal le discours non officiellement aligné qu'elle noie sous le flot continu du mensonge officiel par les nouvelles et le loisir des médias.

 

Pour épandre leurs alluvions idéologiques dans le terreau mental et comportemental des individus, les guides de l'histoire embrasent et incinèrent les esprits au gré d'un imaginaire forgé à partir d'une sémantique adaptée à leur pouvoir de maîtres qui se créent une majorité d'hommes-réflexes, ombres anthropomorphes, vidés de toute faculté réflexive hors du cadre systémique globalisateur, expropriés de l'attribut de spontanéité de l'entendement et d'autonomie de penser à l'intérieur de la plupart des sociétés 

 

L'histoire est le ludique de l'imaginaire, le jeu de tissage des valeurs, la création d'axiologies adaptées au besoin des oligarchies gouvernantes. Les chefs des sociétés opèrent par changement du sens des actes les plus odieux par des mots laudatifs pour ne pas répondre des conséquences de leurs horreurs. Tout crime oligarchique, par la morale fantôme hallucinée dans l'idéologie et son art de la nomination, devient exaltation. L'exaltation de l'horreur par le langage, est l'apanage fondamental des idéologues. Ainsi, la conquête sert de nom mélioratif que construit l'argutie des pillards hégémonistes meurtriers de l'histoire. La civilisation dissimule la barbarie de la prédation et de l'asservissement... En vérité, on écrit, fabrique de l'épopée avec le crime quand le succès et la victoire ponctuent l'opération de vol des envahisseurs; c'est là un fait pérenne de l'histoire.  

 

Les tenants du système instaurent l'empire de ce qu'il convient d'appeler leurs sémioïdes (signes artificiels), pour régner sur le monde. La falsification du signe est le plus grave coup porté au sens car il sabre à la source les repères. Ainsi, chaque institution du système de pouvoir, officiellement érigé au nom de l'État-Nation, au nom du service de l'administration à la nation, communauté nationale, n'est en fait que structuration de l'expropriation du pouvoir du peuple mis à l'écart grâce aux mailles institutionnelles étayées par ces structures. l'État, en tant que superstructure, s'il fournit au peuple les services publics dont il se prévaut pour imposer sa nécessité indispensable, c'est pour mieux fixer le pouvoir de quelques-uns. Car de fait, l'État efface la société, annihile la nation qui pourrait s'autoservir et s'organiser par elle-même en s'imposant mégastructure gérant tout, décidant de tout entre les mains de quelques privilégiés. La dévoration du peuple par l'État, est un fait quasi universel de l'histoire. Les puissants ont donc comme engendré un imaginaire du paternel qui doit infantiliser tous pour faire régner leur parentalisme tant à l'échelle familale qu'étatico-sociale. Une mentalité parentaliste qui semble avoir totalement subverti le sens de la société à travers le temps et l'espace.

 

La politique exploite la mythologie et crée sans cesse de nouveaux mythes qui sacralisent par essentialisation théologique, le statut de l'autorité.

 

Ainsi, même dans nos sociétés scientifiques, rationnelles, l'autorité n'est, de fait, jamais totalement profane. C'est un fait planétaire devenu caractère des sociétés.  

 

Dans un monde où les dirigeants d'État se scénarisent en usant de l'histoire selon la romance qu'il leur plaît de lui appliquer, nous devons comprendre que les faits réels ou prétendus de l'histoire participent plus ou moins d'une certaine uchronie laudative des puissants.

 

L'imaginaire ultime de l'histoire officielle est donc la part d'uchronie instituée par l'herméneutique historique instrumentale voire l'historicisme des puissants se servant de l'histoire.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept

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