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Par Camille Loty Malebranche

 

L’idéal n’est rien d’autre que le point de mire qui permet à l’Homme de manifester sa perfectibilité. L'idéal se corrompt quand l'homme prend le devenir social et situationnel comme sommet plutôt que de se propulser lui-même comme espace de tout idéal, champ de labourage des cieux à atteindre. 

 

Si l’excellence est de l’ordre du possible humain, nous savons que la perfection est divine et que l’idéal, sa poursuite, en tant qu’attraction et impulsion féconde la perfectibilité humaine et donne à l’homme le pouvoir de transcender la misère de cette existence par la contemplation rapprochée du Beau, du Véritable et du Sublime. En parlant ainsi de l’idéal, me vient à l’esprit le sens du mal, ennemi de tout idéal… On décrit souvent le mal par privatif sémantique, comme un manque, une omission sur la route de l’action et de la vocation ontologique de l’homme. En fait, est-il superfétatoire ici de rappeler que Bien et Mal sont ontologiques et ne se circonscrivent guère aux codes d’éthique et de déontologie. Car au plan métaphysique, le Bien est la Voie, la Vérité et le Mal, la déroute, l’erreur. Malgré l’apparent manichéisme de la chose, il n’en est rien. Car le mal est avant tout une déviation dans l’action, cette manifestation suprême de l’homme, une déroute active loin de notre voie existentielle.

 

Le mal, même par omission, est action de la volonté de notre conscience mal avertie et donc pervertie par notre vision subvertie de l’idéal ou par abandon pur et simple de l’idéal. Car la volonté est soit éclairée soit enténébrée selon notre niveau de conscience. Le Bien et le Mal se retrouvent donc dans l’interprétation de l’action et de nous-mêmes comme terreau de l’action. Le mal est mésusage actif ou omissif du bien. Toutes les facultés exaltantes de notre nature y sont mises à contribution de manière perverse à altérer l’appel à la perfection, l’impulsion de la perfectibilité, l’attraction de l’idéal par la saleté et la méchanceté. Le méchant n’est rien qu’un pervers qui subvertit le sens des dons inscrits en nous. Ainsi de notre pouvoir qu’est la pensée-action, (la pensée et l’action étant un couple) car une faculté mise en acte est pouvoir, nous avons cultivé le faux dépassement, l’idéal faux de la domination et de l’écrasement d’autrui. Régner sur la ruine de l’autre. S’identifier stupidement aux acquis matériels dans l’espoir que leur accumulation nous fera plus humain par l’humiliation d’autrui à qui nous ravissons tout sous prétexte de propriété.

 

Notre montagne, au lieu d’être hauteur est devenue comme pour Sisyphe ou Prométhée, lieu de supplice et d’expiation de nos déviances, mirage d’élévation de l’esprit aliéné de l’homme qui corrompt la culture et aliène la civilisation. De ce qui devrait être voie d’amélioration, nous avons fait les clous de dénaturation de nous-mêmes. Désignification spirituelle et assouvissement aveugle et volontaire dans le vacarme du réel par peur de nous rencontrer et de nous voir si pauvre en être, voilà la trace triste de l’humanité déshumanisée.

 

Au-delà de l’orgueil de civilisés qui nous caractérise, toutes les propagandes de notre civilisation scientifique où désormais pour plusieurs, nous ne sommes que des bêtes bipèdes voire des machines programmées qui n’ont ni transcendance ni besoin de dépasser le réel dans son immédiateté et sa tangibilité, signe extrême et ultime de reddition aux plus bas par l’abdication de l’idéal, l’homme contemporain au moment où, paradoxalement il se porte vers l’espace (le ciel) par toutes sortes d’espoirs loufoques de déménager un jour ailleurs dans l’univers, semble inapte à regarder et à contempler le ciel, figé crassement dans la poussière et la bassesse.

