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Par Camille Loty Malebranche

 

Quand j'évoque la confusion, cette dénaturation majeure et grave du discernement du sens chez une conscience connaissante, je vois trois protagonistes agents-patients: 1) le confondant; 2) le confus; 3) le confondeur. Les deux premiers sont des stades du même individu ou groupe à la fois protagoniste et comparse qui est en fait un confondant-confus jouant sa propre confusion sous la houlette d'un confondeur pouvant être un ordre ou un individu; alors que le troisième, le confondeur, est un maître manipulateur étayeur de contrevérités, où le faux se camoufle dans le spécieux à travers le plus sordide des camouflages en camouflet déviant de l'intelligence du ciblé par la confusion.

 

Il n’y a de confusion que lorsque l’ignorance se mêle d’enseigner ou d’affirmer savoir. La confusion est en quelque sorte, l’aliénation d’une intelligence ignorant qu’elle ignore et qui va jusqu’à ériger son ignorance en savoir. C’est aussi une vie dans l’illusion et le faux pris pour vérité et authenticité. Le confondant opère par opinion déguisée en logique sans se rendre compte qu’il ratiocine dans l’incohérence. Le confus est une victime piégée dans la confusion d’autrui ou la grande configuration manipulatrice d’un système social dont il relève. Le confus est donc le stade de déchéance du confondant noyé dans les flots de sa confusion: c'est le confondant-confus. Par delà la confusion mentale clairement considérée parmi les graves pathologies mentales, les confusions logiques voire métaphysiques sévissent partout dans la vie quotidienne de la société où elles sont institutionnellement entretenues, politiquement utilisées et fortement enracinées dans les traditions, définitions et représentations courantes données aux choses et situations.   

 

La confusion est la pire des erreurs car elle ment à son émetteur et peut facilement mentir à quiconque n’ayant toute la vigilance que procure la connaissance profonde des généralités et des nuances qui permettent de démasquer le spécieux de l’argutie proposée c'est-à-dire l’argumentaire vicieux et le paralogisme construit pour tromper. La logique de la confusion est en fait doxique et ne peut démontrer ses propositions que par des sortes de clichés que le confus émet en guise de départ pseudo axiomatique à son jugement. Une pure dérive confondant au départ l’essence et le sens des choses. Ainsi, dans le système économique en vogue au monde contemporain, le financiarisme est un grand dispensateur de confusion où quelques-uns font croire à tous que l’économie que tous produisent ou contribuent à faire fructifier, est fragile porteuse de crise par essence, alors que ce sont les tractations financières légales mais malhonnêtes de ces quelques-uns, qui asservissent tous, se jouent des individus faussement dénommés citoyens, réduits par le système économique en producteurs serviles de richesses et consommateurs compulsifs pour l'enrichissement effréné des oligarques.

 

La confusion s’établit et s’alimente à coups de dogmes et de mythes. Ce sont ses nutriments naturels sans quoi, elle ne peut subsister.  D’où elle fait interférer rationalité et fantaisie, apparence et réalité, religion et politique, démocratie et ploutocratie… C’est toujours de mélanges non miscibles que provient la confusion sinon elle ne pourrait être décelée et pourfendue par l’esprit emmétrope maître de soi et assumant son entendement.  Par exemple confondre la soumission au respect; la justice à certaines lois scélérates de l’État; l’institution hiératique et la religion; la spiritualité et le culte institutionnel; la Foi spirituelle et la foi suggestive; le stalinisme-soviétisme et le communisme; les églises et le christianisme; la parenté et la parentalité… La contiguïté et l’association abusive de termes et de significations, et parfois, les relations hyperonymiques et hyponymiques de la nomination de certaines entités, font que l’humanité baigne allègrement dans des confusions faciles, entretenues par de grands manipulateurs. Par exemple, le communisme comme hyperonyme englobe l’hyponyme marxisme mais n’y est nullement réductible car il y a toutes formes possibles de communisme croyant. L’historien de la philosophie, le spécialiste en écoles philosophiques du passé ou en concepts, n’est pas philosophe même s’il peut épater les simples par son érudition. La compétence d’un individu en sa matière n’est pas assimilable au curriculum scolaire ou académique…

 

Les idées reçues des idéologues et de monsieur tout le monde, ont étayé un monde de confusions où patauge la pensée collective, et seule la réappropriation du sens des choses et des contextes, permettra aux hommes de la société de mensonge et de confusion de sortir du gouffre mental où vit un véritable monde parallèle, celui de la masse des confondants confus à la merci de quelques confondeurs manipulateurs qui se servent de leurs semblables comme imbéciles instrumentalisés.

 

D’ailleurs, la confusion n’est-elle pas, dès le départ, la stratégie du Malin pour tenter et déstabiliser les hommes crédules à ses ratiocinations subornantes? La séduction par le faux, la confusion du précieux et du chrysocale hante l’histoire de l’humanité qui ne cesse de voir défiler des baratineurs et des escrocs jouant de prestidigitation paralogique pour envoûter, tromper et exploiter l’immense masse non assez exercée au discernement du vrai et du faux et qui confond, via une aléthique de comparse, évidence et vérité selon des certitudes d'une crédulité débilitante.  

 

Le Christ mettait en garde contre les loups ravisseurs qui se faisaient confondre à des bergers par l’indolence mentale du peuple. Face à la société de confusions à foison où nous sommes plongés, la désacralisation du sens institutionnel prescrit aux choses, reste une valeur sûre pour la saisie de la vérité. La désacralisation par interrogation pertinente sans complaisance selon un nouvel elenchos sociopolitique, peut - devant chaque définition des choses et situations qui semble aller de soi dans la réceptivité collective - forcer les maîtres confondeurs définisseurs officiels, idéologues inavoués, à reculer, tout en faisant en même temps, s’effacer les contrevérités distillées via des confusions convenues. Il faut réinventer l’herméneutique de la chose publique par une nouvelle maïeutique citoyenne pour briser les servitudes qu’entretiennent crapuleusement et méchamment les confondeurs piégeurs, profiteurs d’aliénation, froids orchestrateurs des ignorances collectives.

 

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE

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Tag(s) : #Monde du Concept

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