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Par Camille Loty Malebranche

  

 

Dans l'univers humain, la force peut être définie comme toute prérogative conférant un pouvoir aux uns sur les autres. Certaines femmes, par exemple, exercent un pouvoir par la grève sexuelle, le chantage sentimental sur leur amant, là où l'homme use de force de commandement ou de machisme. L'enfant, à partir d'un certain âge, peut recourir à la mignardise comme force pour ramollir l'adulte, dans des circonstances précises... La force est donc le lieu du pouvoir et de son usage de décision ou d'influence sur autrui.

 

Dans le monde de cette espèce à déchéance multiple, dite humaine, la gestion de la force quelle qu'elle soit, est - sauf parmi quelques marginaux sachant transcender l'instinct de la domination - un abîme de tous les délires et excès. La force, lieu de la fréquente monstruosité des plus forts, presque toujours trop faibles dans leurs pulsions de pouvoir pour ne pas y céder à l'abus, est, par l'usage qu'en font les humains, un livre ouvert sur leur nature brute ou raffinée, car à un niveau ou à un autre, tous ont un petit champ de prérogative, où ils se dévoilent selon l'usage digne ou indigne de leur force.

 

Parmi les animaux carnivores, la corpulence permet l’usage de la force qu’elle confère aux différentes espèces prédatrices.  À ce stade, la force se réduit peu ou prou à la répartition de la chaîne alimentaire déterminant la logique à la fois vitale et mortelle de la prédation, selon que l’on ait la prégnance du prédateur ou que l'on subisse la terreur de la proie. Là, c’est la nature qui décide et c’est littéralement amoral, parce que question d’instincts naturels et de nutrition.
 
 
Si au début de son histoire, l'humain devait affronter les pires rigueurs de la vie en pleine nature, pour sa défense face aux animaux sauvages, pour la chasse, la survie; et si les humains continuent à avoir besoin de leur force musculaire pour certains travaux, la machine accomplissant pas mal d’efforts productifs à notre place, la force est devenue une quête et une acquisition culturelle par la création de structures et d’armements. Forces mentales, intellectuelles, techniques, technologiques fondues systémiques, mettant à contribution le génie humain, pour surtout et avant tout servir la violence dominatrice, la prédation de l’homme par l’homme. 
 
 
L'homme est devenu, dans son histoire, le seul prédateur qui choisit sa propre espèce comme terrain de chasse. Par arme blanche ou arme à feu, par structures institutionnelles à travers les systèmes politiques et économiques, l’homme excelle dans la cynégétique homo-exterminatrice qui voit son semblable non pas comme possibilité de fraternité, mais comme marchepied à piétiner pour ce qu’il considère sa propre ascension.
 
 
Parmi les hommes, la force a souvent, presque toujours une connotation de brutalité, d’abus et de destruction intra-espécielle. Entre les dépenses militaires, la course au nucléaire, le poing du plus grand écrasant le plus petit, le détenteur d’un banal pouvoir maltraitant un subalterne, l’espèce humaine a du mal à transcender son animalité hideuse et meurtrière. Et le pire, terriblement armé par la raison, l’homme invente une rationalité lugubre et mortifère pour justifier crimes et prédations. Comme nous l’avons dit dans un autre texte, les pires hécatombes humaines, les guerres, ont trouvé à l’entendement animal des envahisseurs, un langage mélioratif par les vocables de l’art militaire… L'assassin qui tue pour voler terres et biens, en asservissant des populations entières, porte le nom de génie militaire, de héros. 
 
 
La manière d’usage de la force constitue l’un des plus rudes butoirs à l’évolution de l’animal humain vers l’humanité effective.
 
 
Le Christ, à la veille de son sacrifice rédempteur, lavant les pieds des disciples, leur disait dans sa sagesse spirituelle "que celui qui veut être le plus grand d'entre vous, soit le serviteur de tous"! La force avec le pouvoir qu'elle sous-tend, si elle n'est pas transcendée par le plus fort pour être au service du plus faible, est, en effet, l’une des pires faiblesses affectant les possibles d’humanisation de l’espèce.
 
 
CAMILLE LOTY MALEBRANCHE
 
 

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Tag(s) : #Monde du Concept

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