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Par Camille Loty Malebranche

 

L'Histoire nous place en présence de l'éternel dilemme ontologique et théorique qui caractérise toute démarche de distanciation transcendantale vis-à-vis des configurations qui nous englobent: comment puis-je, en effet, étant historique, parler objectivement du signe dominant de l'Histoire, ce qui révèle son essence et son sens, lequel me détermine au moment même où j'en parle?

 

Je ne peux en déceler que les généralités dans le temps et tenter d'en interpréter les sens et multiples herméneutiques appliquées pour en discerner le signe dominant que j'appelle signe conducteur vu son primat dans la détermination de l'aventure historique de l'homme c'est-à-dire de l'évolution existentielle et temporelle ô! combien plurale de l'espèce humaine!

 

L'histoire n'englobe pas "la totalité des étants" comme le suggère Derrida car il est des étants intemporels: les sentiments, l'amour, la jalousie... par exemple, ne sont pas historiques. L'histoire est en fait l'empreinte naturelle de l'existence et de l'évolution des étants de la temporalité pendant leur durée. C'est la marque indicatrice et mnésique de l'existence de tout être relevant du temps et de l'espace vu que l'histoire n'a pour objet que le spatio-temporel. 


L'homme, comme « animal politique » se présente à la fois en tant que conscience abstrayante et fondatrice de modes d'adaptation divers; aussi diversement que les situations et les exigences tant naturelles que culturelles le motivent. D'abord l'histoire phylétique qui est celle du rapport de l'homme avec la nature puis celle de la société donc de la civilisation qui s'en est suivie, se positionne sous le signe souverain d'une espèce unique - n'en déplaise à certains bavards extrémistes de l'évolutionnisme - dont l'évolution est culturophore c'est-à-dire créatrice, porteuse de civilisation. Les évènements de l'histoire ne sont en fait que des pierres posées au cours des âges à l'édification de la civilisation fortement marquée par les différents modes d'économie politique qui caractérisent la manière de vivre des sociétés. Au-delà des uchronies idéologiques qui s’efforcent de raconter l’histoire comme l’hagiographie des puissants et des vainqueurs, par delà les mensonges historiens, c’est à un mélange de passions, de rationalités agressives et monstrueuses, d’élimination des faibles et des naïfs qui ont cru à la fraternité des autres, que l’Histoire a surtout contribué au nom de l’intérêt et de l’hégémonie masquée par l’idéologie.

 

Quels que soient les sens que l'on donne ultérieurement à l’Histoire: dispensation divine selon les pères de l'Église, morphologie de l'humanité selon Herder, essor du matérialisme socio-économique selon Marx ou errance chaotique et absurde dans le temps selon les nihilistes; elle est substantiellement l'aventure par laquelle, cette espèce animale, refusant l'animalité, a créé la civilisation, instauré ou identifié des signes à partir desquels elle interprète la nature et "définit" la réalité et le non-réel.


Espace de toutes choses humaines, l'Histoire, au-delà des doctrines historicistes, est le fleuve de la temporalité gérée et assumée qui concourt à l'engendrement de tout, et chose prééminente: des mythes fondateurs et des évènements. Elle ne se dilue guère dans la science et la philosophie, elle qui englobe et détermine la condition des êtres et de leurs étants spatio-temporels (ici nous évoquons les hommes et des institutions). Mais quoi? Peut-on, toutefois, fort des données de l'Histoire même, dégager les structures et l’essence historiques? C'est ici le paradoxe de l'Histoire, elle qui étudie la genèse et l'évolution de tout, a-t-elle la faculté de constater les structures dont elle est faite et qui ne serait que l'histoire du constat de cette évolution des êtres, étants et situations, et donc une Auto-Histoire qui est l'histoire de l'Histoire? Ce qui aurait pour conséquence immédiate, l'annihilation du concept de période, cette ossature majeure de la structure historique, car au fil des temps, la réalité de l'Histoire serait celle de sa structure permanente. Or, la permanence est par nature apériodique.

 

Un autre paradoxe de l'Histoire, elle qui assigne tout à un passé et donc à l'impermanence, elle conjugue toujours ses verbes au présent pour signifier sa permanence, son omniprésence; elle a tous les âges, pourtant elle est l'âge unique de tout ce qui se pose sur le plan de l'être, de tout ce qui se manifeste comme présence comme si la substance des faits - parce que relevant de la nature pérenne de l'homme qui les perçoit par sa conscience - était immuable. De sorte que, dans le sérail de l'étude du fait historique, la factualité renvoie à la totalité générative comportant tous les évènements qu'enfante l'histoire, elle et elle seule. Au sens strictement ontochronologique, il n'y a pas d'évènement pur. Car l'évènement s'entendrait ici, du moins à notre regard sémioanthropologique, comme fait isolé, césure dans le flot de l'historicité, or le fait s'immerge dans l'événementialité continue de l'Histoire, selon la présence et l'activité ininterrompue des humains, mais aussi parce que l'Histoire est tout simplement constat invariable et permanent de ce qui est. Ainsi, les évènements sont des formes fantasmagoriques, formes fantômes qui signifient la réalité, c'est-à-dire de l'Histoire constamment en route, de l'Histoire perpétuellement en train de se faire. Alors, le signe qui s'interprète à travers ces faits, transcende toutes les différences en tant qu'il manifeste, lui le durable, ces faits en tant que non évènements, mais aspects fugaces et révélateurs du visage protéiforme de l'Histoire... C'est donc peut-être là, l'un des signes dominants de l'Histoire - entendons ici l'histoire de l'humanité à travers les aspects de la vie sociale - l'événementialité due à l'action humaine sur cette terre, une événementialité tant concrète qu'idéelle, tant matérielle qu'immatérielle. Une événementialité où l'action en son cours continu soit fluide soit conflictuel des événements, prouve que le nouveau qui chasse l'ancien en relève presque toujours par prolongement ou par rupture, signifiant ainsi l'évolution des sociétés et le devenir collectif des humains dans le temps et l'espace.  

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept

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