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Par Camille Loty Malebranche


 

Le respect, cette obéissance au principe du primat de la personne humaine par lavenance, cette posture de considération d’autrui, comporte trois dimensions distinctes: le respect de non agression; le respect d’estime; l’ovation.

1) Le respect ordinaire qui est de non agression est un respect élémentaire et sans implication sentimentale ou de rapprochement. Le respect dont nous parlons ici, est avant tout l’attitude authentique de celui qui, conscient du mitsein qu’est la société, sait que ne pas limiter ses libertés dans le rapport à autrui rendrait la vie sociale, d’abord la sienne mais aussi celle de quiconque il rencontre, inconfortable voire impossible. Le respect est donc un mode de rapport de dignité, une modalité d’embrayage du contact avec l’autre dans cette sphère de communication et de rencontre qu’est la vie sociale pour ne pas rendre l’existence commune une horreur des uns envers les autres, une guerre permanente des entités individuelles ou grégaires. C’est pour cela tout acte pertinent de mépris, de violation des droits inaliénables ou de brutalité constituent une agression contre la personne humaine. L’agression est, en ce sens, l’antithèse du respect. Ne pas éviter l’agression ainsi définie comme irrespect avéré, n’engendrerait aucune liberté mais plongerait les uns et les autres tour à tour dans la servitude des haines, colères, guerres et violences liées à la frustration et au refus réactif de se sentir agressés, outragés, "dérespectés". Le respect obligatoire est ici un dû à lêtre humain parce quil est humain. Il constitue en fait le modus vivandi de base qui permet le vivre ensemble en société. Il implique la non agression totale et sous toutes les formes de l’intégrité de l’être humain ainsi épargné de toute violence physique verbale ou morale. C’est aussi l’instauration de lois et principes justes à la fois pour garantir ce respect de non agression mais aussi pour instaurer l’équité, la justice institutionnelle et sociale, dont l’observance imposée est censée être la raison d’être de l’autorité sociale qui, sans cela, perd toute légitimité. Le respect de non agression commande la protection des faibles et la solidarité avec l'autre en difficulté afin de l'aider à préserver sa vie, sa santé, sa dignité. 

 
Le respect ordinaire que nous devons au départ à tous, est un rapport d’estime espéciel à l’autre semblable. C’est une manière de valorisation de l’humanité partagée entre membres de l’espèce, sa propre espèce que le respectant apprécie. C’est de la considération pour l’humanité commune, montrée à autrui pour sa parité de semblable, sa connaturalité espécielle. Le respectant, lorsqu’il montre sa considération de départ pour tout humain, montre celle qu’il a pour son humanité, dévoilant sa perception positive de l’Homme, son égard pour la nature humaine.
 
2) Le respect d’estime se manifeste comme attention particulière pour une personnalité considérée modèle et digne d’une place spéciale et honorable à cause de ses qualités humaines. Il s’oppose à la flatterie, au népotisme et exige un jugement apte à déterminer quand une personne a du mérite. C’est le respect moral par excellence. Il ne donne ni dans l’exaltation ni dans le fanatisme ni dans aucune forme d’émotions incontrôlables, auxquels cas, ce ne serait que déferlement irrationnel d’identification au visage d’autrui.  
 
3) L’ovation frise parfois l’idolâtrie, et court assez souvent à la passion extrême qui peut, en certaines circonstances, altérer la personnalité de l’ovationnant. C’est du respect dévié en exaltation généralement façonnée par les médias ou des institutions d’influence (école, église, État) où tel individu connu du vedettariat public ou institutionnel - en tant que personnalité (sportive, politique, religieuse, culturelle) - est héroïsé par l’environnement social et produit comme l’intime idéalisé de ses admirateurs moulés pour l’être dans leur respect ovationnant. L’ovationnant en arrive à se croire part de l’ovationné devenu icône sacrée à laquelle il s’identifie totalement. C’est la bêtise hystérique de la dépendance passionnelle, qui, à la moindre déception par l’être ovationné, peut porter à la haine, à la colère voire au suicide ou meurtre. L’ovation est donc un « respect » altéré de passion excentrique et d’agressivité émotionnelle.
 
Le respect de soi s’étaye essentiellement sur l'estime subjective de l'Esprit qui s'expérimente, se reconnaît Personne c'est-à-dire centre de potentialités, de valeurs et de jugement, devant se choisir sans jamais être soumis. Le respect de soi est donc lié à l'âge mûr du choix de soi-même en pleine conscience. C'est donc le sentiment humain d'élévation de soi, de l'importance capitale du choix et de la volonté pour cultiver et conquérir ce que l'on se perçoit être. C'est la quête d’ascension globale spirituelle, intellectuelle et morale de soi-même, pour ensuite, dans l’ouverture du partage avec autrui, participer à l’élévation un tant soi peu de l'humanité.
 
Car l'élévation de l'homme par l'homme est une mission de l'Esprit conscient de sa Valeur.
 

Il est une autre forme de considération qui outrepasse le stade de respect, c’est le culte, qui, en contexte de foi spirituelle, est adoration vouée à Dieu seul comme redevance de l’Esprit qu’est l’Homme en Hommage à l’Esprit-Source pour sa magnificence, son unicité d’Être Suprême et Créateur. Ce respect relève strictement de la sphère du sacré, où l’adorateur vénère, révère, adore son Dieu, l’Être Suprême.

Pour revenir au respect d'autrui, disons que lorsque ce respect est vrai et digne, il porte, comme nous l'avons vu, le refus de toute violence dans le rapport à l’autre qu'il aide à s'élever et à travailler ses talents et à s'améliorer par considération humaine. Ou alors, quand l'autre est très doué, le respectueux digne lui reconnaît par honnêteté sa valeur et lui accorde sans le flatter, l'estime que méritent ses dons ou talents exceptionnels, sans être envieux et méchant, sans jamais basculer, comme c’est hélas, si souvent le cas, dans le complexe d’infériorité, ce mal des sociétés de compétition où nous vivons, qui accuse l’homme de grand talent de tous les maux tout en cherchant à le freiner ou à l'ostraciser, par ce qu’il fait monter en surface les manques et les failles de certains interlocuteurs mesquins, méchants, indignes de se travailler eux-mêmes ou vexés de leur propre limite voire exiguïté et médiocrité personnelle.
 
Quant à l’irrespect, si fréquent de nos jours dans les poubelles infrahumaines que sont nos mégapoles et les géhennes d’anthropomorphes que sont nos civilisations, il découvre au corps défendant de cette espèce, la terrible crise d’humanité qui l’affecte dans la singerie loufoque de ses membres et communautés à vouloir être grands au détriment de leurs semblables qu’ils piétinent.
 
Quand l’homme veut être élevé de l’abaissement de l’homme, son semblable, c’est qu’il y a péril imminent dans la civilisation déshumanisée, déviance mortelle d’une soi disant humanité en décomposition méphitique de la nature humaine.
 
 
CAMILLE LOTY MALEBRANCHE
 

Copyright © CAMILLE LOTY MALEBRANCHE - Blog INTELLECTION -  2016

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