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Par Camille Loty Malebranche

 

Il faut haïr la haine sociale contre l’homme, c’est le point de départ de la charité, cet amour sans passion de toute l’humanité. Je rêve avec fureur le rétablissement de l’homme que destitue la société. 

 

L’obsession de l’arrivée sociale créée chez l’homme par les tenants systémiques de l’ordre économique sous prétexte d’accomplissement de soi, (« la motivation » pour la productivité et la performance sociale) est le plus puissant des opiums administrés à l’individu par le système socio-économique. L’individu en devient une ombre mimétique, un arriéré fasciné par le voyeurisme médiatique de l’étalage crapuleux des richesses volées à l’humanité. Individu qui se masturbe sur l’horreur inhumaine désignée modèle de succès voire parangon de réussite selon les prédateurs-profiteurs de l’ordre étatico-social, et croit jouir en contemplant de loin les ébats des maîtres du système, comme un voyeur à travers le trou d’une serrure… Alors comme un débile, comme un taré, l’individu ordinaire psalmodie la consommation excentrique des enrichis du mal systémique autorisé et adopte compulsivement quoique par singeries et grossièretés grotesques le maniérisme du consommateur cherchant l’être par l’avoir.

 

L’espèce humaine - dite sapiens-sapiens - telle que nous la connaissons, est laide, malade et horriblement méchante. Car, fors les maux naturels liés à la vie organique, je cite les maladies, la mort et les catastrophes naturelles, la plupart des fléaux qui sévissent au monde sont ses faits. La plus terrible, la plus ignoble des espèces que la terre ait portée, car elle associe diaboliquement le plus bas instinct de haine et de prédation à la pensée justificatrice de ses aberrations. Elle allie les pires propensions à l’horreur au plus grand savoir-faire intelligent pour réussir dans le mauvais. L’homme de l’horreur et des pulsions criminelles, s’est autoproclamé homo sapiens comme par simulacre d’une sapience bafouée et dont il ose s’autoproclamer le porte-étendard, le dépositaire cosmique…

 

Dans sa théorie de rapprochement de la science et de la religion, Teilhard de Chardin nous livre son regard sur une créature qui irait des premiers stades de primates dont la présence serait « scientifiquement » ponctuée par la théorie de l’Évolution, jusqu’à l’avènement de l’homo-sapiens via le surgissement de la noosphère (sphère de la conscience avancée qu’est la conscience humaine) avant d’aboutir à l’ultrahumain où l’homme ne sera plus qu’esprit. Teilhard a, de fait, perçu d’un point de vue phylétique, ce qui est en fait le parcours ontologique de l’Homme. À mon sens, point n’est besoin de se référer à la phylogenèse pour saisir cette évolution humaine qui n’est guère de l’Évolution. Elle est la voie physique et métaphysique tracée de chaque humain considéré de l’ontogenèse à la conscience et à l’éveil de la spiritualité.

 

Errance et effondrements de l’homo sapiens.

 

Kierkegaard nous donne à lire dans ses personnages de la sphère de l’esthétique : (Don juan, le juif errant, Faust) une vision plurale de l’errance humaine dans la civilisation. Errance psychologique et affective, errance métaphysique et réactive qui fait de l’homme un étant mû par l’incertain et les constructions ultérieures de ses « involutions » à l’opposé du spirituel et du sens. L’homo sapiens vacille dans l’absurde qu’il essaie d’exorciser par des réactions, impuissant pour l’action d’avant-garde, inapte à la proactivité. Ses effondrements multiples sévissent dans la constitution même de sa société à travers toutes les misères qu’il impose à ses semblables et finalement, par effet boom rang, à lui-même comme hantise, obsession, compulsion, coercition, toutes nées de l’injustice qui semble être l’effigie même de ses collectivités comme une sorte de pavillon arboré par un navire… Pour revenir à cette fameuse sphère de l’esthétique encore dite du sensible, nous savons que le sensible incriminé par Soeren Kierkegaard, a fortement empreint la littérature du vingtième siècle de Kafka à Sartre en passant par Camus, où les personnages fourmillent dans la confusion, l’embrouillement et l’absurde.

Le cheminement historique de l’humanité révèle bien cette idée d’errance de l’être humain sans ancrage spirituel et qui est transporté à vau de route par toutes sortes de ballottages situationnels.