 

Et dans le voyage de civilisés qui courent à la barbarie, l’idéel qui trahit l’idéal et nous fait dieux de mort et d’horreur, il faut aux hommes de volonté éclairée, une halte et l’exigence de correction après cet amoncellement de maux, ce fatras d’incohérences par orgueil malsain à travers l’histoire.

 

Rebâtir la culture, refaire la civilisation et repartir en quête de notre humanité en réhabilitant l’esprit dans sa vocation de vie et d’amour. Établir des valeurs de respect de l’homme contre le primat de l’économie et de l’hégémonie, ces ferments tératogènes de haine, d’ethnocentrisme et de sociocentrisme, telle est l’autre vocation de cette espèce en dehors de quoi, c’est l’autodestruction ambiante en cours qui l’entraînera jusqu’à la disparition. La violence agressive et le besoin voire la nécessité d’y répondre par défense de soi transformera la terre en charnier du terrorisme nucléaire et biologique. Avec la médicalisation extrême associée aux « Big Pharmas » qui marchandisent la santé en bombardant les hommes de médicaments excessifs et l’agriculture chimique avec ses manipulations génétiques, ses pesticides qui font du corps humain une sorte de poubelle de matières toxiques, l’humanité vit sa propre scène de catastrophe dans la tragédie écrite, scénarisée par ses élites économiques et exécutée par l’État au gré des politiciens prostitués. Le tragique, désormais plus qu’existentiel à l’échelle du désespoir des nihilistes individuels, est politique et collectif dans la société de l’horreur qui l’entretient comme le mauvais sort de la civilisation…

 

Apprendre à féconder une nouvelle weltanschauung culturo-civilisationnelle ou mourir, tel est le mot d’ordre de la nouvelle morale salvatrice. Et, que l’idéal digne de notre essence spirituelle, idéal bien réaliste, trouvant enfin sa vérité et sa suprématie en nos consciences, nous devenions capables de réengendrer ce monde par une axiologie socio-politico-économique humanisante et libératrice du mental.

 

Que nos consciences imprégnées d’autres paradigmes, d’autres valeurs, nous aident à fonder comme par anisotropie morale, la voie finalitaire quoique sans arrivée parce que toujours perfectible du tropisme de l’amélioration de la communauté humaine dans ce qui peut être encore réparé, rebâti !…

 

Et, le rêve au-delà de sa face onirique (songe) lorsqu’il imprègne le réel par sa dimension téléologique (projection), se charge de nous mettre à la poursuite de l’idéal, cet horizon ontologique, forme véritable, soit, mais inatteignable et donc constamment exaltante et motivante pour l’amélioration de soi et l’élévation existentielle.

 

En concluant provisoirement cette réflexion, me vient en mémoire un paradoxe existentiel, celui du spirituel et du charnel.

 

Il est clair que l’homme spirituel est celui dont l’esprit, hypostase métaphysique se reconnaissant éminemment transcendant, s’efforce de vivre et de féconder la splendeur divine qui est en nous, alors que l’homme charnel est un lâche qui abandonne l’appel aux sommets, s’abandonne et nie la vérité de la nature humaine. Il est donc plus que certain que c’est l’esprit qui est authentique et donc assume son essence chez l’homme spirituel et c’est aussi l’esprit qui se trahit, se dénie, qui est donc charnel chez l’homme non spirituel, ce que j’appelle le charnel psychologique, la reddition aux abîmes et bas instincts qui, eux, n’ont guère besoin de nous appeler mais profitent de nos laisser-aller, nos veuleries pour sévir.

 

L’idéal qui déifie, la force d’esprit qui sauve des gouffres du charnel, ne se trouve que dans la foi et la spiritualité, la pleine conscience de la vocation transcendante de l’homme. L’idéal vrai refuse donc les breloques de la matérialité des succès temporels situationnels pour viser à l'être de l'homme entretenant l’élévation qui vient des profondeurs de la nature humaine.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept

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