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Par Camille Loty Malebranche

 

Le fait de l’aporétique, c’est de tenter d’aborder par une forme singulière de raisonnement, des sujets de réflexion non logiquement objectivables. D’une part, la modalité que nous appelons, aléthico-cognitive de l’aporétique, est de n’oser aucune affirmation ni infirmation sur l’objet de son intervention, qui n’est jamais que sujet, c’est-à-dire chose monolithique globalement considérée et qui ne peut, en aucun cas, être divisée par l’action critique de l’analyste; d’autre part, l’aporétique est construction d’une discursivité comme refus du non savoir, renvoi de l’agnosticisme par l’esprit humain en train d’interroger l’imprenable, de considérer l’intangible qui se dresse devant lui. Ainsi, l’aporétique, au fil de ses apories, ses parts élémentales, manifeste comme par monstration paradoxale les limites du savoir humain sur le sujet abordé sans jamais être démonstrative.

 

L’aporétique s’efforce donc d’indiquer en l’interrogeant, le voile de ses choses sans pouvoir les définir. Elle ne prétend guère toucher le mystère mais entend signifier la multitude de possibles inclus dans l’inspécificité de ses « objets » entre guillemets, vu que rien n’est ici objectivable comme nous l’avons déjà souligné. Un modèle classique et fini d’aporétique, est celui de la question des origines, de la Quiddité de la Substance originaire fondamentale. Car poser la question d'apparence toute simple (d’où vient le monde?) met en branle toutes les interrogations gnoséologiques et épistémiques du grand champ de l’ontologie générale, je cite la cosmologie. Cosmologie qui, depuis toujours par la science et la philosophie, avec ses immenses ressources d’astrophysique, de théologie, de chimie et de mysticisme ne sait que montrer la complexité indéfinissable du surgissement du chaos organisé qu’est le cosmos et de cette autre question fondamentale que détermine le cosmos : l’Être.

 

L’univers nous dévoile l’aporétique fondamentale, celle de l’Être comme Méga-Problématique à double visage: celui d’une Présence incontournable en tant que nous en relevons, mais aussi celui de la fascinante aporie de ce que nous pouvons désigner par le néologisme «Antéprésence», cette présence première génératrice de toute présence et qui, de toute évidence, n’est point physique, ne relève ni du temps ni de l’espace, ces aprioris kantiens, et exige l’intuition et la révélation par delà tous les orgueils et toutes les sciences puisqu’elle se situe en deçà du logiquement abordable sans pour autant être alogique, parce que condition première des objets de toute logique possible. 

 

L’aporétique est donc le système des formes évanescentes, échappant aux dogmes comme aux sciences, qui intronise l’intuition comme mode premier de saisie de la vérité du monde, au-dessus de tout principe établi, étayant l’interrogation comme modalité de l’esprit comme non sachant mais point comme ignorant. Car ne pas savoir ne saurait vouloir dire ne pas connaître. Connaître (con-naître) constitue selon notre considération herméneutique de sa morphologie, un lemme composé se rapprochant du syntagme par ses deux morphèmes, où il évoque pour l'individu, ce avec quoi il naît; et pour la communauté, le fait de naître ensemble. Connaître suggère donc deux possibles: 1) un pré-savoir constituant un ensemble inné d'informations indescriptitbles et indéfinissables induites par l'intuition que nous portons en nous sans comprendre pourquoi ni comment; 2) un après-savoir par tel savoir acquis par un ou des humains, qui se partage et ainsi fait naître ensemble la communauté des sachants. Ainsi au niveau de l'aporétique, si le savoir, empan de l’empirie et de la méthodologie circonscrite est néant en tant que tel, la connaissance, elle, lieu ouvert de l’interrogation sans farfelu des possibles imaginables quoique non encore sus, brille d'expressivité. Aussi, l’aporétique est-elle l’espace de l’étant à rebours intelligé grâce à son flou établi, flou qui en consiste donc le profil indescriptible parfaitement montrable, sans jamais être chose sue et démontrable car sans contour saisissable, définissable!

 

L’aporétique est en fait le butoir du phénomène en tant que dans ses rencontres, ses rapports à l’être en général ou aux étants particuliers, elle ne nous laisse pas nous échapper par la distanciation imaginaire ou imaginale et nous remet à la place exacte où nous sommes, celle de l’étant quoique insolite que nous sommes, c’est-à-dire notre appartenance totale, notre détermination absolue par l’Être dans les deux schèmes de Créateur et d’Existence qu'il englobe. Créateur, car seul l'Être engendre de l'être; Existence, étant présence constatée et démontrable par les déictiques "il y a" "il est" et leurs semblables… Et, parce que Créateur, l'Être est-il par essence, Éternel, Antinéant intemporel qui a toujours été avant le temps qu'il a suscité en créant. Seul le Néant absolu est réellement néant en tant que pure fiction de l'imaginaire sans aucune existence nulle part. Puisque l'Être l'a toujours éclipsé avant, dans et par-delà le temps.

 

L'Aporétique est une manière de signifier le supralogique, le rejet de l'alogique et la lutte intellectuelle et métaphysique aux insignifiances oiseuses du sens commun avec ses bobards faciles pseudo-discursifs du nihilisme et de l'absurde!

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept

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