 

Homme sisyphien, homme prométhéen, homme faustien…

 

L’intérêt n’est autre que ce qui est psychologiquement perçu comme trésor, et qui, si attrayant et si irrésistible, détermine toute l’impulsion et toute la passion de l’intéressé exalté qui agit. Comme dit le Christ : « là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur ». 



Parmi les archétypes d’hommes répertoriés à travers la civilisation, tous aussi nombreux que les stades imaginés par les tenants de l’Évolution, l’histoire humaine en est une de douleurs. L’homme de l’histoire des sociétés est avant tout, l’homo doloris si loin de l’éros, ce principe freudien du plaisir. L’injustice qui sévit au monde et n’est renversable que par l’intervention des héros, comme la damnation que seul le sacrifice du Messie de l'humanité a pu enrayer, nous prouve que le mal ravage l’histoire. 

 

Le saint holocauste de Jésus aura heureusement donné à notre espèce, la possibilité d’être au-delà de la douleur métaphysique du condamné par les apothéoses sacrales de la Résurrection qui s'en est suivie. Jésus ressuscité, c’est le don et la félicité de la Victoire pour quiconque croit en lui, lui, le Vainqueur céleste pulvérisant cet ennemi ontologique qu’est le péché et sa lugubre conséquence de damnation qu’est la mort. Le Christ Rédempteur divin envoyé par le Père Créateur a vaincu le Malin et pulvérisé sa préséance de condamnation pécheresse contre l’humanité. En Christ, l’Homme trouve le refuge de la justification permanente jusqu’à la fin des temps. Quant aux héros, un théoricien de l’histoire comme Carlyle, après et comme bien d’autres, nous en dit la nécessité pour les peuples! Nous, nous dénonçons un certain héroïsme dénaturé par l’idéologie ultra-matérialiste de dévoration de lhomme par lhomme, héroïsme qui titube dans le dolorisme au sein des sociétés mangeuses d’homme ayant cours dans l’histoire, lesquelles essentialisent le règne des criminels ayant conquis le pouvoir par l’argent et le mensonge, le meurtre et la manipulation. Sociétés qui magnifient les prédateurs et conquérants colons et esclavagistes comme héros de leur histoire. Nous envisageons donc lhomme de la civilisation, à la fois comme Sisyphe, Prométhée et Faust, tous, à vouloir faire de leurs congénères des Épiméthée traîne-savates qu’ils piétinent et méprisent, sont devenus eux-mêmes peaux de chagrins, méprisables et misérables en leur être, coltinant le faix métaphysique de leur aliénation ontologique…

 

Le désintéressement est un mythe. La valeur morale d’un acte, tient de la nature de l’intérêt qui le sous-tend. Intérêt spirituel, altruiste et humain ou intérêt mesquin de classe, de caste, ethnocentriste, sociocentriste, égoïste et inhumain. Tout est dans la nature des motivations de l’intérêt qui mobilise par manière d’attraction le sujet acteur qu’est l’homme ou l’entité sociale qui agit. Lorsque la politique aura enfin pour intérêt suprême et final le bien intégral des peuples, alors l’intérêt politique sera humain et non horriblement politicien c’est-à-dire vendu au règne des voleurs de l’oligarchie.

 

La société du 21 ème siècle est hantée par la mort menaçante, bombardée de slogans terroristes. Entre ceux, en occident, qui font des banques leurs souveraines à qui tous prêtent allégeance et les autres qui acceptent tout ce que leurs chefs religieux leur imposent, il est un véritable combat de chacals et de hyènes. Car ni les bombes de Bush contre l’Irak, ni les attentats non spécifiquement ciblés et circonscrits, et qui de fait, deviennent terroristes et criminels parce que tuant d’innocentes gens, ne sauraient faire avancer l’humanité. La barbarie de l’intolérance ici comme là, porte la même laideur, le même trait de sang versé et de violence.

 

Il est deux espèces d’hommes sur terre : les parvenus qui miment grotesquement l’arrivée en arrivistes sans avoir jamais quitté le port de leur vocation humaine vers la destination qui les appelle et les conquérants de soi qui marchent vers l’accomplissement.

 

Il n’y a pas d’accomplissement de soi sans une attention à vivre chaque étape de notre être essentiellement spirituel qui doit se manifester transcendant de ce que je nomme le charnel psychologique et qui est comme un affaissement du mental figé et prisonnier de notre dimension de chair et de sang où priment les instincts agressifs et animaux. C’est pourquoi, à vouloir brûler les étapes, la grande foule des perdus errent stupidement dans des ersatz de réussite extravertie, réifiés par le monstre salissant du système social, qui n’est rien d’autre que leur propre reflet mental. Car en vérité, jamais on ne brûle ontologiquement les étapes, l’on remplit le potentiel humain par les valeurs de sa vérité où l’on rate pitoyablement son être que l’on comble de mensonges distordus et d’apparats vides, mortels…

 

Le monde du prétendu homo sapiens vit un curieux et balourd paradoxe. D’un côté notre homme sage se veut partisan de la raison et de son exigence de la logique qui permet d’arriver à la vérité et à vivre selon elle, alors que de l’autre côté, il patauge dans la pulsion primaire de la horde avec une cruauté et une bêtise de meute. Je crois qu’il est facile de constater cette sorte d’antagonismes dans la vie sociale de l’homme dit civilisé où le normal, le juste, le vrai et l’admissible sont tous affaire de convention et donc de construction de quelques chefs ou élites, ratifiée bestialement et bêtement par le nombre dit société. Ainsi, les pires inepties et injustices telles la création d’argent à partir de rien par quelques grands banquiers, la soumission à ces quarterons de crapules politiciennes qui séquestrent les structures du pouvoir formant l’État, sont du registre moral du normal et du juste qui marginalise comme antisocial voire esprit négatif et haïssable, quiconque prend du recul face à l’ordre établi nécessairement bon et juste par l’indolent appui du grand nombre appelé peuple.

 

Dans les grands centres urbains où l’homo sapiens est censé se pavaner tout en exhibant ses facultés, ses talents, sa grandeur, on dirait, comme une malédiction mentale, où prolifère, pareils à des champignons vénéneux, une horde de moins que rien hantés par des complexes et déchéances divers. L’homme de la civilisation, homo sapiens ? En tout cas, la masse d’individus générés en nos sociétés, est pleine de préjugés crapuleux et de discriminations haineuses. Ici, en occident, c’est par la marginalisation que l’on procède tout en transformant en privilège, donc en non dû, les droits inaliénables de l’homme, tel le respect de ses mérites intellectuels que ne doivent avoir que les larbins du système politico-économique immonde sévissant parmi nous. Ainsi, la sexualité sale parce que vendue en guise d’arrhes de soumission et d’ouverture au code inavouable du social, la platitude du caractère, la flagornerie reptilienne, la reptation hideuse de l’intelligence sont les prérequis de l’acceptation dans la société de monsieur sapiens. Le singe en cage qui s’exhibe bien en funambule sur la corde des médias d’amusement et de désinformation, est le nouveau surhomme héroïsé pour la cohue des gorets n’ayant que glaviots et méchancetés contre la dignité. Car pour les monstres anthropomorphes qui nous dirigent, il faut se prosterner avant tout mérite et se réifier soi-même pour avoir la bénédiction des structures d’écrasement d’autrui à leur service. C’est cela être « positif » : devenir ordure qui chérit les ordures. Et alors l’on comprend parmi les réifiés innombrables constituant nos cités, quiconque, par conviction, refuse l’assimilation et dénonce les horreurs du statu quo, est un frustré, un aigri, un fou ! Voilà pourquoi je dis qu’il faille cultiver une joie intérieure subjective tout en combattant objectivement le mal. Toutefois, seuls des ombres mouvantes, néants ambulants, errant hagardement en leur inessentialité, ne sont pas frustrés dans leur humanité, ou peuvent demeurer sans colère devant la réduction de tant d’hommes en objets si abjects dans nos sociétés d’abjection non déclarée et d’avanie permanente contre l’humain.

 

L’Homo Sapiens, dans le sens onomastique de son appellation où il s’octroie la possession de la sagesse, montre tristement la tronche sans visage d’un être accablé d’inaptitudes ontologiques. Et parmi ses cruelles inaptitudes, celle mortelle du mésusage de ses formidables pouvoirs de pensée et d’action se retournant presque toujours contre son semblable contre lui-même contre son humanité proclamée. Et la terre, craquelée sous la foulée meurtrière de cet occupant dominant, s’essouffle comme si le Sapiens sans cœur, pétrifié dans ses déviances, ses perditions, était au bout d’une danse qui n’est même pas çivaïte, parce que sans promesse aucune de régénération, danse macabre et de mort où il a définitivement stupidement renoncé aux promesses divines et exaltantes de son essence…



CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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